Façades pimpantes, trottoirs lisses et neufs, arbres de lumières, artisans sympathiques et bistrots accueillants... A deux pas de la Bourse, dans la ravissante rue des Chartreux et dans les rues avoisinantes, une vie animée, voire branchée, reprend ses droits. Extrêmement actif et " nerveux " au début du siècle, ce quartier historique du centre de Bruxelles a commencé à décliner dans les années 1960, suivant l'impitoyable logique des cycles, régissant toute ville. Commerces et maisons abandonnés: le quartier offrait, au milieu des années 1980, un spectacle désolant et fantomatique. A un moment donné, il a bien fallu trouver une solution. Mais laquelle ? Tout raser ? Tout rénover ? L'entreprise paraissait tellement gigantesque que personne ne voyait très bien par quel bout commencer...
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Façades pimpantes, trottoirs lisses et neufs, arbres de lumières, artisans sympathiques et bistrots accueillants... A deux pas de la Bourse, dans la ravissante rue des Chartreux et dans les rues avoisinantes, une vie animée, voire branchée, reprend ses droits. Extrêmement actif et " nerveux " au début du siècle, ce quartier historique du centre de Bruxelles a commencé à décliner dans les années 1960, suivant l'impitoyable logique des cycles, régissant toute ville. Commerces et maisons abandonnés: le quartier offrait, au milieu des années 1980, un spectacle désolant et fantomatique. A un moment donné, il a bien fallu trouver une solution. Mais laquelle ? Tout raser ? Tout rénover ? L'entreprise paraissait tellement gigantesque que personne ne voyait très bien par quel bout commencer...La première initiative, courageuse, vient de la société immobilière Rova, propriétaire du site comprenant une série de maisons dans la rue des Chartreux et au Vieux-Marché-aux-Grains. " En 1985, le terrain, ici, ne valait plus rien, explique Jean-Pierre Dupret, son président. Nous avons donc pensé à tout démolir, mais nous nous sommes heurtés au refus de la Ville. En 1990, nous avons donc proposé un deuxième projet qui consistait à remettre en valeur les meilleures parties du bâti existant. " Outre son aspect purement architectural, le projet se veut, avant tout, urbanistique, dans la mesure où il ambitionne la recréation d'un quartier mixte, réunissant des logements de qualité, des services, des activités culturelles et des restaurants. " Les Bruxellois ont commencé à fuir le centre-ville dans les années 1960, poursuit Jean-Pierre Dupret. Or, actuellement, cette tendance est en train de se renverser. Ceux qui reviennent, ce ne sont pas, certes, des ménages avec enfants, mais des célibataires et des couples. Bref, ceux qui recherchent les contacts sociaux. Ils apprécient le côté multifonctionnel et relationnel de la ville. " Pour s'attaquer à ce projet-challenge très difficile et atypique, Jean-Pierre Dupret fait appel à Yves Laurant, un jeune architecte motivé et passionné, connaissant à fond la problématique urbaine des quartiers sinistrés. Le courant entre les deux hommes passe immédiatement. Yves Laurant s'insurge également contre le concept des "ghettos". " Les quartiers historiques de Bruxelles avaient toujours une fonction mixte, explique l'architecte. Dans ce cas précis, il fallait opter, nécessairement, pour la mixité pour redonner la dynamique à ce quartier. " Pour commencer, on décide un nettoyage titanesque de tout l'espace situé derrière les maisons de la rue des Chartreux et du Vieux-Marché-aux-Grains. " Cette "arrière-cour" n'était qu'un imbroglio de choses incohérentes et hétéroclites, un amoncellement de vérandas, d'ateliers, d'annexes et d'entrepôts ", explique Yves Laurant. Complètement vidée, la cour a fait place à un élégant et vaste patio qui donne accès à un bâtiment de bureaux, ainsi qu'aux nombreux lofts et logements, soigneusement rénovés. Pour séparer les fonctions bureaux et logements, l'architecte a agrémenté ce patio d'un grand plan d'eau octogonal. " J'aurais pu choisir une cour minérale, note Yves Laurant, mais il me semble que l'eau apporte une meilleure réponse. Elle crée un environnement personnel et agréable, apporte confort et quiétude dont les habitants des villes ont tellement besoin, et incite, aussi, les locataires à rester. " Les matériaux qu'on aperçoit dans le patio sont nobles et traditionnels : la pierre bleue, le porphyre et le paddouk. Ils ont été utilisés de façon très contemporaine. L'immeuble de bureaux, relativement haut, dénotait légèrement au milieu de ces maisons d'habitations, coquettes et conviviales. Yves Laurant a choisi un signal fort, en créant ce portique en paddouk hors échelle qui diminue sa hauteur et donne de l'équilibre à l'ensemble. La cour est éclairée par un " arbre lumineux ", créé par l'artiste italien Enzo Cattalani. " Quand le projet de réhabilitation était prêt à démarrer, nous avons décidé d'y associer les rares habitants et commerçants du site, explique Jean-Pierre Dupret. Ils ont, tous, accepté avec enthousiasme. La ville a suivi. Puis la Fondation Roi Baudouin a décidé d'intervenir. Il faut souligner, ici, que le soutien de la Fondation, dans la rénovation d'un quartier sinistré, joue un rôle énorme. Elle crée le partenariat, suscite la dynamique de visibilité, de crédibilité et de parrainage. " Grâce à la synergie des efforts conjugués, de belles réalisations ont pu être accomplies. Les trottoirs ont été discrètement modifiés et élargis en 1998. Les trois arbres de lumière, jalonnant la rue, incitent à la promenade. Sans oublier une fresque contemporaine de l'auteur de bandes dessinées Bernard Hislaire, ornant l'une des façades et ... le " zieneke " en bronze, levant la patte, un clin d'oeil sympathique au vieux Bruxelles. Le quartier des Chartreux se crée une personnalité originale où l'ancien et le moderne cohabitent harmonieusement pour former un ensemble plein de vitalité. Côté logements, deux tiers ont demandé une rénovation très lourde. Il a fallu partir de la brique, parfois revoir les fondations. Aujourd'hui, 15 maisons ont été rénovées, offrant environ 40 logements, des appartements et des lofts. Ces derniers sont construits selon le même concept : une chambre à moitié dissimulée par une cloison en briques de verre, une salle de bains privative, et tout le reste complètement ouvert. Les cuisines sont installées, les sols mêlent le plancher et la pierre bleue. " Aujourd'hui tout est loué. Tous les locataires sont venus par le bouche-à-oreille, note Jean-Pierre Dupret. Et la demande est soutenue, car les logements de qualité manquent dans le centre-ville. Nous avons été également très attentifs aux choix des activités commerciales. Petit à petit, nous avons accueilli une boutique et un restaurant bio, un chocolatier artisanal, un comptoir des vins, une boutique d'accessoires ... " Nettoyé, réaménagé, lifté, le quartier des Chartreux est vraiment méconnaissable. Qu'il fait bon y flâner !Carnet d'adresses en page 80.Barbara Witkowska Photos : Sven Everaert