Le château Cambier a été pomponné, repeint de couleurs fraîches. Dans le hall d'entrée, statues démesurées, sol à arabesques et escalier sculpté ravissent l'£il. Les plafonds ont du cachet, avec leurs dorures délicates et leurs motifs floraux. On découvre, ébloui, la descente vers les caves et ses murs tapissés de marbres multicolores. Les courbes Art nouveau de l'orangerie, ont été époussetées, passées au crin, remises à neuf. La belle demeure du XVIIIe siècle est fin prête à entamer sa seconde vie.
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Le château Cambier a été pomponné, repeint de couleurs fraîches. Dans le hall d'entrée, statues démesurées, sol à arabesques et escalier sculpté ravissent l'£il. Les plafonds ont du cachet, avec leurs dorures délicates et leurs motifs floraux. On découvre, ébloui, la descente vers les caves et ses murs tapissés de marbres multicolores. Les courbes Art nouveau de l'orangerie, ont été époussetées, passées au crin, remises à neuf. La belle demeure du XVIIIe siècle est fin prête à entamer sa seconde vie. Le château Cambier ? Il a été dessiné, vers 1780, par l'architecte François-Joseph Bataille, pour satisfaire le caprice du peintre Louis-Emmanuel Delwarde, qui souhaitait une gentilhommière en ville. Un siècle plus tard, les industriels Cambier prennent possession des lieux. Les chaises de café qu'ils fabriquent, en hêtre courbé (copies des chaises Thonet), se vendent comme des petits pains, surtout en Amérique. Les réalisateurs de westerns apprécient leur solidité lors des bagarres entre cow-boys dans les saloons ! Pour afficher leur réussite sociale, les Cambier achètent donc le château, l'agrandissent, en y ajoutant une orangerie, une serre, des écuries et l'embellissent à leur goût. Le style Art nouveau, très en vogue, est personnalisé par des touches d'art classique, voire Renaissance. Dans la première moitié du XXe siècle, les affaires sont florissantes. Les Cambier construisent, juste en face, leur usine qui fournit de l'emploi à 800 personnes. Le déclin survient après la Seconde Guerre mondiale. L'usine, abandonnée par les ouvriers, est reconvertie en une école technique. Le château, plus entretenu depuis belle lurette, a perdu sa belle allure, mais les Cambier ne le quitteront qu'en 1996. La ville d'Ath décide aussitôt de l'acquérir. Les Géants ? Ces grands mannequins d'osier, hauts de 4 mètres, sont le clou du programme de la traditionnelle ducasse qui, chaque quatrième weekend d'août, attire environ 100 000 afficionados. Ainsi après le rachat du château Cambier, une idée s'est imposée avec évidence à tous les esprits : celle d'y installer la Maison des Géants et d'institutionnaliser, en quelque sorte, ce symbole incontournable de la vitalité athoise. L'Union Européenne, la Région wallonne et la ville d'Ath ont débloqué les moyens nécessaires pour la concrétisation de cette excellente idée. Jean-Pierre Navez, architecte athois, a conduit les travaux de rénovation du château. " Son état était pitoyable, se souvient l'architecte. Nous avons vraiment récupéré in extremis un patrimoine remarquable. La serre n'existait plus, l'orangerie était à moitié écroulée et les façades disparaissaient sous une végétation sauvage. De nombreux objets, notamment des statues en bronze et des cheminées, ont été volées, ce qui nous a valu le plus de déboires. Heureusement, nous possédions de très bonnes photos et tous les éléments du décor, statues, cheminées, plafonds, murs et portes, ont pu être refaits à l'identique. " A l'intérieur, les techniques audio-visuelles les plus modernes nous font vivre en direct " le phénomène des Géants ". Ils apparaissent en Europe au XVe siècle. Vers 1424, les historiens signalent la présence du géant Goliath à Barcelone. Trois ans plus tard, il est cité dans douze villes des anciens Pays-Bas. Les premiers géants sont créés par les paroisses. A Ath, le Cheval Bayard est conçu par la communauté de l'église Saint-Julien en 1462, le géant Goliath est mentionné