On entre chez elle par le jardin tapi derrière un mur de briques qui ne laisse pratiquement rien deviner de cette oasis urbaine. Un lapin en résine rouge y monte la garde tandis que les buis prennent racine dans leur pot de terre et que les roses intrépides montent à l'assaut de la terrasse. Au bel-étage, la grande porte-fenêtre du salon laisse entrer le flot de lumière, les rayons de soleil ricochent sur une tapisserie fin XVIIIe siècle qui a trouvé grâce aux yeux de la maîtresse de maison uniquement parce que c'est un souvenir d'enfance cher à son compagnon - un objet chargé d'émotion, c'est sacré. Dans un coin, dans une version XXL, un Brillant mandarine siglé Delvaux, rien d'étonnant, Christina Zeller est la directrice artistique de cette histoire belge née en 1829, qui peut se targuer d'être la plus ancienne maroquinerie du monde - " nous avons la chance d'avoir un passé, dit-elle, autant le mettre en scène de la manière la plus charmante et la plus enjouée possible ". Enjouée, voilà un adjectif qui lui colle parfaitement à la peau, elle virevolte dans ce matin clair, sur ses talons de 14 cm, pas de demi-mesure, et réitère l'exploit de monter, descendre puis monter encore les escaliers de ce cocon bruxellois qu'elle a décoré selon ses goûts, en prenant le temps, au hasard de ses trouvailles mais toujours avec fils conducteurs - " les lignes radicales, graphiques, architecturées, j'aime la symétrie, je suis plus "palladienne" que fouillis ".
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