(*) A lire : " Carolina Herrera - Portrait d'une icône de la mode ", par Alexandra Kotur, aux éditions Assouline.
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(*) A lire : " Carolina Herrera - Portrait d'une icône de la mode ", par Alexandra Kotur, aux éditions Assouline.L e must de sa collection hiver 05-06 ? D'irrésistibles jupes " trompettes ", ajustées aux hanches et évasées au niveau des genoux. Les tailleurs et les manteaux sont impeccables. Les robes du soir aussi. Les coupes, les matières, les coloris sont superbes et impriment aux modèles, subtilement inspirés des années 1940, une élégance d'un chic extrême. Et elle ? Ce jour-là, la créatrice porte une élégante jupe rose avec un chemisier blanc noué autour de la taille, sa marque de fabrique. Elle arbore des sandales rouges à talons. Ses cheveux sont soigneusement coiffés, ses paupières sont maquillées et ses lèvres fardées. La perfection by Caroline Herrera... Née Maria Carolina Josefina Pacanins y Niño, elle descend d'une des plus anciennes familles aristocratiques du Venezuela (*). Elle passe ses premières années dans le domaine familial, entre les pur-sang et les chiens de race. Après un mariage raté, elle part pour New York avec son deuxième mari, Reinaldo Herrer. Sur la piste de danse du mythique Studio 54, elle se révèle l'icône de la mode américaine et devient une célébrité. Peu de temps après, à l'aube des années 1980, elle lance sa première collection couture sous l'£il protecteur de la grande journaliste de mode Diana Vreeland. Grâce à Jackie Kennedy qui adopte ses créations, elle fait sa percée internationale. Depuis lors, son nom est cité dans la foulée de Ralph Lauren et de Donna Karan. En Europe, on la connaît surtout pour ses parfums, dont l'incontournable 212, son plus grand succès. La marque Carolina Herrera est dans les mains du holding espagnol Puig. Pas étonnant donc que cette interview se déroule à Madrid... où Carolina Herrera Junior y a un pied-à-terre avec son mari, le toréador espagnol El Litri, et leur petite fille Olympia. Carolina Herrera : Sept. J'ai été grand-mère très jeune, à la quarantaine. Au moment où je me suis lancée dans les affaires, mon premier petit-enfant est né. Ma famille, c'est tout pour moi. Je suis très proche de mes filles. De toutes les quatre. Je leur parle tous les jours, parfois même plus. Je trouve fantastique que deux d'entre elles travaillent avec moi. Carolina pour les parfums et Patricia pour la mode. Elles apportent un regard frais, des idées nouvelles, un goût inné pour le stylisme. Et surtout, elles ne me mentent jamais (rires). Elles me disent toujours la vérité. Oui, ma mère et ma grand-mère. Les femmes de ma famille. Bien qu'à la maison, on parlait peu de stylisme dans ma jeunesse. Moi, c'était surtout les chevaux qui m'intéressaient, les chiens et le tennis. C'était une autre époque. C'est ma mère qui décidait ce que je portais. Je suis un peu envieuse de la liberté des jeunes d'aujourd'hui. Ils composent eux-mêmes leur garde-robe, même quand ils sont très jeunes. C'était impensable à l'époque. Ma mère considérait que l'aspect extérieur n'avait pas beaucoup d'importance. La priorité pour elle, c'était de se cultiver, en écoutant de la musique, en lisant... Oui, les mêmes choses, de la même façon. Heureusement, mes filles sont des intellectuelles, elles aiment lire, elles ont de l'intérêt pour beaucoup de choses. Carolina, par exemple, est passionnée par la découverte des pays étrangers. Elle est une parfaite compagne de voyage : elle connaît tout ! Je suis allée avec elle en Inde et j'étais sidérée de voir comme elle avait préparé ce voyage. Elle savait ce qu'il fallait manger, où il fallait aller, ce qu'il fallait voir. Carolina est unique, elle a une forte personnalité et fait toujours les choses à sa manière. Quoi que les autres en pensent. Elle est déterminée. A certains égards, oui. Elle est une combinaison entre son père et moi. Carolina est un prénom typique dans notre famille. Autant de mon côté que de celui de son père. Mon arrière-grand-mère, ma grand-tante, tout le monde portait ce prénom dans ma famille. Tout comme la s£ur, la grand-mère et la tante de mon mari. Oui, effectivement. J'essaie de m'y tenir. Je dis toujours : " Si l'on ne réussit pas à faire ce que l'on doit faire entre 9 et 17 heures, quelque chose ne tourne pas rond ." Dans la mode, tout le monde a tendance à travailler tard le soir. C'est comme si on voulait prouver combien on est créatif. J'ai de sérieux doutes à ce sujet. Si les couturières font des heures supplémentaires, je me demande dans quelle mesure elles sont encore productives. Ce n'est pas comme un écrivain qui est inspiré le soir et se met à son clavier. Comme chef d'entreprise, on est responsable de cela. On doit quand même veiller à ce que le personnel soit détendu, no ? Enfin, c'est comme cela que je le vois (rires). Mais il ne faut pas croire, il m'arrive quand même de travailler tard ! Non, cela n'a rien à voir. Je peux avoir recours à ma fille Patricia et à son équipe. J'apporte l'idée globale et elles la réalisent. Et ce qui est fantastique, c'est qu'elles ont le même regard que moi et voient les choses comme je les vois moi-même. Oui, grâce à Dieu. Nous nous aimons et sommes les meilleurs amis du monde. Nous rions des mêmes choses. Et nous nous respectons. Finalement, cela revient à cela. Le respect. C'est ce que j'ai appris à mes filles. Vous pouvez être passionnément amoureux, mais finalement ce qui reste, c'est l'amour et le respect. Les gens se séparent pour des raisons futiles. Il faut oser se parler, discuter ouvertement, construire son couple. C'est à mes yeux la première priorité dans un mariage. Je l'espère ( rires). Elles sont mariées toutes les quatre. Propos recueillis par Pascale Baelden