par la même paroisse en 1481. Ils parcourent la ville lors de la " ducasse " (dédicace, fête célébrant la consécration de l'église paroissiale). Le but ? Rendre la procession plus attractive, éduquer le peuple et le faire rêver. Au fil des ans, la thématique s'élargit avec l'apparition des personnages de la Légende Dorée (saint Christophe ou saint Georges) ou des princes chrétiens du Cycle de Charlemagne (Artus, Charlemagne et Godefroid de Bouillon). La fin de l'Ancien Régime ne met aucunement un terme à cette fête populaire traditionnelle, extrêmement vivante et vivace, attendue avec impatience toute l'année. Les cortèges laïques ont remplacé les processions et les Géants s'accompagnent désormais de chars. C'est donc tout ce monde fabuleux et légendaire, plein de souvenirs et d'émotions, qui nous donne rendez-vous à la Maison des Géants. Les commentaires sont clairs, le parcours est bien ficelé, instructif et sympa. On n'est pas dans un musée, mais en visite chez des amis. Derrière le domaine Cambier, on emprunte la " Promenade de la Culture ". Ce nom charmant désigne le chemin qui va de la Bibliothèque, vers la Grand-Place et la Maison de la Culture. Très vite, on aborde la tour Burbant. Baudouin IV, comte de Hainaut a fait élever, vers 1166, cet impressionnant donjon, invincible, épais comme un cou de taureau (les murs ont 4 mètres d'épaisseur !), pour renforcer son pouvoir au nord et se protéger contre les incursions du comte de Flandre. Au fil des siècles, un fantastique ensemble fortifié a complété le donjon. Les puissants remparts racontent encore les combats acharnés qui se déroulaient dans la région au Moyen Age. Les pierres ont beaucoup souffert, suite aux combats bien sûr, mais aussi à cause du temps qui y a laissé ses marques impitoyables. " Une partie des remparts était en ruine, explique Jean-Pierre Ducastelle, historien, archiviste de la ville et président du Centre de tourisme. Tout a été restauré dans les années 1980. Nous avons opté délibérément pour des matériaux contemporains. En ce qui concerne le donjon, il semblerait qu'il se terminait par des créneaux. Ne souhaitant pas de restauration hasardeuse, nous y avons renoncé. " Le château, qui n'est plus très fort, a été transformé en maison de la culture. Il y a des projections de films, des spectacles et des ateliers créatifs. Le donjon est une " attraction touristique " et on y pénètre avec grande curiosité. Il faut s'arrêter tout d'abord devant la double cheminée, monumentale, accrochée à tout un pan de mur. Spectaculaire. Puis, on monte sur le toit. Le regard file très loin. La vue, admirable, n'est pas seulement un plaisir. Nul besoin en effet d'être fin médiéviste pour comprendre qu'ici, on s'est battu, observé, guetté, assailli au cours d'événements qui dépassaient les querelles régionales. Aujourd'hui, la mosaïque des toits est enveloppée d'une douceur qui fait oublier des siècles de violence. On prend le temps de contempler la silhouette de l'église Saint-Julien avec sa tour " décapitée ". Construite dans le style gothique à la fin du XIVe siècle, elle s'est vue couronnée, quelques décennies plus tard, d'une haute flèche en bois. En 1817, elle attire la foudre, tombe et l'église s'embrase. Gabriel François Florent, sculpteur sur bois local, s'" improvise " architecte. Avec une maestria incontestable, il la redessine en style néoclassique, en oubliant carrément la flèche ! Pour rejoindre le c£ur de la ville, on emprunte la rue du Gouvernement. Au centre, coule un filet d'eau, éclairé, le soir, par des fibres optiques rouges. L'eau aboutit dans une fontaine moderne, £uvre du sculpteur Serge Gangolf. Cette idée du filet d'eau qui relie symboliquement la tour Burbant et la Grand-Place est due à l'architecte Pierre Lallemand, du bureau bruxellois Art & Build et auteur du gigantesque lifting de la place, effectué dans les années 1995-1996. Auparavant, elle était quelque peu dépourvue de charme, " bombée " comme un gros coussin et traversée de part en part