C'est une performance magistrale qu'imaginent Viktor Horsting et Rolf Snoeren en 1999, lors de la présentation de leur dernier opus haute couture. Le point de départ de leur réflexion tourne autour de l'idée même du vêtement. Ils s'amusent à superposer une multitude de pièces sur un même mannequin. Soit la totalité d'une collection, riche de dix silhouettes, pesant 70 kilos, et posée lentement comme on compose un feuilleté. Cette vision artistique et expérimentale de la mode interroge les limites du luxe. Et apporte au duo néerlandais la consécration tant attendue et méritée.
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C'est une performance magistrale qu'imaginent Viktor Horsting et Rolf Snoeren en 1999, lors de la présentation de leur dernier opus haute couture. Le point de départ de leur réflexion tourne autour de l'idée même du vêtement. Ils s'amusent à superposer une multitude de pièces sur un même mannequin. Soit la totalité d'une collection, riche de dix silhouettes, pesant 70 kilos, et posée lentement comme on compose un feuilleté. Cette vision artistique et expérimentale de la mode interroge les limites du luxe. Et apporte au duo néerlandais la consécration tant attendue et méritée. Ces deux-là se connaissent depuis toujours ou presque. Adolescents, ils se rencontrent en 1988 sur les bancs de l'Arnhem Academy of Art and Design - ils contribueront d'ailleurs à faire connaître l'école à l'échelon international. A l'époque, ils partagent déjà une même sensibilité et un même regard porté sur la mode. Des Gilbert & George en puissance. Diplômés en 1992, ils empruntent la voiture de papa et foncent sur Paris, où ils resteront trois ans. Parce que c'est la ville de la mode et qu'ils veulent être fashion designers. En 1993, consécration au Festival d'Hyères, où ils remportent le prix de la presse, le prix du jury et le prix de la ville. Pas moins. Plutôt que de peaufiner leur apprentissage dans une maison prestigieuse, les deux créateurs préfèrent faire le grand saut et fondent leur griffe. Mais leur approche conceptuelle et expérimentale peine à trouver des adeptes dans la sphère fashion. La réponse est aussi provocante qu'immédiate : les Néerlandais placardent dans tout Paris des panneaux " Viktor & Rolf en grève ! ". Le manifeste, adressé au monde de la mode, aura le mérite de conquérir l'establishment artistique. De retour aux Pays-Bas, ils organisent ainsi quelques shows à la Torch Gallery, à Amsterdam. Ils font parler d'eux avec le lancement d'un parfum dont le flacon est vide. Ou avec une collection miniature - une idée reprise plus tard, pour l'exposition rétrospective qui leur est consacrée à la Barbican Art Gallery, à Londres. À défaut de pouvoir créer dans le monde réel, ils préfèrent être les rois en leur (mini) royaume. Autant d'initiatives à contre-pied des comportements habituels des fashion designers. Viktor & Rolf ne perdent pas pour autant espoir de concrétiser un jour leurs ambitions. Après leur passage remarqué dans la haute couture, ils évoluent en 2000 vers le prêt-à-porter. Chaque saison, leurs shows rivalisent d'imagination et témoignent d'une réflexion profonde sur la mode. En vrac, on retiendra leur défilé No, en réaction à la durée de vie trop brève des collections, celui intitulé Black - entièrement noir, en ce compris les visages des tops -, cet autre où chaque fille défilait avec sa propre lumière et bande-son, celui placé sous le signe du rose, des rubans, fleurs et volants, lors du lancement de leur parfum Flowerbomb, avec L'Oréal, un gros succès commercial. Sans oublier leur show pour la collection automne-hiver 10-11, lorsqu'ils reprennent leur idée de superposition de vêtements, qui doivent cette fois être portables et accessibles. " Les gens pensent souvent qu'il n'est pas possible d'allier démarche créative et commerciale, expliquent-ils. Nous avons toujours été convaincus du contraire. " Une philosophie qu'ils ne cessent, encore et toujours, de mettre en pratique aujourd'hui. CATHERINE PLEECK