Aujourd'hui classé, le quartier Saint-Boniface à Ixelles s'est développé il y a plus de cent ans autour de l'église Saint-Boniface, la première église de style néogothique à Bruxelles, terminée en 1849. Sa silhouette imposante et son allure prestigieuse attirent d'emblée une bourgeoisie dynamique et entreprenante qui insuffle au quartier une vocation commerciale. Par ailleurs, l'industrie haut de gamme prend un bel essor grâce à la fabrication de produits de consommation de luxe, notamment de porcelaine. L'ancien " îlot champêtre " se dote d'un programme d'urbanisation ambitieux et dans l'air du temps.
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Aujourd'hui classé, le quartier Saint-Boniface à Ixelles s'est développé il y a plus de cent ans autour de l'église Saint-Boniface, la première église de style néogothique à Bruxelles, terminée en 1849. Sa silhouette imposante et son allure prestigieuse attirent d'emblée une bourgeoisie dynamique et entreprenante qui insuffle au quartier une vocation commerciale. Par ailleurs, l'industrie haut de gamme prend un bel essor grâce à la fabrication de produits de consommation de luxe, notamment de porcelaine. L'ancien " îlot champêtre " se dote d'un programme d'urbanisation ambitieux et dans l'air du temps. Deux architectes promoteurs, Ernest Blérot et Henri Jacobs, s'emparent de multiples chantiers et impriment au quartier naissant une touche élégante et pleine de fantaisie, résolument Art nouveau. Ils y ajoutent, notamment dans les ornements extérieurs, certains éléments néogothiques, présents sur la façade de l'église. D'où cette extraordinaire cohérence urbanistique rehaussée par l'éclectisme et l'esthétique différente de chaque maison qui frappe et émerveille encore le visiteur d'aujourd'hui. Certes, le xxe siècle a connu quelques (heureusement rares) " troublions " de cette belle unité. Les Etablissements Vandenborre, situées sur la chaussée d'Ixelles ont prolongé leur espace, sans doute avant la Seconde Guerre mondiale, vers la rue Saint-Boniface en y installant des entrepôts. La façade alors ouvragée en pierres et briques a cédé la place à des panneaux en aluminium texturéà Définitivement abandonné dans les années 1970, le bâtiment est resté vide pendant plus de vingt ans. " Je l'ai découvert par hasard, en marchant dans la rue, raconte Frédéric Bouchat. Je venais de m'associer avec Jean-François van der Plancke et nous cherchions des bureaux pour BoParchitecture, notre jeune société qui s'est fixé comme but de réaliser des projets de qualité. "Le défi de réhabiliter l'ancien entrepôt et de l'intégrer de façon " juste " et moderne dans le paysage typé Art nouveau aiguillonne l'ambition des jeunes architectes. Le bâtiment est acquis en 2002. Il aura fallu trois ans de négociations et sept (!) propositions de façades avant que les travaux puissent débuter. Elégante, la nouvelle façade affiche une esthétique forte, en accord total avec l'histoire du quartier. " Nous nous sommes trouvés face à une façade rideau, explique Frédéric Bouchat. Elle était pendue comme une feuille, portée par le bâtiment et pas par le sol. Nous avons tout arraché et l'avons remplacé par une façade en pierre blanche de France sertie dans une structure métallique. "Les motifs géométriques, carrés et rectangles, ont une fonction purement esthétique. On dirait des tableaux de Mondrian dont on aurait gommé les couleurs vives. Les nombreuses baies vitrées sont encadrées de solides châssis noirs qui impriment à l'ensemble une rythmique moderne et puissante. Le bow-window du premier étage est un clin d'£il aux maisons avoisinantes. La façade arrière a été traitée avec le même soin. Conformément aux exigences actuelles, d'immenses ouvertures vitrées font entrer des flots de lumière. Chaque niveau est doté d'une terrasse en caillebotis d'acier galvanisé. A l'intérieur, les architectes ont aménagé leurs bureaux et les ont " surmontés " de quatre appartements. Frédéric Bouchat s'est réservé l'espace au dernier étage. Situé légèrement en retrait car flanqué d'une terrasse, il est peu visible de la rue Saint-Boniface. Dans ce grand rectangle de 85 m2 l'architecte s'est contenté de retoucher et d'embellir la structure existante. Il a fait peindre les murs de briques d'origine en blanc et il a fait lisser le béton. Le travail a été réalisé à la main ce qui confère au sol un joli aspect velouté. Les colonnes en acier, peintes en noir, ont été laissées apparentes. Cela dit, Frédéric Bouchat a imaginé une intervention moderne et très originale. En sortant de l'ascenseur, on remarque tout de suite ce grand bloc de service recouvert d'un bardage de zinc pré-patiné de couleur anthracite. Très esthétique sur le plan visuel, il a une fonction bien précise. Il traverse le plafond et permet d'accéder à une vaste terrasse aménagée sur le toit. Une verrière l'entoure, en amplifiant la luminosité de l'appartement et lui donnant cette impression " intérieur-extérieur " tellement appréciée dans les habitations modernes. Dans cet espace séculaire et empli d'âme, l'architecte a intégré un décor contemporain, douillet et chaleureux qui tourne le dos au minimalisme des années 1990. Même la salle de bains renonce à une allure ultrasobre, épurée au maximum, et se réchauffe avec une belle composition de mosaïques or et bronze. Petite et très carrée, elle est bien pensée et efficace. Carnet d'adresses en page 63.Barbara Witkowska Photos : Tim Van de Velde