Attention les yeux ! C'est qu'il va falloir les ouvrir, et bien grands, pour apprécier jusque dans les moindres détails la rénovation dont vient de faire l'objet la boutique Guerlain, sise depuis près de cent ans au 68, Champs-Elysées. Un travail minutieux et époustouflant à la fois. En 2005, déjà, la vénérable maison en avait bluffé plus d'un en confiant à Maxime d'Angeac et Andrée Putman le soin de transcender son univers, de bousculer les marbres et les boiseries de cet hôtel de maître classé, sans le dénaturer. Cette fois, c'est Peter Marino, l'architecte star au look improbable de motard, qui s'est prêté avec bonheur à l'exercice. L'homme, qui aime à se définir comme " le gardien de l'identité des marques ", navigue à vue dans le luxe, un biotope dont il manie les codes depuis plus de trente ans.
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Attention les yeux ! C'est qu'il va falloir les ouvrir, et bien grands, pour apprécier jusque dans les moindres détails la rénovation dont vient de faire l'objet la boutique Guerlain, sise depuis près de cent ans au 68, Champs-Elysées. Un travail minutieux et époustouflant à la fois. En 2005, déjà, la vénérable maison en avait bluffé plus d'un en confiant à Maxime d'Angeac et Andrée Putman le soin de transcender son univers, de bousculer les marbres et les boiseries de cet hôtel de maître classé, sans le dénaturer. Cette fois, c'est Peter Marino, l'architecte star au look improbable de motard, qui s'est prêté avec bonheur à l'exercice. L'homme, qui aime à se définir comme " le gardien de l'identité des marques ", navigue à vue dans le luxe, un biotope dont il manie les codes depuis plus de trente ans. Lorsque l'on pousse la porte du 68, le changement est palpable mais pourtant tout est familier. Les comptoirs en marbre de Carrare ont retrouvé leur prestance et se reflètent dans un plafond en métal poli, réalisé par les Haas Brothers, qui évoque l'ondoiement du parfum. Comme le veut sa tradition, la maison parisienne a fait appel à des artisans et à des artistes pour raconter un nouveau chapitre de son histoire... qui s'écrira aussi désormais dans une extension ultracontemporaine de 212 mètres carrés. Moins intimidante peut-être mais pourtant majestueuse, la nouvelle entrée passe sous un puits de lumière de 7 mètres de hauteur dans lequel flotte une installation conçue par Gérard Cholot : un essaim d'abeilles en métal doré, symbole de Guerlain depuis 1853. De marbre, il est encore question ici, mais ce dernier est blanc, pur et lumineux. Un lien palpable avec la facture à l'ancienne du rez-de-chaussée de la boutique historique qui attire le visiteur vers la zone parfums où les fragrances se laisseront découvrir sur des éventails de céramique. Plus loin, dans l'espace maquillage, le regard s'arrête sur l'installation de verre et de miroirs de Norbert Brunner : deux yeux immenses qui semblent vous suivre pour mieux vous conduire vers une autre oeuvre de l'artiste représentant cette fois une orchidée composée de 19 873 cristaux, hommage à la gamme premium Orchidée Impériale, première ligne, en chiffre d'affaires, de la marque. Taillé dans une seule pièce de marbre, un escalier monumental, ourlé d'une rampe en tressage de cuir, descend vers l'autre belle surprise du lieu : un restaurant bonbonnière où officiera Guy Martin. Le chef du Grand Véfour a promis de s'inspirer des parfums Guerlain mais sans forcer artificiellement la dose. La carte y fera des clins d'oeil à la vanille, la rose, la bergamote, le vétiver, l'encens même, et évoluera au rythme des saisons pour mettre en avant les produits, du petit déjeuner au dîner. Le tout sera servi dans une salle à l'architecture en trompe-l'oeil - les murs habillés de fausses fenêtres donnent l'illusion d'une vue sur Paris - ou dans des petits salons privés. Plus cosy, l'entresol de la boutique originelle, lui aussi relooké dans la subtilité, sera le siège des achats moins spontanés qui demandent du temps et des conseils. Le long de la " galerie des glaces " signée Peter Marino, des niches sécurisées accueillent des pièces uniques du patrimoine Guerlain. Elle débouche sur une oeuvre exclusive de l'architecte américain baptisée Infinity Bottle et construite à partir d'une multitude de bouchons du mythique flacon abeille. Dans l'espace parfum de l'étage, dont le dessin du parquet fait écho à la marqueterie de pailles habillant les murs et signée Lison de Caunes, il sera possible de personnaliser son flacon : y faire graver un message ou des initiales mais aussi choisir la couleur du cordon qui ornera le col. Encore plus protégé, le salon dit " aux boiseries " sera réservé aux consultations de ceux et celles qui rêvent de s'offrir un parfum sur mesure. Sur le sol, un tapis créé à partir d'un original de Christian Bérard répond à la console noire de Jean-Michel Frank, tous deux appointés dans les années 30 par la famille Guerlain pour décorer l'institut de beauté, lui aussi rénové dans les règles de l'art. Le spa a également profité des travaux pour revoir en profondeur sa carte de soins. Inspirés des rituels de beauté du monde entier, ils se construisent désormais sur mesure selon les besoins et les envies de la cliente. Une parenthèse de luxe à l'état pur. On y trouvera bien sûr des produits exclusifs comme les Délices du 68 - des thés qui portent le nom des parfums cultes de la maison -, du miel provenant du site de production des fragrances à Orphin, des pâtisseries de Guy Martin mais aussi des bougies parfumées et une Cologne " Fond de Cuve ", des carrés en soie et des gants parfumés Petite Robe Noire. On pourra par ailleurs y acheter l'une des cinq cartes odorantes représentant des affiches historiques et la timbrer à l'effigie de l'Astre, l'un des autres emblèmes de la maison, avant de la poster dans la boîte du 68. PAR ISABELLE WILLOT