Lundi, 10 heures du matin. Venu de Glasgow, un jeune couple en citytrip profite de son passage à Bruxelles pour visiter les installations flambant neuves de Tamawa. Hubert Verstraeten ne s'en étonne pas : " Cela arrive assez régulièrement, notre travail attire pas mal de curiosité. " Designer de formation, ce natif des Cantons de l'Est s'est spécialisé en orfèvrerie de l'autre côté de la frontière, plus par goût de l'excellence que par facilité linguistique. A Pforzheim, berceau de la bijouterie allemande, il a suivi la formation réputée de la Fachschule für Gestaltung, dont il apprécia particulièrement la tendance à cultiver l'ambiguïté entre arts plastiques et appliqués. " Chez nous, soit on fait de l'art, soit on apprend un métier, déplore-t-il. Tout ce qu'il y a entre les deux ...

Lundi, 10 heures du matin. Venu de Glasgow, un jeune couple en citytrip profite de son passage à Bruxelles pour visiter les installations flambant neuves de Tamawa. Hubert Verstraeten ne s'en étonne pas : " Cela arrive assez régulièrement, notre travail attire pas mal de curiosité. " Designer de formation, ce natif des Cantons de l'Est s'est spécialisé en orfèvrerie de l'autre côté de la frontière, plus par goût de l'excellence que par facilité linguistique. A Pforzheim, berceau de la bijouterie allemande, il a suivi la formation réputée de la Fachschule für Gestaltung, dont il apprécia particulièrement la tendance à cultiver l'ambiguïté entre arts plastiques et appliqués. " Chez nous, soit on fait de l'art, soit on apprend un métier, déplore-t-il. Tout ce qu'il y a entre les deux est assez peu enseigné. C'est une importante différence de culture ; d'ailleurs nous n'appréhendons pas le bijou de la même façon. La conception latine le lie à l'idée de cadeau, mais aussi de coût, de valeur. Une bague est associée au mariage, aux fiançailles, à l'amour. Tout est très codifié, tandis que dans les pays germaniques, les femmes s'achètent plus facilement des bagues pour se faire plaisir. " Pour tenter de surmonter le poids de cette symbolique, Hubert Verstraeten mise sur son regard de product designer. Il explique : " La joaillerie est l'une des rares professions qui n'a pas ou peu évolué depuis deux mille ans : on scie, on lime, on soude et on cisèle. Or, je l'aborde avec la mentalité adoptée par d'autres pour réaliser une chaise ou une table. C'est très libérateur. " A la recherche d'introuvables billes creuses en Inox pour l'un de ses projets, il prend un jour contact avec Saluc, entreprise tournaisienne, leader mondial dans la production de boules de billard. C'est une révélation : Hubert a trouvé " de quoi s'amuser ". Il manipule, assemble ou perce la Bakélite, et ce matériau un peu désuet - le premier plastique fait de polymères synthétiques, inventé par un Gantois émigré aux Etats-Unis, Leo Baekeland - va se révéler une formidable source d'inspiration. Par la force des choses, plutôt que par coïncidence. " Je crois plus à l'intuition qu'au hasard, confesse-t-il. Il y a des moments qu'il faut provoquer, sous peine de passer à côté. " Dès lors, la matière fait partie intégrante du concept. Sa densité, son poids et son fascinant éclat nourrissent la créativité d'Hubert, et comme un fil qu'on tire, la première réalisation en appelle une deuxième. Les éléments de Bakélite de sa collection existant sous le nom Atelier Verstraeten sont retirés et Tamawa voit le jour. Ce terme japonais, signifiant " bille sur anneau d'acier " a l'avantage de se prononcer partout de la même façon, trahissant dès le départ des ambitions internationales. Après les boutons de manchettes, viennent les bagues, les colliers, puis la montre - le best-seller maison. Sans oublier les accessoires et le petit mobilier, réalisé par des designers de renom tels que Sylvain Willenz ou Big Game. En six ans d'existence, ces produits uniques et ludiques ont touché une clientèle variée ; peu importe le continent, l'universalité de leur langage s'avère susceptible de convaincre tous azimuts. Et l'entreprise connaît aujourd'hui un nouvel élan, car après quinze ans à se faire la main sur des machines de récup', Hubert Verstraeten a investi dans un imposant tour-fraiseuses 5 axes, qui lui permet d'augmenter sa productivité en donnant un sérieux coup de boost à la créativité. " Grâce à cette machine, se réjouit-il, nous n'avons plus de limites dans l'espace. Et cette bille de Bakélite, cette sphère, c'est le degré zéro du langage formel. Je la compare à un crayon sur une feuille blanche, elle offre une infinité de possibilités. " Avec un tel potentiel et une envie intacte, aucun risque de tourner en rond : ça roule pour Tamawa. www.tamawa.bePAR MATHIEU NGUYEN" L'une des rares professions qui n'a pas ou peu évolué depuis deux mille ans. "