Le portrait sépia, là, à droite, pourrait donner à penser que cet homme est recherché par la police. Il n'en est rien, malgré sa propension à fonder des associations de bienfaiteurs, lui le premier. Jugez plutôt. Olivier Gilson, 41 ans. Signes distinctifs : porte une fine moustache à la Errol Flynn, des bagouzes plutôt deux fois qu'une et au poignet, une montre Swatch, de la collection Villain, belle imitation dorée de celle du méchant de Goldfinger versus James Bond, le genre de détail qui a le don de perturber ses interlocuteurs - vrai ou faux mauvais goût ? - et le fait rire. Conclusion : accorde une attention particulière à ce genre de détails qui l'amusent. Olivier Gilson n'est pas designer pour rien.
...

Le portrait sépia, là, à droite, pourrait donner à penser que cet homme est recherché par la police. Il n'en est rien, malgré sa propension à fonder des associations de bienfaiteurs, lui le premier. Jugez plutôt. Olivier Gilson, 41 ans. Signes distinctifs : porte une fine moustache à la Errol Flynn, des bagouzes plutôt deux fois qu'une et au poignet, une montre Swatch, de la collection Villain, belle imitation dorée de celle du méchant de Goldfinger versus James Bond, le genre de détail qui a le don de perturber ses interlocuteurs - vrai ou faux mauvais goût ? - et le fait rire. Conclusion : accorde une attention particulière à ce genre de détails qui l'amusent. Olivier Gilson n'est pas designer pour rien. Mais quid de l'association de bienfaiteurs ? Simplement, Olivier Gilson a ce talent fou pour repérer les (futurs) génies du design, inventer des structures pour les mettre en lumière et le pied à l'étrier. A son actif : le Dynamo Belgian Young Design Awards (2001) et Designed in Brussels (2004). Une décennie, ou presque, au service du design belge et bruxellois, des jeunes créateurs impétueux de mobilier et d'objets, des talents qui portent la patte d'Elric Petit, Sylvain Willenz, Alain Gilles, Nathalie Dewez ou Maarten de Ceulaer. Le prix Dynamo, qu'il a créé il y a sept ans, sert de tremplin à la nouvelle génération de designers fraîchement sortie de l'école ( lire page 14). L'ASBL Designed in Brussels, dont il fut directeur et directeur artistique de 2004 à 2008, sert de vitrine à cette génération grâce à une démarche de promotion, avec, à l'origine, un préfinancement des prototypes et aujourd'hui une présence dans les salons internationaux. Rien ne le fait autant vivre que ce travail-là de repérage (de potentiel, de rage créatrice), de soutien (de projets en devenir) et puisà vogue la galère. Depuis septembre 2009, il a cofondé L'Agence, avec le designer Olivier Berghmans. La carte de visite spécifie " interior, design and scenography agency ". Ils y forment un tandem complémentaire baptisé ainsi " parce que "Olivier et Olivier, coiffeurs pour homme", ce n'était pas trop notre truc ! ". Ils ont eu l'idée de s'associer en travaillant ensemble sur un projet franchement réussi pour le Château de La Hulpe, installé là depuis le printemps dernier, dans le salon d'apparat : un tapis rouge sang avec ombres portées. Une pièce unique, réalisée par Limited Edition et baptisée " Mobilier fantôme ", qui met en scène les ombres des meubles disparus de cette propriété qui fut celle du comte Solvay. Là, un piano, ici un fauteuil, plus loin, la table basse et sous leurs pieds, la laine rasée, à peine, voici l'empreinte de leur poids volatilisé. C'est beau, ludique et poétique à la fois. Et cela le ramène à ses premières amours : Olivier Gilson fut boursier de la Fondation pour la Tapisserie à Tournai, après ses études à l'Ecole de recherches graphiques, à Bruxelles, un détour par l'atelier d'un ébéniste et par celui du designer François Jegou, souvenir ébloui. Ne cherchez pas les bureaux de L'Agence, pas de plaque dorée à côté de la sonnette, encore moins de vitrine. Chacun travaille chez soi, pour mieux se retrouver ensuite avec le résultat de ses cogitations, les deux Olivier craignent trop le mimétisme dû au voisinage de bureau, préfèrent la mise en commun de leurs dadas intimes. Pour l'heure, une gamme de mobilier de jardin, un luminaire et la déclinaison intérieur/extérieur de leur " Spacioline ", une structure modulaire et modulable construite avec tubes de PVC et colliers de serrage sur le principe du tressage et vaguement inspiré de la yourte. " Depuis deux ans, je fais une petite fixette sur la microarchitecture ", confesse Olivier Gilson. Qui, " pour s'éclater ", aimerait construire quelque chose de ses mains, " une espèce de palais miniature à la Facteur Cheval ". Les bienfaiteurs rêvent parfois aussi sans demi-mesure. Anne-Françoise MoysonJe fais une petite fixette sur la microarchitecture.