Puissant vecteur de fantasme - voir la Charlotte de Sex and the City - la femme galeriste tient haut sa place dans l'imaginaire collectif, juste à côté de la rédactrice en chef : indépendante, racée, intellectuelle, conjuguant goût du beau et du pognon de foires en foires, d'ateliers d'artistes en lofts de collectionneurs. Bousculant cette grossière caricature, nous avons voulu rendre hommage à cinq d'entre elles qui font bouger Bruxelles. Depuis plusieurs années déjà, bien avant que notre capitale ne devienne une place investie par les grands noms du marché, comme récemment la Parisienne Almine Rech ou la New-Yorkaise Barbara Gladstone. Ne pas voir dans cette envie d'auréoler cinq femmes de la culpabilité sexiste ou un aveu de mauvaise conscience : contrairement aux artistes longtemps écrasées par l'humeur machiste du milieu, les galeristes ne mènent pas de combat similaire. L'histoire compte de nombreuses pionnières, de Denise René, " papesse parisienne du Op Art " à Ileana " Mom of Pop " Sonnabend, à New York. Et la testostérone est loin de faire la loi dans le réseau actuel (1). Non, il s'agit ici de mettre un peu de chair sur ces noms que l'on croise dans les agendas culturels ou dans les comptes rendus d'expositions. Et pour casser un autre cliché sur-véhiculé, convaincre, à la faveur de ces portraits éclairs, de pousser les portes des galeries, pas si inhumaines, glaciales et excluantes que ça. Chacune dans leur style, Catherine Bastide, Erna Hécey, Elaine Levy, Greta Meert et Elisa Platteau, font montre d'une générosité pas banale et sans bornes pour tous ceux qui n'ont pas rayé le mot curiosité de leur vocabulaire.
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Puissant vecteur de fantasme - voir la Charlotte de Sex and the City - la femme galeriste tient haut sa place dans l'imaginaire collectif, juste à côté de la rédactrice en chef : indépendante, racée, intellectuelle, conjuguant goût du beau et du pognon de foires en foires, d'ateliers d'artistes en lofts de collectionneurs. Bousculant cette grossière caricature, nous avons voulu rendre hommage à cinq d'entre elles qui font bouger Bruxelles. Depuis plusieurs années déjà, bien avant que notre capitale ne devienne une place investie par les grands noms du marché, comme récemment la Parisienne Almine Rech ou la New-Yorkaise Barbara Gladstone. Ne pas voir dans cette envie d'auréoler cinq femmes de la culpabilité sexiste ou un aveu de mauvaise conscience : contrairement aux artistes longtemps écrasées par l'humeur machiste du milieu, les galeristes ne mènent pas de combat similaire. L'histoire compte de nombreuses pionnières, de Denise René, " papesse parisienne du Op Art " à Ileana " Mom of Pop " Sonnabend, à New York. Et la testostérone est loin de faire la loi dans le réseau actuel (1). Non, il s'agit ici de mettre un peu de chair sur ces noms que l'on croise dans les agendas culturels ou dans les comptes rendus d'expositions. Et pour casser un autre cliché sur-véhiculé, convaincre, à la faveur de ces portraits éclairs, de pousser les portes des galeries, pas si inhumaines, glaciales et excluantes que ça. Chacune dans leur style, Catherine Bastide, Erna Hécey, Elaine Levy, Greta Meert et Elisa Platteau, font montre d'une générosité pas banale et sans bornes pour tous ceux qui n'ont pas rayé le mot curiosité de leur vocabulaire. (1) Lire à ce sujet Women Gallerists in the 20th and 21st centuries, par Claudia Herstatt, aux éditions Hatje Kantz. Catherine Bastide ne garde ni sa langue, ni ses mains en poche. Sourire frondeur, cette Avignonnaise monte à Paris dans les années 80 pour approfondir une passion née à l'adolescence devant des Picasso et des Miró " complètement fascinants ". Elle abandonne rapidement ses études d'histoire de l'art, c'est l'action, le présent, le contemporain, le ici et maintenant qui l'intéressent. L'expérience. Qu'elle acquiert durant six ans chez la Parisienne Ghislaine Hussenot. Une vraie chance : " J'y ai rencontré des artistes magnifiques, comme