Lorsqu'il quitte Anvers et s'installe dans la capitale pour étudier l'histoire contemporaine, Hendrik Opdebeek est loin de s'imaginer qu'il fera carrière dans la mode. Il a bien eu sa période punk, au collège, un peu comme tout le monde, c'était les années Thatcher après tout, jusqu'à ce que ça " devienne in ", la cooptation d'un clan, cela n'a jamais été son truc. " Quand je suis sorti en 1988, la crise était aussi grave que celle que nous connaissons aujourd'hui, se souvient-il. Le taux de chômage était au plus haut. Comme tous les jeunes de mon âge, j'ai accepté tout un tas de petits boulots. " C'est en jouant les extras lors de la soirée anniversaire des 5 ans de la boutique Stijl qu'il croise la route de Sonja Noël. Quelques jours plus tard, il troque son plateau de zakouskis pour un job de vendeur ad interim qui, peu à peu, se transfor...

Lorsqu'il quitte Anvers et s'installe dans la capitale pour étudier l'histoire contemporaine, Hendrik Opdebeek est loin de s'imaginer qu'il fera carrière dans la mode. Il a bien eu sa période punk, au collège, un peu comme tout le monde, c'était les années Thatcher après tout, jusqu'à ce que ça " devienne in ", la cooptation d'un clan, cela n'a jamais été son truc. " Quand je suis sorti en 1988, la crise était aussi grave que celle que nous connaissons aujourd'hui, se souvient-il. Le taux de chômage était au plus haut. Comme tous les jeunes de mon âge, j'ai accepté tout un tas de petits boulots. " C'est en jouant les extras lors de la soirée anniversaire des 5 ans de la boutique Stijl qu'il croise la route de Sonja Noël. Quelques jours plus tard, il troque son plateau de zakouskis pour un job de vendeur ad interim qui, peu à peu, se transformera en contrat définitif. " A l'époque, nous vendions des marques comme A Propos du Suisse Ernst Walder ou les chaussures Tokio Kumagaï, détaille-t-il. Ce n'était pas du tout mon style, je trouvais même ces vêtements très étranges, mais je prenais cela comme un défi de parvenir à les vendre. J'y ai pris goût. Cela me plaisait de rendre heureux les hommes qui entraient dans notre boutique, de les aider à se sentir mieux dans leur peau. " L'arrivée des créateurs belges qui représentent encore aujourd'hui 80 % du portefeuille de Stijl Men - Dries Van Noten sera le premier, suivi de près par Dirk Bikkembergs (NDLR : disparu des rayons depuis), Ann Demeulemeester, Walter Van Beirendonck et plus tard Stephan Schneider et Raf Simons, entre autres - constituera pour lui une véritable révélation. " Cela n'allait pas de soi comme on pourrait le penser aujourd'hui, précise-t-il. Dries utilisait par exemple beaucoup de lin dans ses costumes, il voulait que cela se porte froissé, il prenait même cela en compte pour sur-dimensionner la longueur de ses pantalons. Il fallait apprivoiser et même éduquer le client. " Progressivement, Hendrik Opdebeek s'implique de plus en plus dans l'achat des collections - " j'aime beaucoup ce rôle de second qui me convient très bien, j'apprécie que Sonja me fasse confiance ", insiste-t-il -, surtout depuis que l'homme et la femme font boutiques à part, à moins de cinquante mètres l'une de l'autre, depuis janvier 2014. La prise de risques, car c'en était bien une, s'est avérée payante, avec un chiffre d'affaires, pour Stijl Men, en croissance de plus de 30 %. Ce succès, il l'explique bien sûr par l'intérêt croissant et bien réel de ces messieurs pour la mode, mais aussi par le fait qu'il peut, dans ce nouvel espace, mettre davantage en valeur les univers des différents créateurs. Son client type ? Parfois un touriste de passage mais plus souvent un " fidèle ", qu'il s'agisse du modeux pointu qui " commande ses pièces au lendemain du défilé " ou du gars qui " revient tous les trois ans renouveler son dressing ". De sa formation d'historien, Hendrik Opdebeek a gardé intact un goût pour l'observation qui confine à l'approche quasi sociologique de la mode - s'il l'avait pu, c'est dans cette discipline qu'il se serait spécialisé - qui l'aide à aborder avec l'esprit ouvert les présentations des nouvelles collections chaque saison. " Je ne me lasse jamais, assure-t-il. Pendant les défilés, je suis comme un enfant, j'adore me laisser surprendre, voire bousculer mes certitudes d'acheteur. " La routine est toujours un peu la même : après les trois jours de shows, à Paris, il faut rentrer à la boutique faire face à un week-end de soldes qui tombe, été comme hiver, au beau milieu du calendrier de la Fashion Week. Une saine piqûre de rappel qui lui permet de se confronter à son stock, de voir ce qui s'est vendu... ou pas, avant de faire le tour des showrooms dès le lundi. Six mois plus tard, lorsque les caisses arrivent au magasin, c'est un peu la veille de Noël. " Je ne suis jamais déçu, bien que cela ne corresponde pas tout à fait à ce que j'avais dans mon souvenir ", conclut-il. C'est même parfois mieux que ce qu'il imaginait. Et cela fait plus de vingt-cinq ans que ça dure... Stijl Men, 6, place du Nouveau Marché aux Grains, à 1000 Bruxelles. www.stijl.bePAR ISABELLE WILLOT" Pendant les défilés, je suis comme un enfant, j'adore me laisser surprendre. "