C'est entendu, le design ne se limite plus au mobilier, aux ustensiles quotidiens et aux machines. Impliquant une espèce d'extension du domaine de la fonctionnalité, il s'agit aujourd'hui " d'investir le monde immatériel des sensations, de travailler le son, l'odeur et le goût, de retourner en enfance, de rhabiller son environnement domestique et de se réfugier dans l'art ", écrit joliment Claire Fayolle, rédactrice en chef invitée de " Vies modes d'emploi ", hors-série du très pointu " Beaux-Arts magazine " (*). En d'autres mots, de tendre vers un environnement rassurant qui caresse et stimule tous nos sens. Indicateur fiable de nos préoccupations et miroir fidèle de nos attitudes, le design, ainsi décrit, traduit une des tendances comportementales les plus en vogue de ce début de siècle chahuté : le nesting. Déclinaison contemporaine du cocooning, ce mode de vie privilégie encore la maison cocon mais en laissant la porte ouverte aux proches, voire en la décrétant centre des activités sociales. L'habitation est donc pensée pour être la plus conviviale possible. D'où une attention accrue au bien-être total qu'elle se doit de procurer à tous ceux qui la fréquentent.
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C'est entendu, le design ne se limite plus au mobilier, aux ustensiles quotidiens et aux machines. Impliquant une espèce d'extension du domaine de la fonctionnalité, il s'agit aujourd'hui " d'investir le monde immatériel des sensations, de travailler le son, l'odeur et le goût, de retourner en enfance, de rhabiller son environnement domestique et de se réfugier dans l'art ", écrit joliment Claire Fayolle, rédactrice en chef invitée de " Vies modes d'emploi ", hors-série du très pointu " Beaux-Arts magazine " (*). En d'autres mots, de tendre vers un environnement rassurant qui caresse et stimule tous nos sens. Indicateur fiable de nos préoccupations et miroir fidèle de nos attitudes, le design, ainsi décrit, traduit une des tendances comportementales les plus en vogue de ce début de siècle chahuté : le nesting. Déclinaison contemporaine du cocooning, ce mode de vie privilégie encore la maison cocon mais en laissant la porte ouverte aux proches, voire en la décrétant centre des activités sociales. L'habitation est donc pensée pour être la plus conviviale possible. D'où une attention accrue au bien-être total qu'elle se doit de procurer à tous ceux qui la fréquentent. Corollaire incontournable de cet aménagement hédoniste et anxiolytique de l'espace de vie, l'explosion des nouvelles technologies audiovisuelles apporte son lot de solutions. Sur ce terrain, l'intrusion massive dans les foyers des téléviseurs plasma et LCD (Liquid Crystal Display) représente sans aucun doute l'évolution la plus flagrante en termes d'équipement high-tech domestique. Grâce à une chute vertigineuse des prix (environ -50 % en deux ans) l'écran plat partage avec l'iPod - le célèbre baladeur Mp3 édité par la société Apple - le podium des meilleurs ventes 2005 dans le domaine de l'audiovisuel. Le téléviseur retrouve ainsi l'aura qu'il avait abandonnée à l'ordinateur et redevient l'axe central du salon. Cinquante ans après son invention. Toujours plus fin et plus léger, le téléviseur moderne s'accompagne généralement d'une installation sonore 5.1. (cinq baffles et un caisson de basses) et d'un lecteur (voire un lecteur-enregistreur) DVD. Aujourd'hui, la maison accueille ce qui se fait de plus raffiné en matière d'image et de son numériques. Et si elle permet aux cinéphiles et autres télévores de profiter d'un confort de visibilité et d'audition accru, cette évolution préside aussi, sinon à l'épanouissement, du moins à la démocratisation d'une déco et d'un design d'un genre relativement neuf : en germe depuis la naissance de la télévision, et largement expérimenté par les pionniers de l'art vidéo et numérique, le " motion design " ou " moving design " trouve dans ce saut qualitatif un lieu d'expression idéal. Est-ce un hasard, si fin 2005, le designer René Bouchara a signé pour la marque Why Not un meuble en forme de chevalet destiné à accueillir l'écran plat ? Sentant le vent tourner, certains artistes qui évoluaient dans le milieu très restreint du vidéo art se sont lancés dans la commercialisation de design motion. C'est le cas de Jeffers Egan (www.jeffersegan.com), Elliot Grey (www.elliotgrey.com) ou de Milivoj Ilic qui, après s'être fait remarquer dans plusieurs galeries londoniennes dans les années 1990, a créé le label Oart dans le but de rendre l'art-tv plus populaire (www.oart.co.uk). Son catalogue balaie tous les styles et motifs imaginables : branches dans le vent réalistes, bulles organiques abstraites, cartoons... Thierry Berleur, épicier audiovisuel et propriétaire du concept-store Le Bonheur, à Bruxelles, vend le label Oart : " Ces films sont les héritiers du feu de bois et des aquariums sur écran, remarque-t-il. Les clients qui achètent ça trouvent que c'est sympa pour habiller une soirée ou soigner sa déco. " Couchées sur DVD les créations d'art-tv intéressent un milieu encore relativement confidentiel. Mais, selon Christophe Leblanc, cofondateur de la toute jeune agence parisienne " Le Design en mouvement ", " le concept est en pleine explosion et suit l'équipement des ménages en écrans plats et vidéo-projecteurs ". Rien d'étonnant à ce que cette société, spécialisée au départ dans la conception, la production et l'installation de films d'animation 2D/3D, de vidéo art et de clips destinés à l'habillage visuel des lieux publics les plus hype (pêle-mêle : le Murano Urban Resort à Paris, le Sketch à Londres, les soirées VIP à Saint-Tropez), propose depuis mars dernier le premier numéro d'une série limitée de trois DVD art-déco imaginés pour la sphère privée. Baptisé " Movingdesignyourlife ", le projet se vante pour 100 euros de nous ouvrir " à une nouvelle poésie visuelle ", de " ressourcer la décoration intérieure ", " d'insuffler une dimension, une texture au lieu, de lui donner une profondeur et un état d'esprit ". Ou encore, d'offrir " de nouveaux champs à l'£il, ravi de se déplacer et d'ouvrir d'autres perspectives ". Tout un programme. Qui, si l'on en juge uniquement d'après le trailer disponible sur le Web (www.movingdesign.org), semble remplir ses promesses : méduse virtuelle gondolant au son tendre d'un piano, promenades poétiques dans des paysages néopsychédéliques peuplés de papillons, cercles aquatiques évolutifs, abstractions floues mêlant joyeusement le style brumeux de Mark Rothko au minimalisme de Barnett Newman. L'ambiance que crée cette ornementation visuelle tranche avec l'esthétique communément survitaminée des chaînes de télé. " Avant de créer la boîte, mon associé et moi, nous nous sommes dit très naïvement que le monde était trop rapide et pas assez confortable explique Christophe Leblanc. On a donc voulu freiner cette évolution à notre mesure. On était motivé par la nécessité de créer un nouveau format esthétique non intrusif dans un monde audiovisuel bien trop envahissant. L'envie aussi de créer des nouvelles icônes audiovisuelles qui installent l'image comme lieu à vivre. L'enjeu de ces créations est de rendre l'environnement plus tranquille, plus qualitatif. Par là, nous sommes en osmose avec la révolution lente (NDLR : déclinaison globale du mouvement "slow food" inventé au milieu des années 1980 par l'Italien Carlo Petrini. Grosso modo : santé et sérénité). " Plutôt axés party, les créateurs d'ambiance parisiens French Cancan proposent, pour leur part, de " faire de chez soi the place to be ". Sur le DVD Urban Sessions, les VJ (Visual Jockeys) eMovie, VJ Milosh, Rod et VJ Carlotta prennent les commandes pour illustrer visuellement le travail musical des artistes en mixant des vidéos en synchronisation avec la musique. Sur quatre sessions vidéo illustrant Paris, la plaque regroupe une série de titres d'ambiance de ces huit dernières années produits par les gourous de la scène électronique française, issus des meilleurs labels : F Com, Blue Note, Versatile... " Nous avons voulu faire vibrer tous ceux qui possèdent un écran plasma, un home cinéma ou une TV grand écran ", s'enthousiasme Aurélia Ammour, co-fondatrice du Label French Cancan, producteur-éditeur de Urban Sessions. Avec plus d'une heure de plaisir sonore et visuel, le DVD entend vous faire " découvrir Paris comme vous ne l'avez encore jamais découvert ", sous l'angle artistique au travers de ses quartiers et de ses monuments mais aussi des ambiances et des moments de vie. Preuve que ce marché commence à réellement exploser, un Français vient de lancer Plastic TV un site de " vidéo on demand " uniquement centré art-tv (www.plastic-tv.com). Pour télécharger, on y trouve tous les formats de vidéo adaptés : DivX pour le lecteur DVD, QuickTime pour les Mac et Windows Media pour les PC. Vous n'avez pas d'écran plat ? Philippe Lopez, designer marseillais s'est fendu d'un filtre pixellisateur pour écran télévisé classique (www.tvbeeboo.com). Le TvBeeboo transforme les images diffusées en tableau abstrait animé. Le but ? Retrouver la fraîcheur du regard et réduire l'usage abusif de la télévision en la transformant en " objet actif ". En objet de bien-être. (*) n° 14 de novembre 2005.Baudouin Galler