Sur la rive nord-ouest du lac Nokoué, large de 150 kilomètres, dans lequel viennent se jeter deux rivières, l'Ouémé et la Sô, Ganvié semble flotter comme toutes les autres cités lacustres de la région. Sept heures du matin, près de l'embarcadère d'Abomey-Calavi, les pirogues bercées par le mouvement du lac sont attachées les unes à côté des autres. Prêtes pour l'aller-retour permanent de la terre vers l'eau, elles attendent leurs chargements. Le soleil levant sublime le paysage et nuance les couleurs matinales d'un pays où la bonne humeur rime avec labeur. Une seule et même route mène autochtones et touristes vers les cités lacustres de la région. A voiles ou à moteurs, les pirogues, souvent bondées, empruntent ce chemin, comme les Occidentaux une autoroute. Ici, comme partout ailleurs au Bénin, tout se paie, tout se négocie. Après vingt minutes d'un trajet exceptionnel au cours duquel on aura croisé de nombreuses femmes partant travai...

Sur la rive nord-ouest du lac Nokoué, large de 150 kilomètres, dans lequel viennent se jeter deux rivières, l'Ouémé et la Sô, Ganvié semble flotter comme toutes les autres cités lacustres de la région. Sept heures du matin, près de l'embarcadère d'Abomey-Calavi, les pirogues bercées par le mouvement du lac sont attachées les unes à côté des autres. Prêtes pour l'aller-retour permanent de la terre vers l'eau, elles attendent leurs chargements. Le soleil levant sublime le paysage et nuance les couleurs matinales d'un pays où la bonne humeur rime avec labeur. Une seule et même route mène autochtones et touristes vers les cités lacustres de la région. A voiles ou à moteurs, les pirogues, souvent bondées, empruntent ce chemin, comme les Occidentaux une autoroute. Ici, comme partout ailleurs au Bénin, tout se paie, tout se négocie. Après vingt minutes d'un trajet exceptionnel au cours duquel on aura croisé de nombreuses femmes partant travailler sur la terre ferme, Ganvié apparaît belle et sauvage, comme une montagne surgissant brutalement de terre. Les maisons, entièrement construites sur pilotis, à un mètre au-dessus de l'eau, se découvrent petit à petit. La terre n'existe plus ou si peu. Né au début du xviiie siècle, Ganvié ou " Ganviénu ", le seul village entièrement lacustre au monde, s'est transformé au fil de luttes intestines en une véritable communauté ethnique, capable d'une totale autarcie. Aujourd'hui, il compte pas moins de 20 000 habitants appelés les " Tofinus ". C'est pour fuir les rois d'Allada et d'Abomey qui les destinaient à l'esclavage, que les populations migrèrent autrefois dans les zones marécageuses du lac Nokoué, créant un chapelet de villages sur pilotis qui font partie aujourd'hui de la sous-préfecture bénine de Sô-Ava. A elle seule, Ganvié, dirigée par son roi actuel, Hougton Zimbê, couvre deux communes et onze villages et compte trois écoles primaires, une maternité et un marché flottant. Ganvié, fondée par le roi Agbogboé, est donc l'épicentre de la constellation. Au fil du temps, les maisons construites sur des pieux en bois, avec des murs en branchages tressés ou en bambou et des toits de chaume ont laissé la place à un habitat plus moderne doté de tôle et de ciment. Les villages voisins de Ganvié, comme Aguégué, Sô-Tchanhoué ou Zougammé, considérés, eux, comme semi-lacustres, compteraient pas moins de 40 000 habitants. L'activité principale de toutes les cités lacustres reste bel et bien la pêche. A Ganvié et sur tout l'ilôt, la technique piscicole se révèle très originale. Les pêcheurs ont planté dans la lagune, à 1,70 mètre de profondeur, de vastes enclos marins cerclés de branchages, les akadja, pour y reproduire l'habitat naturel des poissons. A l'intérieur de ces enclos, des hommes, le corps entièrement sous l'eau, tentent d'attraper à la main carpes, soles ou mulets ainsi pris au piège. Une pêche qui se pratique une à deux fois l'an. Puis la lente décomposition des akadja libère des substances fertilisantes pour les algues, permettant ainsi de renouveler l'ecosystème du lac. Mais, hélas, les akadja, en pourrissant, encombrent aussi le lac, favorisant ainsi bactéries et parasites en tous genres. C'est pourquoi les habitants de Ganvié pratiquent aussi la pêche à l'épervier. Adultes comme enfants lancent de très longs filets tout en les retenant entre les dents afin qu'ils se détendent plus facilement. Une fois étalé, le filet se referme automatiquement sur la prise. Ici, la pêche fait vivre pas moins de 30 000 personnes et fournit 80 % des protéines. Ce qui n'empêche pas les autochtones de s'adonner aussi au marché noir bien plus lucratif encore, surtout pour l'essence, au départ du Nigéria jusqu'à Cotonou. On ne visite pas Ganvié à pied ! Les quelques rares lopins de terre accueillent l'école et le célèbre restaurant de Madame M., une véritable femme d'affaires. A Ganvié, tout comme dans le reste de l'Afrique, les femmes tiennent une place sociale importante et redoutée. Chez Madame M., on prend son petit déjeuner en apprenant mille et un secrets... On raconte des légendes aussi. On rappelle les rites. C'est à Ganvié que serait né le Vaudou Kokou aux pratiques d'une violence impressionnante. Un Vaudou dont le dieu ne se manifeste qu'après le sacrifice d'un chien. Ses adeptes, vêtus d'un pagne en raphia, le visage couvert d'adja, un mélange d'£ufs, de farine, de maïs et d'huile de palme dansent et chantent jusqu'au moment où ils entrent dans une véritable transe, allant même jusqu'à s'automutiler avec des couteaux ou des tessons de bouteilles. C'est à ce moment de douleur qu'ils s'abandonnent corps et âme à leur dieu. Les secrets qui rendent les cités lacustres plus envoûtantes encore. Guide pratique en page 70.Christel Lambeau