Au petit matin, le marché aux poissons de Mouttrah, l'ancien village de pêcheurs où se trouve le grand souk de la capitale Mascate, connaît une activité extraordinaire. Au loin, dans la chaleur déjà enveloppante, se détache la masse imposante du minaret de la mosquée du sultan Quabous, édifiée sur ordre du monarque voici dix ans. Le palais royal, qui ne se visite pas (c'est la résidence de prestige du sultan qui y reçoit ses hôtes de marque), s'enorgueillit, lui, d'une splendide entrée faite de colonnes bleues et dorées. Mais ces prodiges d'architecture ont été éclipsés, en octobre dernier, par l'ouverture du Royal Opera House. Déjà, une belle programmation diversifiée s'offre aux passionnés : récitals d'Andrea Bocelli, concerts de l'orchestre philarmonique de Londres ou encore des représentations du ballet Giselle. Le but ? Créer une émulation culturelle entre l'Orient et l'Occident. Le style architectural du bâtiment n'est pas non plus anodin. Oman ayant plutôt parié sur une adaptation contemporaine du ksar, le château fort arabe, que sur des lignes futuristes que l'on retrouve à l'opéra d'Abu Dhabi dessiné, lui, par Zaha Hadid. Ici, les forêts de gratte-ciel en vogue à Dubai n'ont pas les faveurs des dirigeants. Ceux-ci préfèrent pérenniser leur patrimoine architectural. Ainsi, à Mascate,...

Au petit matin, le marché aux poissons de Mouttrah, l'ancien village de pêcheurs où se trouve le grand souk de la capitale Mascate, connaît une activité extraordinaire. Au loin, dans la chaleur déjà enveloppante, se détache la masse imposante du minaret de la mosquée du sultan Quabous, édifiée sur ordre du monarque voici dix ans. Le palais royal, qui ne se visite pas (c'est la résidence de prestige du sultan qui y reçoit ses hôtes de marque), s'enorgueillit, lui, d'une splendide entrée faite de colonnes bleues et dorées. Mais ces prodiges d'architecture ont été éclipsés, en octobre dernier, par l'ouverture du Royal Opera House. Déjà, une belle programmation diversifiée s'offre aux passionnés : récitals d'Andrea Bocelli, concerts de l'orchestre philarmonique de Londres ou encore des représentations du ballet Giselle. Le but ? Créer une émulation culturelle entre l'Orient et l'Occident. Le style architectural du bâtiment n'est pas non plus anodin. Oman ayant plutôt parié sur une adaptation contemporaine du ksar, le château fort arabe, que sur des lignes futuristes que l'on retrouve à l'opéra d'Abu Dhabi dessiné, lui, par Zaha Hadid. Ici, les forêts de gratte-ciel en vogue à Dubai n'ont pas les faveurs des dirigeants. Ceux-ci préfèrent pérenniser leur patrimoine architectural. Ainsi, à Mascate, le vieux quartier, les maisons chaulées et deux forteresses de facture portugaise - les Portugais firent de la ville une base navale au XVIe siècle - ont été soigneusement rénovées. Autres motifs de fierté pour les Omanais : la préservation et la rénovation des ksour (forteresses). Un grand nombre d'entre eux, aux influences perse et portugaise, furent construits durant la dynastie Yaroubides, au XVIIe siècle. Ces derniers chassèrent les Portugais et se lancèrent à la conquête de l'Afrique. Zanzibar fut l'un des comptoirs longtemps dominés par le Sultanat, ce qui explique l'influence arabe dans l'île, mais aussi le métissage des Omanais. Véritable carrefour des peuples et des routes commerciales, Oman connut également une longue tradition maritime, avec aussi la création des dhows, ces bateaux destinés à transporter encens, perles, pierres précieuses, tissus, parfums, dattes et épices, de par le monde. Une richesse protégée par de nombreuses forteresses, conçues dans une pure architecture militaire. Certaines, comme celle de Jabrin, revêtent également des allures de palais, avec des portes en bois ciselées et des plafonds peints. Si la plupart des ksour sont perchés sur les cols de Wadi Soumaïl, Jizzi et Hawasinah, celui de Nizwa se trouve en plein centre-ville. On y entre par une petite porte ouvrant sur une sorte d'agora. Plusieurs rampes d'escaliers permettent d'accéder au