Grand-messe annuelle du design mondial, le Salon international du meuble a presque surpris Milan en s'invitant en avance pour cette édition, avec une ouverture inédite programmée dès la première semaine d'avril. S'il était donc un peu tôt pour se délecter des effluves de lilas, se déversant par grappes depuis les balcons des palazzi, des centaines de milliers de visiteurs ont pu se consoler avec les nombreuses éclosions que leur réservaient éditeurs ...

Grand-messe annuelle du design mondial, le Salon international du meuble a presque surpris Milan en s'invitant en avance pour cette édition, avec une ouverture inédite programmée dès la première semaine d'avril. S'il était donc un peu tôt pour se délecter des effluves de lilas, se déversant par grappes depuis les balcons des palazzi, des centaines de milliers de visiteurs ont pu se consoler avec les nombreuses éclosions que leur réservaient éditeurs et concepteurs, et l'efflorescence végétale qui s'abattit sur la capitale lombarde au cours de cette Design Week. Feuillages et corolles y ont indistinctement colonisé classiques et nouveautés, en témoignent les hortensias recouvrant un prototype du lit-banquette Delaktig de Tom Dixon, ou carrément rempotés par Ferruccio Laviani dans le mythique box de rangement Componibili de Kartell. Des fleurs, on en a vu en vitrine chez Zara Home ou en façade pour Piuarch, parmi les papillons sur les coussins chez Moroso comme chez Cappellini, en version XXL à Ventura Lambrate et chez Paola Navone, ou encore en toile de fond pour Porro et B&B - c'était la fête à la pâquerette, bonne humeur, légèreté et bouquets pimpants. Une sorte de Flower Power, d'ascendance plus botanique que beatnik, qui s'est épanouie sur le terreau fertile de la tendance très " vert j'espère " dictée par la couleur 2017, Greenery, et que l'on ne peut s'empêcher de considérer comme un pied de nez à cette époque de crispation, d'incertitude et d'obscurité. Une réaction certes moins frontale et politisée que la " résistance " observée en mode lors des derniers défilés, mais un signe de plus que les industries créatives peuvent combattre le marasme ambiant et le repli sur soi en refusant de s'y conformer. Bien sûr, les cyniques n'y verront qu'une volonté de lénifier nos humeurs à coups de pétales parfumés, et nous resterons mesurés en reconnaissant sans ambages qu'il n'y a pas de quoi proclamer un Printemps milanais. Mais si ces élans floraux s'accompagnent d'un peu d'optimisme et d'une attention accrue portée à l'égalité et à la diversité, ils nous semblent pareils à des graines qui méritent d'être semées. Mathieu NguyenLes industries créatives peuvent combattre le marasme ambiant et le repli sur soi en refusant de s'y conformer.