Ed Ruscha, On Kawara, Cindy Sherman, et j'en passe. " Parenthèse de deux ans aux States, chez Gladstone à New York, Painter à Los Angeles, ça vole haut. Mais c'est voler de ses propres ailes qu'elle désire. Direction Bruxelles, le loyer est abordable, des amis artistes le lui ont dit. Elle ouvre sa galerie et frappe dans la foulée un grand coup : avec la théoricienne de l'art Anne Pontégnie (qui fut de l'aventure du musée Wiels au début), elle réunit pour la première fois deux pointures de l'art vivant, Franz West et Mike Kelley, pour une expo en binôme. " Ça m'a lancée sur la scène bruxelloise. " ça fait dix ans, elle est toujours dans la place. Bien qu'elle assure : " Le métier est difficile : comme à Hollywood, il y a les majors et les films indépendants, dans le monde de l'art, il y a les grosses structures et les galeries d'auteurs ". Catherine Bastide résiste au mainstream à la faveur d'une programmation généralement pointue, cérébrale, " qui retourne aux fondements du rôle de galeriste : vendre, bien sûr, mais surtout proposer un contenu ". Qui demande du temps. Celui que ne prennent pas toujours les marchands. Galerie Catherine Bastide, 62, chaussée de Forest, à 1060 Saint-Gilles. www.catherinebastide.com Elle a la niaque, Elisa. Des bottes camel à talons qui terminent un look seventies bon teint encanaillé par du vernis à ongle rose, cette jolie nerveuse originaire d'Ypres assume son rôle de très jeune galeriste avec un certain panache. Depuis " le 1er octobre 2008 " - elle cite précisément la date, comme on se rappelle du jour de son mariage ou de toutes les premières fois qui comptent - Elisa Platteau, 30 ans, expose en nom propre " ses artistes ", comme elle dit. Ils sont dix, même génération, de près ou de loin conceptuels, qu'elle surnomme, avec amusement, " ma petite bande ". Pour comprendre, revenir aux débuts : papa notaire, maman historienne de l'art. Très vite, les grands musées. Genre : le Guggenheim de New York à 7 ans. Puis des études de conservation et restauration aux Musées royaux des beaux-arts à Anvers qui l'amènent à Gand - après avoir travaillé pour plusieurs musées à l'étranger - à sauver de la décrépitude le fameux Zeppelin de Panamarenko. Micheline Szwajcer, grande galeriste anversoise, sera sa fée : engagée " parce qu'on avait les mêmes chaussures ", plaisante à peine Elisa Platteau. Suivra un passage chez Xavier Hufkens qui, croyant à raison en ses capacités, la motive à monter son propre projet. Pari relevé rue du Canal, n°20, depuis bientôt deux ans. Avant déménagement, le 3 juin prochain, à deux jets de pierre, rue de Laeken, " 200 m2 sur deux niveaux, style années 30 ". Galerie Elisa Platteau, 20, rue du Canal, à 1000 Bruxelles. www.elisaplatteau.comErna Hécey, nom et prénom hongrois, traces d'une naissance à Budapest confirmées par le zeste d'accent magyar qui colore encore le français parfait de cette dame altière et discrète. A l'image de sa galerie, espace postindustriel de la rue des Fabriques, revu et corrigé en 2005 par le bureau d'architectes Lhoas & Lhoas. Avec comme résultat : un cube aux angles rebondis, posé au milieu de la galerie, comme une seconde peau sur laquelle viennent s'accrocher les £uvres de Beat Streuli, John Murphy ou encore Eleanor Antin et Stephen Willats, des noms synonymes de sens, d'engagement et de grande qualité au sein du monde de l'art. Un monde qu'Erna Hécey, grandie dans le chaudron culturel hongrois des années 50 - son grand-père était éditeur - a longtemps côtoyé, qui l'a passionnée tôt mais dans lequel elle ne s'est investie corps et âme que sur le tard. C'était au Luxembourg, début des années 90, une carrière dans la finance internationale derrière elle, les moyens amassés pour enfin devenir elle-même. Suite à la rencontre d'Yvon Lambert, célèbre galeriste parisien et précieux ami, elle secoue les bords de la Moselle en ouvrant un espace accueillant tout de go la crème de l'art actuel : il y a Thomas Hirschhorn, Fabrice Hyber, Sophie Calle, aussi, alors