C'est dans les couloirs de l'ESACT (Ecole supérieure d'acteurs du Conservatoire royal de Liège) que tout a commencé. Ils n'étaient pas vraiment du genre à aller boire des coups ensemble. C'est plutôt en observant mutuellement les objets artistiques sur lesquels ils bossaient, chacun de leur côté, qu'ils se sont trouvé de sérieuses affinités. Car ils ont beau avoir l'air, là, tous autant qu'ils sont, de faire les pitres sur scène, le message dans le sous-titre est du genre qui dépote. Rien que le nom qu'ils se sont choisi, comme ça, vite fait, dans le stress du bouclage, dans l'urgence - en est-il jamais autrement ? - d'un dossier de financement, en dit long sur l'esprit qui anime cette bande d'auteurs-metteurs en scène-interprètes qui cultive, depuis 2009, l'art du consensus sans compromis. " Raoul, ça avait un petit côté terroir, rappell...

C'est dans les couloirs de l'ESACT (Ecole supérieure d'acteurs du Conservatoire royal de Liège) que tout a commencé. Ils n'étaient pas vraiment du genre à aller boire des coups ensemble. C'est plutôt en observant mutuellement les objets artistiques sur lesquels ils bossaient, chacun de leur côté, qu'ils se sont trouvé de sérieuses affinités. Car ils ont beau avoir l'air, là, tous autant qu'ils sont, de faire les pitres sur scène, le message dans le sous-titre est du genre qui dépote. Rien que le nom qu'ils se sont choisi, comme ça, vite fait, dans le stress du bouclage, dans l'urgence - en est-il jamais autrement ? - d'un dossier de financement, en dit long sur l'esprit qui anime cette bande d'auteurs-metteurs en scène-interprètes qui cultive, depuis 2009, l'art du consensus sans compromis. " Raoul, ça avait un petit côté terroir, rappelle Romain David, porte-parole pour l'occasion du quintet composé aussi de Jérôme de Falloise, David Murgia, Benoît Piret et Jean-Baptiste Szézot. Ça nous amusait d'accoler un prénom au mot "collectif". Avec en prime, un clin d'oeil à Raoul Vaneigem, philosophe belge à l'origine du mouvement situationniste. " De là à penser que parce que ça vole haut, tout ce petit monde aime à cogiter des heures en chambre, il n'y a qu'un faux pas que l'on se gardera bien de franchir. S'ils passent bien sûr beaucoup de temps ensemble pour créer de toutes pièces la matière de leurs spectacles, c'est surtout en plein air que cela se passe, au fil de ces " voyages dramaturgiques " qui les ont emmenés jusqu'ici - comme les promeneurs de leur toute première création... - le long des chemins de Lozère, de Bretagne et du Mexique, carrément. Avec en fil rouge, cette même quête qui les pousse à s'interroger sur la place et le rôle de l'homme dans la société qui l'entoure, et le conditionne forcément. " Dans Le signal du promeneur, nous racontions le destin de cinq personnes ayant réellement existé comme Jean-Claude Romand ou Christopher McCandless qui, du jour au lendemain, rompent tout lien avec leur milieu, leur famille, leur travail et finissent parfois par commettre des actes violents, détaille Romain David. Au travers de ces récits, c'est la relation entre l'individu et le collectif que l'on interrogeait. Dans Rumeurs et petits jours, on scrute la nature des groupes qui formatent la société, qui finissent par imposer des idéologies politiques tellement omniprésentes qu'on n'arrive même plus, dans certains cas, à les remettre en cause. " Pour donner corps à tout cela, les auteurs ont imaginé une émission de radio sur le retour, où des chroniqueurs pédants s'agitent dans une ambiance joyeusement foutraque, personne ne tirant la couverture à lui. " Dans le processus de création chacun de nous propose énormément de choses, poursuit Romain David. Mais s'il y a des choix à faire, on ne privilégiera pas la scène d'untel ou untel mais ce qui sert au mieux le propos de notre dramaturgie. " Si problème il y a, ce n'est pas du côté des egos que cela se passe mais dans la gestion périlleuse des agendas personnels avec celui du collectif déjà booké jusqu'en 2019 ! " C'est très important pour le groupe que chacun puisse participer en parallèle à d'autres aventures artistiques et se nourrir de ces rencontres. " Si l'on dissertera donc, à Avignon, sur la scène du Cloître des Carmes des bienfaits supposés du capitalisme, de l'impossible survie des traditions chamaniques d'une tribu précolombienne et des dangers de la société du spectacle, déjà dénoncés dans les années 70 par Guy Debord et Raoul Vaneigem, le ton joyeusement subversif de ce show à la Monty Python a valu à la pièce le titre très envié " d'unique comédie du In d'Avignon ". On rira donc, c'est sûr, même si les dents grinceront bien parfois. " L'important au final, c'est que ce soit vivant, conclut Romain David. Et que l'on sorte de là avec l'envie d'en découdre. " Les raisons, hélas, ne manquent pas. Rumeurs et petits jours, Cloître des Carmes, à Avignon. Du 17 au 23 juillet. D'autres dates ensuite, dans toute la Belgique. www.festival-avignon.com et www.raoulcollectif.be PAR ISABELLE WILLOT" C'EST IMPORTANT QUE CHACUN PUISSE PARTICIPER EN PARALLÈLE À D'AUTRES AVENTURES ARTISTIQUES ET SE NOURRIR DE CES RENCONTRES. "