Emprunter le chemin qui mène à l'abbaye de Pierredon, c'est tout d'abord se mesurer avec le paysage ascétique des Alpilles. La route traverse une vallée, mais le lit de la rivière qui l'a creusée reste sec durant une grande partie de l'année. Quelques kilomètres passés à remuer la poussière du chemin pourraient faire croire que la désolation s'est installée à tout jamais. Pourtant, la vie renaît tout à coup sous la forme d'un grand champ de lavande. Plus haut dans la pente, de jeunes oliviers se développent au milieu des herbes et des coquelicots.
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Emprunter le chemin qui mène à l'abbaye de Pierredon, c'est tout d'abord se mesurer avec le paysage ascétique des Alpilles. La route traverse une vallée, mais le lit de la rivière qui l'a creusée reste sec durant une grande partie de l'année. Quelques kilomètres passés à remuer la poussière du chemin pourraient faire croire que la désolation s'est installée à tout jamais. Pourtant, la vie renaît tout à coup sous la forme d'un grand champ de lavande. Plus haut dans la pente, de jeunes oliviers se développent au milieu des herbes et des coquelicots. L'abbaye de Pierredon, fondée en 1205, a d'abord relevé de l'ordre des Chalaisiens, une congrégation à vocation érémitique. Abandonné durant cinquante années au cours du xvie siècle, le domaine est acquis par un notable, sieur de la Bruyère. C'est lui qui construit, vers 1600, le bâtiment actuel, une bastide provençale emmitouflée dans la cime de platanes aujourd'hui trois fois centenaires. Un immense contraste existe entre la façade nord, tout en discrétion, à l'image de l'ancienne chapelle Notre-Dame de la Miséricorde, et le côté sud qui inspire la joie de vivre. Ici, les murs et leur alignement de fenêtres sont éclairés par la dolomie d'une cour qui réfléchit les rayons du soleil, filtrés par le feuillage des platanes. Dans cette ambiance empreinte de douceur, on a agencé des salons d'extérieur. Des lauriers roses, plantés dans de grands bacs d'orangerie en bois, apportent, eux, leurs notes de couleur. En franchissant le grand portique qui sépare cette belle aire d'accueil du reste de la propriété, on découvre les quelques marches conduisant au jardin fleuri, dessiné, comme tous les abords de cet ensemble architectural, par la paysagiste Dominique Lafourcade. A noter : de part et d'autre du portique, la rigueur du mur de pierres a été tempérée par des massifs d'hortensias. Situé dans l'axe de l'habitation, le grand jardin en rectangle est entièrement dédié aux fleurs, essentiellement des roses blanches Iceberg et des Perovskia bleu lavande. Plusieurs bassins circulaires avec rebord en pierre ont été créés pour renforcer l'impression de fraîcheur. Et partout dans le jardin, on retrouve cette même volonté d'organiser des coins intimes et ombragés. La topographie est rythmée ici par une galerie végétale, là par des différences de niveau. La promenade se termine par le potager dans lequel une jolie maison de poupée a été installée. Notre-Dame de la Miséricorde suggère l'austérité. Pour l'entrée nord, Dominique Lafourcade a donc misé sur la sobriété. Les plantations sont organisées autour d'un jeu de murets tandis que de petites terrasses accueillent des espèces typiques des terrains secs. Quelques rares oliviers âgés apportent du relief à la mise en scène. L'intérieur de l'édifice religieux est tout aussi dépouillé, évoquant l'architecture romane. À côté de sa nef principale, un second volume permet de découvrir une des dernières £uvres du peintre Jean-Martin-Roch, intitulée Mise au tombeau. Propriétaire de Pierredon entre 1951 et 1991, cet artiste secret, décrit comme étant d'un caractère insoumis et d'un tempérament mystique, avait en effet établi son atelier dans la chapelle. Le logement a été profondément remanié. Comme toute demeure provençale traditionnelle, elle était constituée d'une série de petites pièces qui, au rez-de-chaussée, se succédaient en enfilade, pour offrir toutefois une surface habitable de 2 000 m2. La mission, confiée à l'architecte Alexandre Lafourcade, n'était donc pas simple. Excepté l'orangerie ornée de peintures en trompe-l'£il, un seul espace avait les dimensions suffisantes pour abriter aujourd'hui un grand salon et son feu ouvert. Il est meublé de fauteuils et de grands canapés orange Raffles, que le designer italien Vico Magistretti a dessinés en 1988 pour De Padova. Un escalier majestueux grimpe aux étages. Réalisé en fer forgé, sa rambarde était relativement basse, rendant son utilisation dangereuse pour de jeunes enfants. Celle-ci a été rehaussée d'une vingtaine de centimètres en incorporant un motif très léger en croix qui fait penser à un maillage rudimentaire. La maison compte de nombreuses chambres avec salles de bains en suite. Dans l'une d'elles, une £uvre inspirée du pointillisme propose une vue des bassins imaginés par Dominique Lafourcade pour le jardin qui se trouve en contrebas. Essentiellement composés de grandes planches de chêne, les sols du haut apportent une subtile note patinée. Ils assurent aussi une unité permettant l'éclectisme dans le choix du mobilier et des accessoires. Carnet d'adresses en page 104. Par Jean-Pierre Gabriel