On nous dit tout, on ne nous cache plus rien... Les secrets d'alcôve, les enfances malheureuses, les incestes, les viols, les fausses confidences. Une véritable cacophonie, un brouhaha incessant, un déballage éc£urant. Du plus humble au plus people, on se livre, on se raconte avec complaisance, on lâche confidences sur confidences, on tchatche. Trop de tout, tout sur rien, rien de bien. C'est le ras-le-bol, l'overdose.
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On nous dit tout, on ne nous cache plus rien... Les secrets d'alcôve, les enfances malheureuses, les incestes, les viols, les fausses confidences. Une véritable cacophonie, un brouhaha incessant, un déballage éc£urant. Du plus humble au plus people, on se livre, on se raconte avec complaisance, on lâche confidences sur confidences, on tchatche. Trop de tout, tout sur rien, rien de bien. C'est le ras-le-bol, l'overdose. Avec pour corollaire, la tentation du repli, l'envie d'une retraite, d'une fuite pour trouver l'apaisement. Loin du bruit. Dans le creux, par exemple, de ce traité de 1771 signé par un ecclésiastique et que les éditions Jérôme Millon ont eu la bonne idée de rééditer partiellement (Petite Collection Atopia). Des paroles d'or, une vision d'une étonnante lucidité, voire même d'une bûlante actualité. Car déjà au c£ur du xviiie siècle, l'abbé Dinouart dénonçait " l'épidémie de parler et d'écrire " qui gagnait ses contemporains. " Les malades sont nombreux qui se perdent par la langue ou par la plume ", diagnostiquait-il. Et le bon abbé de les encourager à plus de modestie et de retenue. L'art de se taire, en effet, est aussi l'art de parler. Mais pas à tort et à travers. En se détournant " du torrent et de l'abus des mots ". En " retenant sa langue " pour mieux inciter à l'éloquence muette, celle du corps et du visage. " Car le premier degré de la sagesse est de savoir se taire ; le second est de savoir parler peu et se modérer dans le discours ; le troisième est de savoir beaucoup parler, sans parler mal et sans trop parler ". Vaste programme. Mais qui mérite le détour. La parole échappe trop souvent à l'homme. Parler pour ne rien dire, pérorer, soliloquer pour le seul plaisir de s'entendre, de capter l'attention. Silence donc ! Non pas un silence trompeur qui dissimule, ou de complaisance, encore moins moqueur ou méprisant. Non, pas de manipulation. Ni d'extase ou de recueillement. Il s'agit tout simplement de combattre l'excès pour imposer un idéal de sincérité. Car ne rien dire, n'est-ce pas aussi parfois laisser entendre que l'on sait ou que l'on comprend ? Black-out donc sur les babillages, balivernes, logorrhées, périphrases, circonlocutions et autres billevesées ! Place aux demi-pauses ou quarts de soupir, au feutré ! A la réserve. Et même si mettre une sourdine n'est pas bon pour le business, qui a fait désormais de la pensée une marchandise, le silence fait du bien, tant de bien. Alors, chut ! Christine Laurent