En 2020, la mode homme voit la vie en rose. On en veut pour preuve le costume fluo signé Versace avec Stetson coordonné qu'arborait le jeune rappeur Lil Nas X sur la scène des Grammy Awards, fin janvier dernier. Ou encore les podiums couleur bubble-gum de Dior, Raf Simons, dont le show se tenait dans un gymnase entre Paris et Disneyland, et Jacquemus, qui présentait sa collection au coeur d'un champ de lavande en Provence. Les fleurs, d'ailleurs, étaient aussi à l'honneur chez Louis Vuitton. Le directeur artistique de la ligne masculine, Virgil Abloh, affirmait alors qu'un bouquet composé de roses, de marguerites et de tulipes était un symbole de diversité. C'est donc vêtu d'un harnais de marguerites que le musicien Devonté Hynes, alias Blood Orange, avait foulé le catwalk de la maison française.
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En 2020, la mode homme voit la vie en rose. On en veut pour preuve le costume fluo signé Versace avec Stetson coordonné qu'arborait le jeune rappeur Lil Nas X sur la scène des Grammy Awards, fin janvier dernier. Ou encore les podiums couleur bubble-gum de Dior, Raf Simons, dont le show se tenait dans un gymnase entre Paris et Disneyland, et Jacquemus, qui présentait sa collection au coeur d'un champ de lavande en Provence. Les fleurs, d'ailleurs, étaient aussi à l'honneur chez Louis Vuitton. Le directeur artistique de la ligne masculine, Virgil Abloh, affirmait alors qu'un bouquet composé de roses, de marguerites et de tulipes était un symbole de diversité. C'est donc vêtu d'un harnais de marguerites que le musicien Devonté Hynes, alias Blood Orange, avait foulé le catwalk de la maison française. Fin 2019, le créateur américain faisait une autre déclaration fracassante : le streetwear, ces fringues qui lui avaient permis de bâtir un empire dans les années 2010, n'est plus. Ses aficionados, prédisait-il ainsi, sont sur le point de devenir adultes et cesseront un jour de se pavaner en hoodie difforme et sneakers. Le smoking classique est, il est vrai, revenu en force sur les catwalks... y compris en rose. Mais avant que tous les messieurs ne se retrouvent en costume austère, avec cravate et attaché-case au bout du bras, de l'eau coulera encore sous les ponts. Et puis, si malgré tout ils optent pour le deux-pièces, ce sera sans doute avec distance et ironie. Après le sportswear des années 90, on voit donc ressurgir çà et là l'allure yuppie typique des eighties : les maisons Ralph Lauren et Giorgio Armani ont bien des raisons de se réjouir. Tout cela mène surtout à penser qu'on est simplement confronté à moins de diktats qu'avant. Vogue, par exemple, voit poindre cette saison un consensus chez les créateurs et les marques qui comptent : le rejet des " sales types " qui dominent l'actualité. Et ce, au profit d'un homme plus libre. Sur Instagram et Youtube, dans le métro et dans les coulisses des Fashion Weeks, cette version adoucie du mâle s'affiche de plus en plus. Depuis plusieurs saisons, on constate aussi que la mode masculine s'est féminisée. Plus personne ne s'offusque de voir des mecs en robes ou en tuniques, comme chez J.W. Anderson, chaussés de talons, avec sac à main et bijoux. Ce qui définit ou non la masculinité aujourd'hui n'alimente en réalité plus les discussions. Même un journal plutôt conservateur comme Forbes faisait remarquer récemment que l'image traditionnelle de la féminité et de la masculinité, basée sur le genre, était désormais floue. " L'androgynie et la " gender fluidity " sont devenues la norme, plutôt que l'exception. On assiste à un tournant culturel, dont les Millennials sont les artisans. " Au sein de ce nouveau paysage social, les stéréotypes genrés sont considérés comme tout à fait obsolètes, voire insultants. A noter que la mode masculine explore de plus en plus de nouveaux territoires et expérimente davantage. Les jeunes hommes sont désormais plus audacieux et plus aventureux que les filles. Si les premiers s'adoucissent, les secondes, elles, seraient en train de s'endurcir. Alors que la griffe de lingerie Victoria's Secret voit son succès décliner, la sensualité de l'underwear homme de Ludovic de Saint Sernin fait un carton. Autres exemples avec une Billie Eilish qui cache son corps sous des vêtements XXL, tandis qu'en Chine les grosses chaussures Dr Martens sont adoptées en nombre par les adolescentes. Cette saison, on voit également apparaître par-ci par-là des touches nostalgiques : un pantalon à plis marqués à la place d'un jogging, des mules au lieu de sneakers, un pull à col V - de préférence sans manches - pour remplacer le sweat à capuche. Le survêt', les baskets et les hoodies étaient toutefois eux-mêmes déjà des revenants, sortis tout droit des nineties. Et puisque les années 90 étaient encore relativement présentes dans toutes les mémoires, même ceux qui ne les avaient pas vécues pouvaient s'y identifier. C'est aujourd'hui plus difficile à faire avec une tunique d'inspiration seventies signée J.W. Anderson. Le passé est pourtant à portée de main, bien plus qu'il ne l'a jamais été. Tout se trouve sur le Net. Il ne faut pas avoir connu les années 50 pour se faire une idée assez précise de cette décennie et la réinterpréter à sa façon : il suffit d'un Levi's 501, un tee-shirt blanc et la banane gominée. On peut se sentir étouffé par cette abondance de modèles d'autrefois, c'est pourtant un formidable vivier dont s'inspirer pour créer de nouvelles choses. Finalement, nous vivons dans une société du " mix & clash ". Savoir si ça va ensemble n'est pas le plus important. Le succès impressionnant que connaît la griffe Gucci depuis quelques années en est la preuve éclatante. Au fond, il suffit que cela matche dans notre tête...