"La gentillesse est mal portée ", s'indigne Michel Onfray dans son "Journal hédoniste, Le Désir d'être un volcan ". Convenons-en avec lui : être gentil, c'est forcément se montrer sans caractère, faible, un peu niais, voire hypocrite. Inapte en tout cas à se faire respecter dans une société darwinienne où seul existe celui qui parvient à croquer l'autre. Même la littérature en a pris son parti, laissant le vertueux Nicholas Nickleby, de Dickens, et Mgr Myriel, l'évêque charitable des " Misérables ", s'empoussiérer dans les rayonnages des bibliothèques au profit des créatures pathétiques et désenchantées de la génération Houellebecq. Et pourtant, les grincheux vont devoir se faire une raison : la gentillesse est de retour !
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"La gentillesse est mal portée ", s'indigne Michel Onfray dans son "Journal hédoniste, Le Désir d'être un volcan ". Convenons-en avec lui : être gentil, c'est forcément se montrer sans caractère, faible, un peu niais, voire hypocrite. Inapte en tout cas à se faire respecter dans une société darwinienne où seul existe celui qui parvient à croquer l'autre. Même la littérature en a pris son parti, laissant le vertueux Nicholas Nickleby, de Dickens, et Mgr Myriel, l'évêque charitable des " Misérables ", s'empoussiérer dans les rayonnages des bibliothèques au profit des créatures pathétiques et désenchantées de la génération Houellebecq. Et pourtant, les grincheux vont devoir se faire une raison : la gentillesse est de retour ! Une révolution douce est en marche. Elle a vu le jour aux Etats-Unis et s'appuie sur le succès de deux ouvrages de management à la thèse aussi simple qu'iconoclaste : la gentillesse génère de la richesse, et pas seulement dans les c£urs. Tendre une boîte de chocolats ou un bouquet de fleurs, glisser un bonjour, un compliment, offrir un sourire à ses salariés plutôt qu'un regard muraille ou une note de service s'avérerait ainsi excellent pour les affaires au pays de l'infâme JR. Dans " The Kindness Revolution ", Edward Horrell, spécialiste de la communication en entreprise, cite l'exemple de compagnies aussi emblématiques que FedEx, le Ritz-Carlton ou la marque de sportswear L.L. Bean, dont les bilans de fin d'année sont aussi irréprochables que le service clientèle. Linda Kaplan Thaler et Robin Koval, les deux auteurs de " The Power of Nice ", prétendent quant à elles avoir transformé grâce à leur talent et leur persévérance, mais aussi à coups de " sourires et de chocolats ", une mini-start-up en une compagnie de 175 salariés réalisant un chiffre d'affaires de 1 milliard de dollars. Leur société, KTG, est l'agence de publicité ayant connu la plus forte progression aux Etats-Unis ces deux dernières années. Cette Amérique qui nous prend par la main et les sentiments n'est pas qu'une simple machine à fabriquer des dollars : elle emprunte le visage de madone d'Angelina Jolie, ambassadrice depuis cinq ans du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, et le QI de Bill Gates, maître du monde philanthrope. Elle conjugue la vivacité d'esprit de Jay Leno, roi du talk-show sur NBC, auteur de la préface de l'ouvrage de Kaplan et Koval, avec la verve dévastatrice de Whoopi Goldberg, qui présente tous les lundis " Wake Up With Whoopi ! - Réveillez-vous avec Woopi ! " - programme " dérangeant parce que gentil ", selon les propres mots de l'actrice humoriste. En bref, elle est parfaitement fréquentable et loin, très loin, d'être mièvre. Elle s'invite même sur www.salon.com, rendez-vous des intellectuels américains, où l'écrivain Anne Lamott lançait récemment un appel à une révolution " calme et polie ", pour contrer une élite politique " froide, effrayante et armée ". " Comme elles l'ont fait pour le tabac, les mentalités vont finir par basculer, prédit le psychiatre David Servan-Schreiber. Pour moi, le cynisme est une valeur toxique, un combat d'arrière-garde entretenu par une frange d'intellectuels peu en phase avec la réalité. " Nous souffrons du manque d'humanité. Et l'auteur de " Guérir ", qui a vécu aux Etats-Unis entre 1982 et 2002, sait de quoi il parle : lui aussi a longtemps été rétif aux gestes doux et aux encouragements. " Aujourd'hui, je profite de chaque occasion pour faire un compliment. " L'idée n'a pas encore forcé la porte des cabinets de psychothérapeutes - " la première fois que j'ai prononcé le mot de gentillesse comme outil de progression du patient, certains confrères m'ont dit que mon français n'était pas au point ! " - mais elle fait gentiment son chemin. En France, les patrons de café, dont la réputation de rudesse n'est plus à faire, viennent de publier une charte baptisée " Service en tête ", qui met l'accent sur la convivialité, l'accueil et le sourire. Le groupe Carrefour met à la disposition de ses salariés un concierge d'entreprise, chargé de simplifier tous les petits tracas du quotidien, du pressing à l'achat des cadeaux et à la nounou. Certains grands groupes initient aussi leurs cadres à la communication non violente (CNV), une formation privilégiant l'empathie et les émotions positives. " L'idée, c'est d'apprendre à s'affirmer sans blesser l'autre ", résume Isabelle Desplats, l'une des formatrices de CNV. Pendant que les parents au bureau jouent au chacal, qui " aboie pour se faire entendre " - selon la terminologie de la communication non violente - et à la girafe, forcément bien placée pour prendre de la hauteur, les plus petits applaudissent au cinéma les aventures de Kirikou, le héros " petit mais gentil ", de Michel Ocelot, et celles de U, la licorne au noble c£ur de Grégoire Solotareff. Gentillesse et générosité... Les bambins sont au c£ur de cette révolution douce. Au Malawi, Madonna vient d'adopter un petit David, devenant ainsi mère de famille nombreuse. Quant à Laeticia Hallyday, ambassadrice de l'Unicef-France, elle est la marraine de l'opération " Enfants du monde " et arbore tout sourire, la petite main de sa fille adoptive Jade posée sur son épaule, le tee-shirt " Espoir " dessiné par la créatrice Valéria Attinelli pour Vertbaudet (*). Certes, privé de sorcières, d'épouvantails, de croque-mitaines et de grands méchants loups, le monde nous semblerait bien terne. Sans les Thénardier, Cruella, Dark Vador il est à parier qu'on s'ennuierait ferme. Mais un Yves Leterme offrant un bouquet de roses à Marie Arena, voire un Didier Reynders claquant une bise chaleureuse à Joëlle Milquet, cela ferait un joli spectacle. Allez, soyez gentils, un petit effort... Internet : www.planet.verbaudet.comCamille Renard