chemin de ronde offrant une vue panoramique sur toute la région. Près de 1 000 hommes étaient nécessaires pour en assurer la défense. L'autre attraction de Nizwa est son marché aux chèvres : une activité purement masculine où les éleveurs, portant leur khanjar - le traditionnel poignard à lame recourbée - coincé dans leur ceinture, promènent leurs bêtes face au public afin d'en vanter les mérites. Au petit souk artisanal, en revanche, on peut encore dénicher des bijoux bédouins en argent, des tissus et des cafetières au bec pointu. Mais quittons villes et forteresses pour nous enfoncer dans le désert de Wahiba sands à la découverte des campements bédouins, composés de tentes réalisées en laine de chameau. Appelées " demeures de poils " (beit es-shaar), elles sont prêtes à accueillir le voyageur désireux de goûter au mode de vie simple de ces nomades. Sous une voûte étoilée scintillante, pure et sublime, est offert un savoureux méchoui d'agneau et du riz pilaf présenté à même le sol, sur des nattes tressées. On mange avec la main droite, assis en rond autour du plat unique. Mais personne n'oblige l'hôte à en faire de même. Des douceurs composées de dattes (le pays en compte soixante sortes différentes), grenades et halwa, pâte fabriquée à base de sucre roux, de noix, de poudre de maïs et de safran, complètent le repas. L'hospitalité est une règle importante dans le désert : l'aridité pouvant être fatale à l'homme, il s'agit d'une véritable responsabilité collective. La bienséance veut pourtant qu'un hôte ne s'attarde pas plus de trois nuits. Mais durant son séjour, ce dernier est totalement pris en charge et protégé par les maîtres des lieux. Autre tradition qui peut déstabiliser le voyageur : le masque porté par les femmes du désert, les Wahibas. Cet attribut vestimentaire, destiné à cacher le visage féminin, souligne pourtant leur regard noirci au khôl. On croise notamment les Wahibas aux marchés d'Ibra et de Sinaw, interdits aux hommes, afin de les laisser faire leurs courses à l'aise... En ville, les femmes revêtent plutôt l'abaya, long voile noir arboré avec un manteau fluide, souvent serti de brillants. Chez les Bédouines, à l'instar d'autres peuples nomades, la coquetterie s'inscrit plutôt dans leurs lourdes parures en argent, valeurs transportables à tout moment. Bijoux protecteurs également comme les amulettes prenant la forme de petites boîtes filigranées dans lesquelles est glissé un verset du Coran, alors que la légende prétend que certains contiendraient des djinns, esprits malins et parfois moqueurs, coutume que l'on retrouve jusqu'au Maroc. Pour terminer en beauté, direction la péninsule de Musandam, qui pointe son nez dans le détroit d'Ormuz et est séparée du reste du pays par le territoire émirati. Caractérisée par 600 kilomètres de côte, la vie s'y est organisée le long de la mer. Mais ici aussi, on retrouve les forts traditionnels comme à Khasab, principale ville de la péninsule, ainsi qu'à Bukha. La pêche est l'activité principale de la région. À ne pas manquer : le spectaculaire marché aux requins de Khasab. Des squales de toutes sortes se retrouvent à même le bitume pour la criée : des hommes vêtus de leur dishdasha d'un blanc immaculé, auscultent les poissons de près, liasses de billets en main. La concentration et la mine soucieuse des acheteurs et vendeurs laissent supposer un commerce juteux. Vous préfèrez les plaisirs de la plage ? Cap sur Zighy Bay, le nouveau lieu de villégiature de luxe. C'est ici que le Six Senses, l'un des plus beaux hôtels au monde, s'est ouvert derrière une sorte de fjord, qui a donné à la région son surnom de Norvège du Moyen-Orient. Afin de s'intégrer harmonieusement au paysage, le resort est uniquement composé de petites villas conçues dans des matériaux naturels, pierres locales, chaux, bambou et feuilles de palmiers, dont les teintes douces se confondent avec celles de la grève sablonneuse. Une adresse éco-chic, très prisée des habitants des pays du Golfe et des voyageurs étrangers. PAR SANDRA EVRARD