Selon vous, un écrivain doit-il " inventer des histoires pour exister " ?

C'est inhérent à la condition humaine. Mon premier carnet n'était pas un journal intime, mais il répondait exactement à ce que j'avais besoin de dire. Je déteste, par exemple, subir la colère, mais il m'est possible de l'écrire.
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C'est inhérent à la condition humaine. Mon premier carnet n'était pas un journal intime, mais il répondait exactement à ce que j'avais besoin de dire. Je déteste, par exemple, subir la colère, mais il m'est possible de l'écrire. Le mystère est l'un des angles sous lequel j'observe la vie. Stupéfaite, je suis incrédule devant la mort. L'écriture transcende les frontières physiques, chronologiques et psychiques. Elle permet de tisser un lien entre les vivants et les morts. Les contes rendent compte d'une réalité taboue, dont la littérature se fiche : la petite enfance, le rapport aux parents, les relations fraternelles. L'enfant humain est si peu armé, qu'il est à la merci de tout. À l'instar de Jérôme, on est tous des enfants des bois. C'est si difficile de devenir un être humainàJe l'ignore, mais l'enfant donne un éclairage précis sur ce qu'il deviendra adulte. Ces sensations premières nous influencent à jamais. L'enfance reste, il en existe une trace en chacun de nous. Ma timidité farouche suscite une certaine méfiance et un besoin de renifler les choses. Je le sens ou pas ! Dans mon rapport aux enfants, je suis une louve protectrice. Accueillir un sauvage à la maison. On doit en faire un humain, mais on ne sait pas comment s'y prendre ! Quand les enfants sont petits, ils ont de gros chagrins, comme la perte d'un doudou. Ici, je me demandais comment rester un parent rassurant face à " un vrai chagrin ", la mort d'un amoureux. Que doit faire ce père peiné avec sa fille endeuillée ? à quoi servent les parents quand les enfants deviennent grands ? L'amour qu'on ressent pour son enfant qui naît, alors qu'on ne le connaît pas et qu'il n'a rien fait de spectaculaire. Le même que ceux d'après. Qu'on soit petit ou grand, c'est incroyablement fort et profond. Quand on a aimé quelqu'un, on l'aimera toute sa vie. La vérité n'existe pas. Heureusement qu'on ne sait pas tout, cela laisse la place au mystère, à la surprise et à l'inexplicableàDans la nuit brune , par Agnès Desarthe, L'Olivier, 213 pages. Kerenn Elkaïm L'enfance reste, il en existe une trace en chacun de nous.