En une décennie, la mode et le luxe se sont transformés, passant d'un secteur de petites et plus grandes enseignes à une industrie mondiale, dominée par des géants cotés en Bourse et de riches CEO. Les marques de niche doivent rivaliser avec des maisons d'un autre calibre, ou espérer se faire racheter par celles-ci. De plus, les groupes importants possèdent de plus en plus souvent leurs fournisseurs de laine mérinos, de croco ou de python pour assurer leur inventaire ou investissent dans des ateliers qui excellent dans certains métiers d'art - c'est le cas de Paraffection, filiale de Chanel. Les labels intégrés au sein d'un de ces colosses de la mode peuvent ainsi bénéficier d'économies d'échelle, de capitaux, de technologies et de publicité, ainsi que du réseau des meilleurs fournisseurs et créateurs. Plus grande est l'entreprise, plus elle contrôle les griffes et plus largement l'ensemble de l'industrie de la mode.
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En une décennie, la mode et le luxe se sont transformés, passant d'un secteur de petites et plus grandes enseignes à une industrie mondiale, dominée par des géants cotés en Bourse et de riches CEO. Les marques de niche doivent rivaliser avec des maisons d'un autre calibre, ou espérer se faire racheter par celles-ci. De plus, les groupes importants possèdent de plus en plus souvent leurs fournisseurs de laine mérinos, de croco ou de python pour assurer leur inventaire ou investissent dans des ateliers qui excellent dans certains métiers d'art - c'est le cas de Paraffection, filiale de Chanel. Les labels intégrés au sein d'un de ces colosses de la mode peuvent ainsi bénéficier d'économies d'échelle, de capitaux, de technologies et de publicité, ainsi que du réseau des meilleurs fournisseurs et créateurs. Plus grande est l'entreprise, plus elle contrôle les griffes et plus largement l'ensemble de l'industrie de la mode. Entre toutes les marques et les groupes qui les chapeautent, les choses tournent toutefois parfois au vinaigre. Ainsi, le mariage de François-Henri Pinault avec Puma et Stella McCartney aura moins bien tenu que celui du milliardaire avec sa femme Salma Hayek. Son groupe, Kering, qui possède Gucci et Balenciaga, les chouchous du public, et enregistrait un chiffre d'affaires de 13,7 milliards d'euros, en 2018, est né dans les années 60 sous forme de société de négoce de bois. Mais, via quelques achats stratégiques, le navire a bifurqué vers le secteur du luxe. Son rachat d'Yves Saint Laurent a toutefois signé la fin de son amitié - et le début de la querelle - avec Bernard Arnault. Le propriétaire de LVMH est, lui, le deuxième homme le plus riche du monde, Pinault suivant plus loin (lire par ailleurs).Au bout de dix-sept ans, Stella McCartney a donc réinvesti sa part de Kering dans sa marque de mode éthique et a signé peu de temps après un accord avec... LVMH, où elle est devenue conseillère spéciale en développement durable. L'intérêt de Bernard Arnault était sans aucun doute motivé - au-delà de l'expertise de la Britannique - par la rivalité entre grands patrons. Chaque année, Kering est en effet chargé de publier un rapport environnemental pour le président français. Le fait que son concurrent puisse s'occuper de cette initiative menée par Emmanuel Macron est une épine dans le pied de Bernard Arnault. Sans compter qu'une autre aventure éthique de LVMH s'est mal terminée l'été dernier, quand le chanteur Bono et son épouse, l'activiste Ali Hewson, ont quitté le paquebot, avec leur marque écologique Edun. Et ce n'est là qu'un exemple de joute parmi d'autres entre les deux milliardaires. Ainsi, quand Kering engage le créateur rebelle Demna Gvasalia chez Balenciaga, LVMH suit avec Virgil Abloh chez Louis Vuitton. Et le restaurant de cette même griffe, qui ouvre bientôt à Tokyo, semble être une réplique de la Gucci Osteria de Kering à Milan. Sans compter que, lors de l'incendie de Notre-Dame, Bernard Arnault a surenchéri, via Twitter, sur le don de François-Henri Pinault pour la restauration du monument. Aujourd'hui, LVMH couvre tout le marché du luxe, étant présent dans le domaine des champagnes, des cosmétiques, des bijoux - le groupe a récemment racheté Tiffany & Co - et des hôtels haut de gamme. Le géant possède aussi sa propre boutique de luxe en ligne, 24S, et deux des maisons de haute couture les plus populaires, Dior et Louis Vuitton. Cela en fait la deuxième plus grande entreprise dans la zone euro, avec un chiffre d'affaires de 46,8 milliards d'euros en 2018. Avec un portefeuille financier aussi solide, le groupe peut aussi se permettre d'intégrer des marques qui se développent plus lentement, comme Patou, ou de se pencher vers celles qui sont sur la bonne voie. Par exemple, Fenty, le label de Rihanna, qui a réalisé un peu plus de 500 millions d'euros de chiffre d'affaires en un an seulement. Cette ligne a été développée au sein du groupe français et distribuée exclusivement via Sephora, la chaîne de boutiques de beauté de LVMH, évidemment. Face à ces mastodontes, peu de griffes et petits groupes parviennent à se positionner de manière forte et stable. Même Dries Van Noten a rejoint Puig en 2018 (chiffre d'affaires : 1,9 milliard d'euros). Le groupe espagnol a acheté Carolina Herrera, Paco Rabanne, Jean Paul Gaultier et Nina Ricci mais - étant initialement créateur de parfum - a également développé des fragrances pour Christian Louboutin, Comme Des Garçons et Prada. Seules des valeurs sûres comme Hermès - qui s'est échappé de LVMH - et Chanel tirent leur épingle du jeu. Cette dernière maison, propriété des Wertheimer, qui ont réalisé un chiffre d'affaires de 9,9 milliards d'euros en 2018, possède d'ailleurs les lignes beachwear Eres et Orlebar Brown et la tannerie espagnole Colomer. De quoi survivre probablement dans la mêlée.