Il fallait oser. Comme si le sujet même du film ne comportait pas encore le soufre suffisant ! " Le Diable s'habille en Prada ", de David Frankel, est inspiré du best-seller de Lauren Weisberger, une ancienne collaboratrice de la rédactrice en chef de " Vogue " USA, Anna Wintour, l'une des femmes les plus influentes de l'univers de la mode. L'histoire : Andy, l'héroïne jouée par Anne Hathaway, une journaliste fraîchement diplômée venue de province, devient, à New York, l'infortunée assistante de la " dragon lady " Miranda Priestley. La dirigeante du luxueux " Runway ", elle, est magistralement incarnée par une glamourissime Meryl Streep. Sous sa férule, Andy subit un relooking complet et toute la question est évidemment de savoir si elle gardera la tête sur les épaules et le c£ur au bon endroit.
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Il fallait oser. Comme si le sujet même du film ne comportait pas encore le soufre suffisant ! " Le Diable s'habille en Prada ", de David Frankel, est inspiré du best-seller de Lauren Weisberger, une ancienne collaboratrice de la rédactrice en chef de " Vogue " USA, Anna Wintour, l'une des femmes les plus influentes de l'univers de la mode. L'histoire : Andy, l'héroïne jouée par Anne Hathaway, une journaliste fraîchement diplômée venue de province, devient, à New York, l'infortunée assistante de la " dragon lady " Miranda Priestley. La dirigeante du luxueux " Runway ", elle, est magistralement incarnée par une glamourissime Meryl Streep. Sous sa férule, Andy subit un relooking complet et toute la question est évidemment de savoir si elle gardera la tête sur les épaules et le c£ur au bon endroit. Pour créer les costumes des protagonistes du film, le réalisateur a jeté son dévolu sur un personnage non moins controversé dans l'univers réel de la mode. C'est qu'un des titres de " gloire " de la styliste Patricia Field est d'avoir créé pour Britney Spears une tenue de harem couleur chair parsemée de petites pierres du Rhin que la chanteuse américaine portait pour la soirée des MTV Awards 2000 et qui lui valut de figurer, cette année-là, sur la Worst Dressed List (liste des stars les plus mal fagotées). Mais Patricia Field s'en moque. " Tacky (vulgaire) est un terme snob, inventé par des gens qui pensent qu'ils savent tout ", claironne-t-elle. Dans sa nouvelle boutique, à Bowery, l'une des rues hype de Manhattan, les vendeuses sont des drag-queens. Un tee-shirt à paillettes assorti avec un pantalon pour homme et des couteaux à cran d'arrêt ? Une robe vintage avec une ceinture de cow-boy et des pompes rétro aux pieds ? Il y a gros à parier que ce look s'inspire de Patricia Field. Ou de ses alter ego Carrie, Samantha, Miranda et Charlotte, les héroïnes branchées du feuilleton " Sex & the City ". La chaîne en or avec son nom gravé, le sac baguette Fendi, les boucles d'oreille en forme de cerceaux, la fleur en soie en guise de broche, autant d'accessoires que la série télé a hissés au rang de must-have pour des millions de femmes. Patricia Field est, avec sa collègue et ex-petite amie Rebecca Weinberg, la femme qui a fait connaître des griffes comme Manolo Blahnik et Jimmy Choo au grand public. Son mérite est d'avoir popularisé un style vestimentaire piquant et plein de fantaisie. Un style dont elle est elle-même la meilleure ambassadrice, avec ses cheveux flamboyants, ses lèvres et ses ongles fuchsia, son jeans blanc et son bustier noir moulant, et un goût prononcé pour les chapeaux de cow-boy combinés à des tongs Jimmy Choo. Pour ses déplacements, sa préférence va à une Vespa ou une Thunderbird turquoise. Avant " Sex & the City et " Le Diable s'habille en Prada ", la styliste controversée du label " House of Field " avait déjà dessiné des vêtements pour " Spin City " et " Miami Rhapsody ". L'adaptation cinématographique du roman de Lauren Weisberger a mis le monde la mode en émoi. Des rumeurs ont couru selon lesquelles Anne Wintour aurait exercé des pressions sur des créateurs pour qu'ils refusent de collaborer au film. Avec un certain succès, semble-t-il, puisque Valentino fut le seul à incarner son propre rôle dans une brève apparition. Patricia Field : Je ne parlerais pas de manipulations. Je ne vais pas prétendre que les gens de " Vogue " ont vraiment essayé de me retenir. Disons qu'Anna Wintour ne voulait pas soutenir un film dont elle