peu médiatisée. Depuis cinq ans en Belgique, " pays fascinant, passionnant à décoder ", elle veut aujourd'hui " donner une autre forme à son projet " et ouvrir un autre espace, " uptown ", plus confidentiel, plus discret. En accord avec l'humeur de la scène actuelle, lasse des £uvres monumentales et opulentes qui ont marqué la décennie qui s'achève. Galerie Erna Hécey, 1c, rue des Fabriques, à 1000 Bruxelles. www.ernahecey.comElle n'arrête jamais. Dans quelques jours, elle s'envolera pour une foire à Mexico, elle sera de retour à temps pour Art Brussels. Là, c'est l'heure du lunch, elle s'enfile un petit plat de pasta, à la coule, dans son appart', qui est aussi sa galerie : premier étage d'un ancien bureau d'architectes, où les cimaises côtoient le sofa, la bibliothèque et la Nintendo. Volontairement décomplexée, Elaine Levy dit : " Il n'y a rien de froid ici. Ça me hérisse d'entrer dans une galerie où le comptoir est plus haut que la nana derrière son ordinateur, qui ne va de toute façon pas daigner lever la tête. " Depuis cinq ans, cette Alsacienne même pas trentenaire égaie le petit milieu à la faveur d'expos déboutonnées du col, joyeusement pluridisciplinaires, entre pop culture et art contemporain, fuyant les académismes et les prix qui s'affolent. Il faut dire : l'art est pour elle une histoire familière, sans snobisme. Avec une mère prof d'arts plastiques qui l'emmène en poussette à Art Basel, aucun soupçon de maniérisme crétin ne pèse sur sa personne. Historienne de l'art, maîtrise sur les photographes américains de l'école de Boston en poche, elle a fait ses classes dans le milieu dynamique des musées strasbourgeois, puis dans deux galeries parisiennes. Séduite par Bruxelles, moins stress, moins chère, raccord avec son humeur enthousiaste et pas poseuse pour un sou, Elaine Levy cherchait à bosser pour quelqu'un. Après " proposition de stages précaires et autres boulots pas déclarés ", elle a dit " non, merci ", elle a passé le pas, et depuis 2005, elle porte haut mais sans crâner son titre de cadette des galeristes de la capitale. Galerie Elaine Levy, 9, rue Fourmois, à 1050 Ixelles. www.elainelevyproject.comSourire charmant, allure noire à la Yamamoto éclairée par une crinière blanche, Greta Meert nous reçoit dans l'appartement qui surplombe sa galerie, au dernier étage d'une maison de maître 1900, quartier Sainte-Catherine. Transformé par les prestigieux architectes gantois Robbrecht en Daem, le lieu offre une vue panoramique sur Bruxelles, de " Manhattan " au mastodonte de Poelaert. Le bureau est dessiné par Donald Judd, star du minimalisme, le reste du mobilier penche vers le design scandinave vintage et, surtout, aux murs, du Twombly, du Mangold, du Fontanaà C'est ce dernier, figure de proue du mouvement spatialiste, célèbre par ses toiles lacérées, qui lui a donné le goût de travailler dans l'art contemporain. A elle, Molenbeekoise, fille de peintre figuratif, " je connais l'odeur de l'huile ", qui fut interprète, " je parle quelques langues ", avant de devenir collectionneuse, puis galeriste " je ne savais même pas que c'était un métier ". C'était dans les années 80, après plongeon dans l'univers de Lucio Fontana, donc, " où je me suis sentie inculte ", qui l'a poussée à étendre ses connaissances et son goût au-delà de l'impressionnisme. Après des cours d'histoire de l'art à Gand, en élève libre, après vingt ans d'expertise et d'amitié avec le gotha de l'art abstrait contemporain (son cheval de bataille), aujourd'hui, Greta Meert fait autorité à Bruxelles. Son secret ? " C'est immature, ce que je vais dire, mais je n'aime pas le côté mercantile de l'art, ça ne m'amuse pas, la vente. Mais cette immaturité me permet de rester fraîche et de garder la confiance de mes uniques amis, les artistes, qui se méfient des purs vendeurs. " Et l'amitié, c'est bien connu, ça peut (aussi) rapporter gros. Galerie Greta Meert, 13, rue du Canal, à 1000 Bruxelles. www.galeriegretameert.com Par Baudouin Galler / Photos : Julien Pohl