ELLE INCARNE LE SAVOIR-FAIRE À L'ITALIENNE

Ici, pas de show-off. Juste une affirmation constante de l'artisanat, en toute modestie... En soixante ans d'existence, la griffe d'accessoires Fratelli Rossetti s'est forgé une place bien à part, cultivant son goût pour un style classique empreint de modernité, que ce soit avec son modèle Brera - iconique avec ses glands -, le mocassin à bande, le derby ou l'oxford. Même la ligne féminine, lancée en 1971, trace sa voie dans la même direction, développant au maximum un esprit androgyne. Pour concevoir ses souliers en cuir, la marque privilégie une fabrication locale. " Toutes nos activités sont rassemblées à Parabiago, une bourgade située au nord-ouest de Milan, détaille Luca Rossetti, l'un des trois frères à la tête de la société familiale. A l'ère où tout se gère désormais aux quatre coins du monde, c'est une caractéristique qui commence à devenir rare... " Et qu'importe si près de 200 étapes sont nécessaires à la confection d'une paire de chaussures. Ici, on prend le temps...
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Ici, pas de show-off. Juste une affirmation constante de l'artisanat, en toute modestie... En soixante ans d'existence, la griffe d'accessoires Fratelli Rossetti s'est forgé une place bien à part, cultivant son goût pour un style classique empreint de modernité, que ce soit avec son modèle Brera - iconique avec ses glands -, le mocassin à bande, le derby ou l'oxford. Même la ligne féminine, lancée en 1971, trace sa voie dans la même direction, développant au maximum un esprit androgyne. Pour concevoir ses souliers en cuir, la marque privilégie une fabrication locale. " Toutes nos activités sont rassemblées à Parabiago, une bourgade située au nord-ouest de Milan, détaille Luca Rossetti, l'un des trois frères à la tête de la société familiale. A l'ère où tout se gère désormais aux quatre coins du monde, c'est une caractéristique qui commence à devenir rare... " Et qu'importe si près de 200 étapes sont nécessaires à la confection d'une paire de chaussures. Ici, on prend le temps... C'est après la Seconde Guerre mondiale que Renzo Rossetti décide d'apprendre le métier de cordonnier. Dans son garage, avec l'aide d'artisans bottiers qui viennent lui prêter main forte durant le week-end, l'Italien imagine ses premiers modèles, dédiés à la pratique du hockey, du cyclisme et du patinage artistique. Le tout dans des matériaux peu onéreux, le seul cuir disponible en cette période difficile de post-conflit étant la peau de lapin. Baptisée dans un premier temps " Yankee " - la consonance américaine est supposée faire rêver -, la marque est officiellement nommée Fratelli Rossetti en 1953, lorsque le frère aîné de Renzo apporte son soutien financier au projet. Deux ans plus tard, le premier soulier de ville est créé. " C'est l'histoire typique de ces entrepreneurs qui ont tout fait seuls, raconte Luca. Mon père est parti de zéro pour construire sa société. " La passion que voue l'homme pour son métier se transmet naturellement à ses trois fils. " Impossible de dire précisément quand nous avons commencé à travailler pour Fratelli Rossetti, poursuit le cadet. Durant les vacances d'été, il était normal d'aider à l'usine... " Actuellement, c'est Diego, l'aîné des trois frères, qui assure la direction de l'entreprise - le fondateur est décédé en 2010 -, ainsi que le développement de nouveaux business, tandis que Luca et Dario s'occupent du style, de la production et des ateliers, qui emploient près de 300 personnes. A noter également que pendant de longues années, leur mère Lisetta a été mise à contribution, pour développer les relations avec la presse. La légende raconte même qu'elle ne s'offusqua pas lorsque, le jour de son mariage, Renzo fit un détour, entre la cérémonie et le banquet, pour livrer quelques modèles à un revendeur... Une saga familiale avant tout, qui n'est pas près de s'arrêter, puisque les trois frères totalisent sept enfants, âgés de 12 à 24 ans. Si l'identité du produit se veut avant tout classique, Renzo Rossetti a toujours accordé une grande attention aux innovations. " C'était un visionnaire, considère son plus jeune fils. Quand il a débuté, les chaussures n'existaient qu'en noir ou marron. Il a commencé à traiter la peau dans d'autres coloris, à varier les formes et les finitions. C'était quelque chose de tout à fait novateur pour l'époque. " L'homme suit ses intuitions. Dès les années 70, il inaugure ainsi des boutiques en nom propre, que ce soit à Venise, Milan, New York, Paris ou Londres. " Aujourd'hui, il serait tout simplement impossible pour nous d'ouvrir une enseigne dans d'aussi belles localisations, avoue Luca. Ce ne serait pas tenable, financièrement parlant ! " Autres petites révolutions, mises sur pied par le fondateur de Fratelli Rossetti ? Gainer l'intérieur de ses mocassins de tissu, pour pouvoir les porter pieds nus. Ou placer une semelle inspirée d'une basket de sport, pour plus de confort. Toujours durant les années 70, la griffe Fratelli Rossetti est approchée par de jeunes stylistes, qui commencent à faire parler d'eux, en matière de prêt-à-porter. L'échange de savoirs est réciproque ; l'artisanat se mêle au génie créatif. Et les frères Rossetti imaginent ainsi des chaussures qui défileront pour Giorgio Armani, Valentino, Pierre Cardin, Yves Saint Laurent, Gucci ou Karl Lagerfeld. Mais l'engouement autour des griffes de luxe ne fait pas peur à la société familiale. " Nous sommes une marque de niche, soutient Luca. Même si les labels de prêt-à-porter jouent de plus en plus la carte de l'accessoire, il y aura toujours une clientèle pour désirer un produit de qualité, sans logo ostentatoire. " Reste que pour tenir la distance commercialement parlant, les trois frères doivent veiller à développer leur business et augmenter leur volume d'accessoires vendus. " C'est pour cette raison que nous avons ouvert plusieurs boutiques en Asie ", explique Luca. Mais pas d'ambition démesurée, pour autant. La prudence reste de mise, dans la lignée de ce que papa Renzo a toujours préconisé. www.fratellirossetti.com PAR CATHERINE PLEECK