L'actrice, qui se produira début février à Bruxelles dans La compagnie des spectres, où il est frontalement question de Seconde Guerre mondiale et de collaboration, est une énigme. Comment Zabou, de son vrai prénom Isabelle, ravissante brunette des années 80 qui officiait dans le Club Dorothée, posait en couverture de Playboy et alignait les joyeux nanars, est-elle devenue Zabou Breitman ? La comédienne et réalisatrice de cinéma respectée, adaptant pour le théâtre Raymond Depardon et dirigeant bientôt L'enlèvement au sérail, à l'Opéra Garnier à Paris. Si l'on n'avait qu'une question à lui poser, ce serait évidemment celle-là... " Ça s'est fait doucement ", dit-elle à l'autre bout du téléphone, affable bien que retenue par un emploi du temps de minis...

L'actrice, qui se produira début février à Bruxelles dans La compagnie des spectres, où il est frontalement question de Seconde Guerre mondiale et de collaboration, est une énigme. Comment Zabou, de son vrai prénom Isabelle, ravissante brunette des années 80 qui officiait dans le Club Dorothée, posait en couverture de Playboy et alignait les joyeux nanars, est-elle devenue Zabou Breitman ? La comédienne et réalisatrice de cinéma respectée, adaptant pour le théâtre Raymond Depardon et dirigeant bientôt L'enlèvement au sérail, à l'Opéra Garnier à Paris. Si l'on n'avait qu'une question à lui poser, ce serait évidemment celle-là... " Ça s'est fait doucement ", dit-elle à l'autre bout du téléphone, affable bien que retenue par un emploi du temps de ministre. " Avec Zabou, il manquait mon nom de tribu. Je n'étais pas complète, cela ne me convenait pas. C'est un beau nom, qui sonne bien, Breitman. C'est fort, volontaire. Je pense à mon grand-père ", ajoute-t-elle avec fierté. Lucien Breitman, médecin-chef, militant socialiste, rescapé de la déportation et du camp de Falkensee, promu chevalier de la Légion d'honneur à titre militaire. La figure tutélaire de la famille. En 1998, sa petite-fille joue pour la première fois sous son identité complète dans La jeune fille et la mort, la pièce d'Ariel Dorfman. Elle interprète Paulina, une victime de la dictature qui se venge des tortures que lui a infligées son bourreau. Zabou devient alors Zabou Breitman. " Je l'ai fait consciemment. Ça a été mal reçu. On m'a dit : "Mais les gens ne vont plus savoir qui c'est", ce qui m'a énervée. C'est quoi cette convention ? C'est dingue la réduction permanente des choses, non ? " Elle aime les reliefs saillants, l'audace, la poésie qui élève les émotions, l'absurdité salvatrice des Marx Brothers, l'univers borderline de Roland Topor, son écrivain de chevet. Chez Georges Feydeau, qu'elle a porté au théâtre cet hiver avec Le système Ribadier, elle voit un maître du burlesque dont elle exacerbe la noirceur, un prince de l'écriture qui finira sa vie prématurément, dans un asile. Un destin tragi-comique comme elle les apprécie. Dans La compagnie des spectres, elle danse le tango avec un pantin qui a les traits du Maréchal Pétain, l'homme de Vichy, que son personnage nomme " Le maréchal Putain ". Les lettres qui s'entrechoquent et qui, sous la violence de la collision perdent au passage une voyelle comme on perd une molaire, ça c'est du pugilat ! " L'eaubscène " disait Lacan. Dans Journal de ma nouvelle oreille qu'elle vient de mettre en scène, il est encore question de néologismes, de carambolages syntaxiques. L'autobiographie d'une jeune femme devenue subitement sourde à 14 ans et qui joue sur les planches son propre rôle. " Elle s'est appareillée seulement à 37 ans. Elle réinvente la langue. " Avec un père scénariste, qui sous le nom de Jean-Claude Deret a signé les épisodes de Thierry la Fronde à l'époque où la télé était en noir et blanc, et une mère comédienne d'origine québécoise, Zabou B. a très vite appris à jongler avec les mots. Lorsqu'on lui demande ce qu'elle retient de son éducation, elle répond : " L'amusement. Mon père m'a transmis cette idée fondamentale : la culture ludique. " A 92 ans, le paternel n'a pas lâché la plume ni le micro. L'enregistrement live de son dernier album de chansons, placées sous le signe de Boris Vian, est même disponible sur iTunes, tient-il à faire savoir sur son blog. Un journal de bord où il se définit comme " travailleur paresseux, fan de polars, non-fumeur, chauffeur automobile et psychopathe inoffensif ". Bon sang ne saurait mentir. La compagnie des spectres, Wolubilis, à 1200 Bruxelles. www.wolubilis.be Les 12 et 13 février.PAR ANTOINE MORENO" Mon père m'a transmis cette idée fondamentale : la culture ludique. "