Objet d'études pour les élèves en architecture, objet d'admiration pour les autres, la maison Fouarge est considérée par la profession comme l'une des plus brillantes constructions modernistes bruxelloise de l'entre-deux-guerres. Et pourtant, cette demeure unifamiliale du nom de son commanditaire, construite par le Brugeois Huib Hoste, en 1927, ne fut pas toujours plébiscitée. " Elle était loin de faire l'unanimité, confie l'actuelle propriétaire, qui passa son enfance dans une avenue adjacente. Le voisinage la trouvait monstrueuse et la façade était l'objet de telles critiques que les propriétaires ont tenté de la dissimuler derrière une haie de sapins !" Cet imposant cube immaculé sur pilotis, largement vitré, resta incompris pendant près d'un siècle. Ouvertement critiquée dans les années 1920, à une époque où le style néogothique est le modèle dominant de l'architecture bourgeoise, la maison Fouarge sombra après-guerre dans l'indifférence générale. " Quand nous l'avons achetée il y a treize ans, poursuit la propriétaire, la maison était à vendre depuis plus d'un an mais personne n'en voulait. Elle était très abîmée; mais surtout les maisons modernistes n'avaient pas encore la cote qu'elles o...

Objet d'études pour les élèves en architecture, objet d'admiration pour les autres, la maison Fouarge est considérée par la profession comme l'une des plus brillantes constructions modernistes bruxelloise de l'entre-deux-guerres. Et pourtant, cette demeure unifamiliale du nom de son commanditaire, construite par le Brugeois Huib Hoste, en 1927, ne fut pas toujours plébiscitée. " Elle était loin de faire l'unanimité, confie l'actuelle propriétaire, qui passa son enfance dans une avenue adjacente. Le voisinage la trouvait monstrueuse et la façade était l'objet de telles critiques que les propriétaires ont tenté de la dissimuler derrière une haie de sapins !" Cet imposant cube immaculé sur pilotis, largement vitré, resta incompris pendant près d'un siècle. Ouvertement critiquée dans les années 1920, à une époque où le style néogothique est le modèle dominant de l'architecture bourgeoise, la maison Fouarge sombra après-guerre dans l'indifférence générale. " Quand nous l'avons achetée il y a treize ans, poursuit la propriétaire, la maison était à vendre depuis plus d'un an mais personne n'en voulait. Elle était très abîmée; mais surtout les maisons modernistes n'avaient pas encore la cote qu'elles ont aujourd'hui. "Pendant plus d'un an, le couple d'acheteurs va lentement se réapproprier les lieux. " Tout le mobilier conçu par l'architecte avait disparu, certaines pièces avaient subi des transformations sauvages, il y avait beaucoup d'incohérences. " Le hall du rez-de chaussée et le salon du premier étage seront redessinés dans un esprit de filiation par Christophe Washer et Fabrizio Gatti pour le compte de l'architecte Jean-Claude De Brouwer. "Notre souhait était de respecter l'esprit de Huib Hoste ", explique Christophe Washer. La première démarche du jeune duo consiste à modifier l'entrée du bâtiment. " Comme dans beaucoup de réalisations modernistes, le seuil de la maison Fouarge n'était pas clairement marqué. On pénétrait progressivement dans la maison, dont les pièces principales sont situées au premier étage, en empruntant, depuis le rez-de-chaussée, un escalier extérieur. Ce qui n'était pas très rassurant pour les propriétaires qui avaient le sentiment que n'importe qui pouvait se dissimuler en haut des marches. Nous avons donc fermé le hall du rez-de-chaussée pour l'inclure davantage dans l'habitation intérieure, tout en le munissant de grandes baies vitrées pour conserver l'idée originale de fluidité. " Le superbe escalier annulaire, spirale de lumière et véritable pôle centripète de la maison, sera revu et prolongé jusqu'au rez-de-chaussée pour une plus grande homogénéité. " Il est la colonne vertébrale des lieux ",affirme Christophe Washer. Au premier étage, c'est bien la rotondité de l'escalier qui semble amorcer l'impressionnante courbe du salon où a pris place le piano de la propriétaire. " Il n'était pas évident d'occuper cette partie du salon, qui est plus un espace de transition qu'un lieu à vivre ", dit-elle. Une " promenade architecturale ", comme disait le grand architecte Le Corbusier, qui donne au lieu une exceptionnelle dynamique. Les quatre colonnes qui supportent le premier étage, suspendu dans les airs, rythment l'espace jusqu'à la seconde partie du living, plus intime, marquée par la présence d'un feu ouvert, et dominée par une toile monumentale de Yan Pei-Ming. Le mobilier (acheté chez " Lignes " à Bruxelles, à la fin des années 1980) est composé de sièges et fauteuils contemporains recouverts d'un simple tissu de coton blanc. " Je désirais un mobilier qui ne se démode pas trop vite. Je crois que j'ai réussi car je rachèterais exactement les mêmes aujourd'hui ! " Dans le prolongement du living, la salle à manger a été modifiée selon les desiderata des occupants. " Cette maison est un aquarium. J'ai condamné plusieurs fenêtres pour ne pas être exposés de manière aussi radicale aux regards extérieurs. Je sais que ce n'était pas l'intention de Hoste, qui voulait créer un lien très fort entre l'intérieur et l'environnement végétal (dessiné au moment de la construction par le paysagiste Kaneel Klaes), mais c'est un parti pris qui ne correspond pas à mes attentes. Je n'ai jamais voulu faire des lieux une reconstitution ni un musée, j'ai cinq enfants et je veux d'abord un espace à vivre. " La cuisine en granit, située dans le prolongement de la salle à manger, a été repensée avec sobriété par Xavier Dubois. " Celle que nous avons découverte au moment de la première visite était irrécupérable. Là aussi, nous n'avons pas voulu reconstruire à l'identique même si les portes battantes à hublot sont un rappel de l'époque. " La maison Fouarge nouvelle version, allie ainsi éléments d'origine ou directement issus des années 1920, telles les poignées de portes Bauhaus dessinées par Walter Gropius, où le luminaire Art déco de l'escalier, sans rejeter pour autant les interventions plus libres sur le plan formel. Au second étage, la partie inférieure des murs des couloirs a ainsi été recouverte de lattis de bois vernis par la propriétaire tandis que les chambres des enfants ont été repeintes en blanc, sans volonté de retrouver la palette chromatique d'origine, trop terne aux yeux des nouveaux occcupants. La salle de bains, conçue par Nicolas de Liedekerke, bénéficie bien évidemment du confort des installations contemporaines avec une douche en mosaïque de grès, dont la tendance zen s'harmonise sans peine au profil cubiste des différentes pièces. Attenante à la salle d'eau, la chambre parentale, également réalisée par Nicolas de Liedekerke, comporte un plafond en partie composé de verre cloisonné qui n'est pas sans rappeler le travail de Mallet-Stevens dans la Villa Noailles de Hyères ou les toiles divisionnistes de Piet Mondrian. Une oeuvre du photographe belge Stefan de Jaeger (un portrait de Bambou, la dernière compagne de Gainsbourg) est le seul élément décoratif de la chambre, volontairement dépouillée. Les amateurs ne manqueront pas de remarquer la présence de la chaise " Zig-Zag " de Gerrit Rietveld. Ce membre éminent du mouvement hollandais moderniste " De Stijl " qui marqua profondément Huib Hoste...Texte et photos: Antoine Moreno