En enfilade le long des allées bitumées, ces habitations construites dans les fifties pour les soldats revenus du front ont conservé leur charpente originelle. Une architecture conforme au tableau made in USA : avec un lopin de gazon verdoyant tondu au ras des pâquerettes, dessiné au millimètre près et déterminé par un terrassement standard, identique d'un bout à l'autre de la rue. C'est ici, dans ce quartier de Santa Monica, comme tout droit sorti de la série télé " Desperates Housewives ", que les Français Camilla et Benjamin Trigano ont élu domicile pour poursuivre leur carrière outre-Atlantique.
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En enfilade le long des allées bitumées, ces habitations construites dans les fifties pour les soldats revenus du front ont conservé leur charpente originelle. Une architecture conforme au tableau made in USA : avec un lopin de gazon verdoyant tondu au ras des pâquerettes, dessiné au millimètre près et déterminé par un terrassement standard, identique d'un bout à l'autre de la rue. C'est ici, dans ce quartier de Santa Monica, comme tout droit sorti de la série télé " Desperates Housewives ", que les Français Camilla et Benjamin Trigano ont élu domicile pour poursuivre leur carrière outre-Atlantique. Benjamin porte un patronyme célèbre : il est le fils de Serge et le petit-fils de Gilbert Trigano, mondialement connus pour avoir développé le Club Med. Il est à la tête d'une galerie de photographie contemporaine à Los Angeles. Quant à son épouse Camilla, elle dirige la librairie Taschen à Beverly Hills. Débarqués aux Etats-Unis pour des raisons professionnelles, en 2002, le couple, à la recherche d'un logement, a acheté cette demeure dans l'urgence mais ne comptait pas s'y éterniser. " L'intérieur ne nous ressemblait pas, se rappelle Camilla. Mais nous avions été éblouis par la vue, qui se prolonge jusqu'à l'Océan. " Une année s'écoule avant que les jeunes propriétaires n'envisagent d'abattre 80 % de la structure d'origine pour tout reconstruire et aménager la maison selon leurs goûts. Pour les seconder dans ce projet, ils sollicitent la contribution d'un de leurs amis intimes : le grand designer Philippe Starck. " Au départ, Philippe nous avait proposé une maison mêlant verre et béton ", explique Camilla. Mais il aurait été inimaginable et trop dispendieux de concevoir ce type de construction ici. Cela dit, même si l'option du bois s'est imposée naturellement, nous sommes enchantés par ses avantages : la maison respire, elle est saine, souple et parfaitement isolée. Le bois ? Une réponse au climat capricieux qui sévit dans cette partie du globe, classée zone sismique. En cas de tremblement de terre, une maison en bois peut subir, d'un angle à l'autre, un affaissement de terrain de plusieurs centimètres sans conséquences visibles et surtout sans dommage, alors qu'une maison en maçonnerie va se fissurer immédiatement. Luxueuse mais sans ostentation, cette résidence fait fi d'une déco trop formelle pour privilégier la convivialité. Dotée de trois chambres, de deux salles d'eau et de pièces à vivre résolument chaleureuses, elle affiche un zeste de modernité dans la répartition de ses volumes. Les couleurs se déclinent en toute harmonie : sans heurter le feeling esthétique, mais sans pour autant coller aux nuances dernier cri des magazines de décoration. " Philippe s'est métamorphosé en peintre, confie Camilla. Pour chacune des pièces, il a usé et abusé des teintes sur sa palette chromatique. Il a exprimé son originalité créative au travers des nuances de rose, jaune et gris. Moi qui ai toujours évolué dans des appartements obstinément classiques, aux murs habillés de blanc, j'admets avoir été quelque peu désorientée par ses suggestions. Je n'ai pas assisté aux travaux, mais lorsque j'ai découvert la maison entièrement repeinte, j'ai immédiatement ressenti l'effet positif de ces coloris inattendus et savouré le plaisir d'un tel rayonnement lumineux. " Le salon et la salle à manger sont agrémentés par les saveurs gourmandes d'un jaune vanille. Ici, pas de portes mais uniquement des embrasures sans chambranle laissant entrevoir les touches vitaminées, acidulées et douces de l'orange vif, du vert anis et du rose tendre. A l'étage, la chambre des parents arbore les tonalités fraîches et apaisantes d'une peinture rosée. Des tons pétillants égayent les toutes petites pièces voisinant paisiblement avec les grands espaces inondés, eux, par la délicatesse et la sagesse des tons paille et rose. Quant aux sols et plafonds, ils ont été blanchis pour exalter ainsi les lavis toniques des murs tout en offrant dimension et profondeur par illusion d'optique. Le salon, dans lequel s'immiscent discrètement un petit bureau et le couloir menant vers les chambres des enfants et amis, est traversé en longueur par un mur-bibliothèque. Dans la chambre de Camilla et Benjamin, on remarque également un travail d'ébénisterie épuré et judicieux : la tête de lit multifonctionnelle - abritant les espaces de rangement - est nichée dans une alcôve en MDF qui procure beaucoup d'intimité. L'envers de ce décor dissimule une douche, un placard et des toilettes. Côté mobilier, outre l'accent mis sur le confort, on épingle un métissage élégant entre trouvailles de brocante et £uvres design, qui ont été repérées au fil des promenades, tantôt aux puces tantôt dans des boutiques contemporaines. La touche d'originalité ? Assurément la salle de bains de plein air installée sur la terrasse supérieure. " Les enfants adorent se rafraîchir et se divertir dans cette vieille baignoire en fonte que nous avons repeinte et équipée de robinets Starck ", s'amuse Camilla. Un plaisir dont profitent aussi les grands. Car personne, en vérité, ne se prive d'un petite baignade, bercé par le chuintement des vagues, sous les doux rayons du soleil ou encore le nez dans les étoiles. Il suffisait d'y penser... Valériane Munoz Moles