Les premiers pas

Toute petite, j'aimais la mode, j'allais à l'école déguisée en petite dame, j'aimais le rapport à la féminité et à la coquetterie mais je trouvais mes dessins trop statiques pour pouvoir me projeter un jour dans ce milieu. J'ai étudié à la Chambre syndicale de la Couture parisienne, j'ai été jusqu'au bout du désir d'apprendre à coudre dans les règles de l'art, répéter dix fois le même point pour arriver à quelque chose qui corresponde au millimètre près, jusqu'à pouvoir à la limite le faire les yeux fermés ! C'était pénible, mais j'y ai ...

Toute petite, j'aimais la mode, j'allais à l'école déguisée en petite dame, j'aimais le rapport à la féminité et à la coquetterie mais je trouvais mes dessins trop statiques pour pouvoir me projeter un jour dans ce milieu. J'ai étudié à la Chambre syndicale de la Couture parisienne, j'ai été jusqu'au bout du désir d'apprendre à coudre dans les règles de l'art, répéter dix fois le même point pour arriver à quelque chose qui corresponde au millimètre près, jusqu'à pouvoir à la limite le faire les yeux fermés ! C'était pénible, mais j'y ai appris la technique. Je ne couds plus sauf mes ourlets, parfois. D'ailleurs, du jour où j'ai arrêté de coudre, je faisais alors des robes de mariées du soir au matin et de A à Z, j'ai commencé à déléguer et je me suis plus occupée de la création, cela a été un déclic. Pour cet été, j'ai été inspirée par l'Antiquité, le rapport au drapé, au vêtement qui se noue, et par le design, qui apporte une modernité à cette Antiquité. D'où viennent ces inspirations ? D'un mélange de hasards, d'une attitude entraperçue dans la rue, d'une photo d'un centimètre sur deux dans un magazineàUne combinaison rouge lie-de-vin, c'est la tendance de l'été. Elle a beaucoup de liberté dans le mouvement, et elle réunit très bien ces deux pôles, la Grèce antique et le design, ce drapé et ce côté sharpà Elle est en crêpe Georgette et l'envers, en satin. Pour la palette de couleurs, je me suis dit bon, on va y aller crescendo, elle est très douce - de l'ivoire, du pastel, du perle, du gris - et puis je la réveille avec une touche de violet et de rouge. J'avais envie de beaucoup de sérénité : j'ai enchaîné l'année dernière un accouchement, un livre, des défilés prêt-à-porter et haute couture (que j'arrête). J'avais envie de resserrer mes choix, prendre mon temps et du recul pour pouvoir simplement retrouver le désir. Au départ, je pensais que j'étais une femme de tailleur, j'adore la structure, cela fait partie de mon équilibre, de travailler le tailleur. Et puis je me suis aperçue finalement que le flou m'allégeait la vie. Je me sens très à l'aise dans le travail de la transparence et de la légèreté. Depuis février 2008, je m'éclate avec cette ligne enfant. Même si c'est un peu dans la boulimie. En réalité, ce sont uniquement des répétitions de classiques qui ont existé chez Anne Valérie Hash, et ces classiques sont traités sur une petite fille. Le prix de l'ANDAM en 2003. Cela a été une bouffée d'oxygène à mes débuts, à un moment où il était très difficile de tenir. Cela m'a permis de faire partie d'une famille de créateurs. Etre reconnue par l'ANDAM, cela a été pour moi un honneuràKarl Lagerfeld pour son alliance de la modernité et du passé. Propos recueillis par Anne-Françoise Moyson