par le flux automobile. " L'idée première consistait à la rendre parfaitement plate, raconte l'architecte. Au centre, il a fallu excaver et enlever de la terre sur une hauteur de 2 mètres 20. Ensuite, nous avons voulu lui donner un aspect scénique, tout en favorisant la circulation, aujourd'hui incontournable dans une ville, et ceci en préservant les parkings. " Pierre Lallemand a dessiné le mobilier urbain ainsi que les lampadaires, réalisés en fonte et en aluminium. Leurs silhouettes contemporaines ont une puissance qui évoque le passage de Vauban, célèbre ingénieur militaire de Louis XIV qui fortifia la ville. Disséminés sur toute la place, les lampadaires dispensent, le soir, une lumière indirecte, très douce. En revanche, les façades sont éclairées par des spots rasants, placés à la même hauteur, créant une horizontale très graphique. Les façades historiques des XVIIe et XVIIIe siècles sont " peintes " par une lumière bleue, la façade de l'Hôtel de Ville est blanche. " Notre challenge était le suivant : essayons de faire de Ath un lieu à haute valeur ajoutée à la fois culturelle et visuelle, souligne Pierre Lallemand. Or, l'éclairage contribue à la convivialité. Les notions de confort sont aujourd'hui très présentes. Le projet était mené en parfaite synergie avec les habitants. Sa réalisation fut en effet précédée d'un référendum qui a recueilli 70 % de oui. Nous avons aussi suggéré aux commerçants d'éliminer toutes les grandes enseignes, sans rien leur imposer. Spontanément, elles ont toutes disparu. " Pittoresque mais sans épate, la Grand-Place plaît aux Athois et cela se sent. Du matin au soir, il y règne une belle animation. Devant les façades pimpantes, les cafés ont installé leurs quartier d'été. Jeunes et moins jeunes sirotent des boissons fraîches, papotent, refont le monde et rient aux éclats. Dans l'air flotte une ambiance bon enfant, une belle insouciance, comme une idée du bonheur. A deux pas de la Grand-Place, on s'attarde au musée d'Archéologie, installé dans l'ancienne Académie de dessin. Les colossales barques gallo-romaines, découvertes à Pommer£ul, valent vraiment le déplacement. A l'étage, le Musée d'histoire et de folklore, possède de belles maquettes de René Sansen, conservateur honoraire du musée et de belles collections artisanales. On s'attendrit sur le passé éclectique de la ville, au travers de meubles, outils, peintures, broderies et étains. Mais Ath, c'est beaucoup plus que ce que la ville ne semble offrir. Pour commencer, on pousse jusqu'aux carrières de Maffle. De là-bas vient ce beau " petit granit " qui embellit bon nombre de maisons en ville et, notamment, l'Hôtel de Ville. Les carrières ont été fermées dans les années 1960, mais il y a un très beau musée, admirablement conçu et entretenu. Marie-Véronique Moulart est un guide épatant. On devient incollable sur l'extraction et le travail de la pierre ! Est-ce un hasard si Eddy Becq assure la visite du Moulin d'Ostiches, appelé aussi le Blanc Moulin ? Avec une poignée de passionnés, ce boulanger poète a en effet restauré ce magnifique spécimen datant de 1789, remarquable par le fait que c'est ici toute la toiture qui pivote. Chaque dimanche, il est remis en activité (il fonctionnera bien entendu lors de la journée du Samedi Vif). On se presse au portillon, pour le visiter de fond en comble et on repart avec une bonne miche de pain, confectionnée et cuite comme autrefois. La dernière adresse en vogue des environs d'Ath ? La Brasserie des Géants. Pierre Delcoigne et Vinciane Wergifosse ont superbement remis à neuf le Castel d'Irchonwelz, puis y ont construit et mis en route une brasserie artisanale. On y vient goûter des bières désaltérantes, très peu alcoolisées, au bouquet fruité et aromatique très présent. Production artisanale oblige, il n'y a ni édulcorant ni sucre. Le pays d'Ath ? C'est le pays de la tradition et du bien-vivre, qui a su non seulement exploiter ses beautés naturelles, mais aussi les produits de la terre. Barbara Witkowska