Aviez-vous lu le roman de Frédéric Beigbeder avant d'accepter ce rôle ?

Oui, j'ai dévoré tous ses livres et celui-ci est mon préféré. C'est un petit condensé plein d'humour mordant sur le couple moderne. Les personnages ont résonné tout de suite en moi et au fil du récit j'ai eu l'impression de retrouver mes amis trentenaires et quadragénaires... Il faut dire que, comme ses protagonistes, en amour, nous sommes assez paumés. Frédéric Beigbeder nous livre, à travers les aventures d'un chroniqueur parisien mondain et dragueur (Gaspard Proust), le manuel de survie d'un jeune divorcé et érige cette théorie choc : l'amour dure trois ans ! Il dénonce ce " complot amoureux " qui veut vous persuader que l'amour dure toute la vie, dénigre le mariage, " ce mensonge organisé ", cette " escroquerie infernale ". Le tout, à coups d'arguments à la fois lucides, improbables et hilarants, par exemple : " Pourquoi vouloir d'une vie immobile ? "
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Oui, j'ai dévoré tous ses livres et celui-ci est mon préféré. C'est un petit condensé plein d'humour mordant sur le couple moderne. Les personnages ont résonné tout de suite en moi et au fil du récit j'ai eu l'impression de retrouver mes amis trentenaires et quadragénaires... Il faut dire que, comme ses protagonistes, en amour, nous sommes assez paumés. Frédéric Beigbeder nous livre, à travers les aventures d'un chroniqueur parisien mondain et dragueur (Gaspard Proust), le manuel de survie d'un jeune divorcé et érige cette théorie choc : l'amour dure trois ans ! Il dénonce ce " complot amoureux " qui veut vous persuader que l'amour dure toute la vie, dénigre le mariage, " ce mensonge organisé ", cette " escroquerie infernale ". Le tout, à coups d'arguments à la fois lucides, improbables et hilarants, par exemple : " Pourquoi vouloir d'une vie immobile ? "C'est une jeune femme fantasque et romantique qui l'attire et le déstabilise. Après son divorce, Gaspard passe de femme en femme et décrète : " L'avantage avec une nana différente tous les soirs, c'est qu'on peut lui dire la même chose. " Alice lui fait comprendre que cet immobilisme dont il a peur est la source de son stupide credo. Et que seul l'amour lui apportera le mouvement. Mes amis me décrivent souvent ainsi. Ils me comparent au personnage de Phoebe de la série Friends : décalée, virevoltante, mais aussi tourmentée et autoritaire... Pendant le tournage de L'Amour dure trois ans, Frédéric -rencontré alors que je jouais les Miss Météo déjantées de Canal + - n'a cessé de me dire que j'étais son personnage. Moi, au départ, dans le scénario, je la trouvais un peu cucul : elle était organisatrice de mariages... Beigbeder m'a permis de la remodeler en photographe. Et m'a laissée inventer des répliques comme : " Mon sein gauche est beaucoup plus grand que le droit : c'est normal avec les pulsations du c£ur "... J'en ai repris certaines tirées du roman mais qu'il avait délaissées : " Au XXIe siècle l'amour est un SMS sans réponse. " Absolument vrai : les textos sont une forme de torture très raffinée. Alors oui, Alice me ressemble sans doute : j'aime effectivement les femmes fantasques et décisionnaires. J'aime quand Alice attrape Gaspard et lui donne le premier baiser sur la place Dauphine, à Paris ! J'ai souvent erré des heures dans Paris pour trouver la rue suffisamment romantique pour le baiser parfait... Et j'ai parfois eu envie de dire à mon amoureux " Attends un peu " pour l'embrasser. Mon endroit préféré se trouve dans le XIXe arrondissement : c'est un mini kiosque dans lequel on tient à deux et qui se trouve au sommet d'une sorte de montagne du parc des Buttes-Chaumont. À Paris, il existe des endroits spécifiques pour exprimer ses sentiments. Par exemple, pour dire ses quatre vérités à quelqu'un, la grande roue de la Concorde est idéale : impossible de s'enfuir ! Quand je quitte, il faut vraiment l'avoir cherché. Ce serait donc une punition. Je dirais... Au dernier étage du Bon Marché un samedi après-midi. L'enfer ! Lorsque je ne suis pas amoureuse, je pense exactement comme lui : l'amour a une date de péremption. Je suis aussi d'accord avec Schopenhauer quand il écrit : " L'amour est un leurre, un moment puissant et euphorique, suivi, au mieux, d'une intense amitié empreinte de tendresse, au pire, du vide et de la désolation. " Mais si je suis amoureuse, je vois les choses différemment : je ne réponds plus de moi. C'est assez pénible, parce que je me sens dépossédée, comme dépendante d'une drogue dure... Je mets ma vie entre parenthèses en attendant d'être avec l'autre. Quelquefois, j'ai l'impression d'être mordue au cou par une bête enragée et de devoir attendre qu'elle me lâche... Chaque fois, je le crois. Mais mes histoires n'ont jamais duré plus de deux ans. Ma génération a grandi dans une société hyperhédoniste qui nous martèle des slogans comme : " Profite ", " Fais-toi plaisir ", " Pense à toi car tu le vaux bien "... Des messages très individualistes. Résultat : nous avons du mal à faire des concessions, à relancer notre couple. Je crois que pour nombre d'entre nous, changer le scénario de notre vie comporte le risque de mettre en péril sa personnalité... Plusieurs choses ! Mes parents étaient profs - de philo et de français - et ça les aurait rassurés que je suive leur exemple, que j'aie un CDI à vie... J'ai étudié cinq ans aux Beaux-Arts et je m'apprêtais à être prof d'arts plastiques. Mais j'ai raté mon capes (NDLR : certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement du second degré, en France)... J'ai tout foiré et je l'ai fait exprès ! Un jour, j'ai regardé un reportage dans lequel Louise Bourgeois décrivait à des journalistes un pénis géant en inventant une histoire extraordinaire... Elle jouait devant la caméra comme une actrice et vous transportait dans une fiction. J'ai pensé que je pouvais moi aussi mettre mon imagination, mon corps au service d'un monde à la fois très réel et irréel : la toile du grand écran. C'est la raison pour laquelle j'ai changé mon prénom, Ariane, en Louise. Un hommage à Louise Bourgeois. PAR PAOLA GENONE