pensait qu'il lui porterait ombrage. Et je suppose que certaines personnes craignaient que prêter des costumes pour " Le Diable s'habille en Prada " ne les mette dans une position politiquement sensible. Et je comprends cela. Business is business. Quand je ressentais quelque hésitation chez certains, je n'insistais pas. Je ne voulais créer de problèmes à personne. Vous savez, je travaille dans la mode depuis quarante ans et le succès de " Sex & the City " m'a ouvert bien des portes. Il y a tant de créateurs talentueux. Si sur 300 personnes, 20 ne veulent pas collaborer, il n'y a pas péril en la demeure. Elle et moi, nous sommes depuis longtemps dans le même business, mais nous n'évoluons pas dans les mêmes cercles. Je n'ai jamais travaillé pour les magazines. Anna Wintour a vu le film, elle était à l'un des screenings auxquels j'assistais moi-même. Mais nos chemins ne se sont pas croisés. D'après ce que j'ai entendu dire, elle trouvait le film divertissant. Au début, je ne savais même pas comment agir dans ce milieu. Quand j'appelais quelqu'un et qu'il me disait : " Désolé, mais nos vêtements ont été prêtés aux magazines ", je n'allais pas attendre. Je suis comme un cheval avec des £illères ; quand il s'agit de faire un film, il n'y a qu'une seule route : droit devant. Eh bien non. Je ne le ferais que pour des films historiques ou par pure fantaisie. Je suis d'ailleurs bien plus une styliste qu'une créatrice de mode. Et que peut-on utiliser de mieux pour un film sur la mode que la véritable mode contemporaine ? Je n'ai fait aucune recherche, je m'en suis seulement tenue à quelques principes. Pour le relooking d'Andy ( NDLR : un beau rôle pour Stanley Tucci), le directeur artistique Nigel a choisi des costumes chez Runway qui servent aux productions. Des marques, des marques et encore des marques, donc. Plus de la moitié de sa garde-robe était de Chanel. Mais aussi d'autres créateurs comme Dolce & Gabbana et Calvin Klein. Miranda, c'était une autre affaire. Elle est la reine : pour elle, je voulais le look impayable de quelqu'un qui, de par sa position et son autorité, a un style tout à fait propre, inimitable. Ce n'est pas une femme qui s'habille en Prada des pieds à la tête, ou qui opte pour une silhouette de Dior tout droit sortie du dernier numéro de " Vogue ". Pour Miranda, j'ai donc délibérément choisi des tenues qui ne soient pas directement reconnaissables, ni par le grand public ni par les initiés. Je jubilais à l'idée que des initiés se posent constamment la question : où Miranda (Meryl Streep) s'habille- t-elle donc, quel créateur a conçu la tenue qu'elle porte aujourd'hui ? C'est pourquoi j'ai utilisé beaucoup de matériel d'archives de Donna Karan et quelques vestes de Valentino et Oscar de la Renta que j'avais quelque peu " embellies ". Miranda porte des tonnes de chaussures Prada et tout au début du film, il y a une image d'un sac Prada. Dans la scène-clé où Miranda déjeune durant la semaine de la mode parisienne, elle porte un tailleur Prada de la saison dernière, dont la ligne du cou sied particulièrement à Meryl. Je voulais utiliser Prada d'une certaine manière, mais pas exclusivement. Il ne fallait pas prendre le titre de manière aussi littérale, cela aurait ennuyé tout le monde. J'avais l'opportunité de créer ce personnage plus vrai que nature, d'autant que le rôle serait joué par Meryl Streep. La dernière chose que je voulais, c'était laisser Prada ou Anna Wintour m'imposer des limites. Non, cela ne s'est pas passé comme cela. Je connais bien ces gens, nous nous sommes retrouvés autour d'une table et ils ont déclaré d'emblée : " Dis-nous ce dont tu as besoin. " Il ne faut pas perdre de vue que j'avais un budget. J'ai acheté presque toutes les chaussures de Miranda. Chez Prada, chez Sak's, peu importe. J'ai choisi ces chaussures, non parce qu'elles étaient de Prada, mais parce qu'elles avaient le bon style pour la journée et qu'elles avaient des semelles compensées. Meryl avait besoin de ces quelques centimètres de plus. Il y en avait aussi quelques-unes d'Azzedine Alaïa, de Louboutin... Globalement j'ai composé pour Meryl quelque 60 silhouettes, avec des chaussures, des accessoires, des fourrures, tout... Hillary Clinton. J'ai déjà lancé l'idée plusieurs fois, mais jusqu'ici : aucune réaction. Carnet d'adresses en page 84.Propos recueillis par Linda Asselbergs