Se promener dans les rues de Copenhague vous procure une étrange sensation : ici, le design est tellement présent, qu'à la limite il se fond dans le décor. Implicite, normalisé, dédramatisé, il est au rendez-vous dans les bâtiments publics, sortis de terre ou en devenir, signés Daniel Liebeskind, Norman Foster, Jean Nouvel ou Zaha Hadid. Mais on le débusque aussi sur les étiquettes de bières de la nouvelle microbrasserie du quartier branché de Nørrebro, dans les ingénieux plateaux-repas conçus pour grignoter son petit déjeuner en pianotant sur son portable dans le lobby de l'hôtel Fox ou dans les entonnoirs pliables et ludiques imaginés par les designers déjantés de Normann Copenhagen.
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Se promener dans les rues de Copenhague vous procure une étrange sensation : ici, le design est tellement présent, qu'à la limite il se fond dans le décor. Implicite, normalisé, dédramatisé, il est au rendez-vous dans les bâtiments publics, sortis de terre ou en devenir, signés Daniel Liebeskind, Norman Foster, Jean Nouvel ou Zaha Hadid. Mais on le débusque aussi sur les étiquettes de bières de la nouvelle microbrasserie du quartier branché de Nørrebro, dans les ingénieux plateaux-repas conçus pour grignoter son petit déjeuner en pianotant sur son portable dans le lobby de l'hôtel Fox ou dans les entonnoirs pliables et ludiques imaginés par les designers déjantés de Normann Copenhagen. Le goût du beau, du bien pensé, serait-il donc inné ? Hérité, par on ne sait quel miracle génétique, des Arne Jacobsen, Verner Penton ou Poul Kj£rholm dont on s'arrache aujourd'hui les éditions originales à prix d'or dans le monde entier ? " Tout cela fait partie de notre histoire, reconnaît Henning Kern, l'un des deux créateurs du duo de bijoutiers Dyrberg/Kern. Nous avons grandi, enfants, dans ces meubles. C'était banal pour nous. Nous n'y attachions à l'époque aucune importance. Pis, la plupart des gens se sont débarrassés, dans les années 1980, de ce qui pour eux n'était que les vieilles chaises de cuisine de leurs parents ! C'était un passage nécessaire : pour ne pas continuer à répéter le passé, se complaire dans l'acquis parce que nous étions au top dans les sixties. Aujourd'hui, nous respectons ces créateurs. Parce que nous sommes allés de l'avant. " Comme l'analyse Birgitta Capetillo, directrice du Dansk Design Center, le design danois connaît aujourd'hui un renouveau flamboyant. " Un tel héritage peut être intimidant, explique-t-elle. Et pourtant, la nouvelle génération de créateurs, en modé comme en design, ressent moins cette influence à l'image du monde d'ailleurs ! Ce qui nous est propre toutefois, c'est peut-être un goût particulier pour les détails, le souci des matières, l'amour de la nature aussi... " Une patte que l'on retrouve dans les céramiques lisses et pures d'Annemette Kissow, les robes de maille de Bjorn Bruuns et les chaises déjà cultes de Gubi, entrées, deux ans après leur création, dans les collections du MoMa à New York... " Nous avons la chance ici d'avoir une histoire, cela nous aide sûrement, mais les Danois ne sont plus les seuls à savoir faire du design " pur ", comme on le qualifiait autrefois, insiste Danek Olsen, attaché de presse chez Norm ann. Notre design est très éloigné de l'esprit des classiques, il est bien plus international, motivé par l'intuition et la passion des objets. " Un recul plus facile à prendre quand on est un tout jeune éditeur que lorsque son catalogue aligne les " vénérables anciens " à chaque page ? " Bien au contraire ", insiste-t-on chez Stelton où l'on ambitionne, ni plus, ni moins, de dénicher le nouvel Arne Jacobsen. " Notre volonté est vraiment de faire connaître les jeunes designers danois, de les encadrer, de leur mettre le pied à l'étrier dans le métier, ajoute Torben Kasimzade, chargé de communication. L'entreprise, qui vient de lancer deux nouvelles lignes en marge de ses classiques, a pour cela fait appel à deux nouveaux talents : John Sebastian et Bente Hansen. Chez Georg Jensen, où l'on aime les courbes douces, les angles clairs, le renouveau passe par l'édition d'icônes revisitées par des créateurs danois mais aussi par les Etats-Unis puisque l'orfèvre a choisi d'£uvrer avec Karim Rashid. " C'était une expérience amusante de travailler avec une star internationale. Nous voulons que notre design obtienne la plus large audience possible, s'enthousiasme Monique Faber, manager de la branche " Heritage " du groupe. Karim a une approche très fraîche du design, l'équilibre parfait entre la forme et la fonction. " Lisibilité, accessibilité. Deux qualités que l'on retrouve aussi dans le travail des créateurs de mode danois dont le succès dépasse depuis quelques années déjà les frontières de la Scandinavie. " Notre style ? Un mélange d'élégance et de décontraction, précise Bjorn Bruuns, styliste du label Bruuns Bazaar. Ici, le luxe n'est jamais tapageur. " A l'image de Copenhague, cette cité hype et sereine à la fois... Isabelle Willot