Entre fado et soleil de Faro, le Portugal prétend aujourd'hui à d'autres plaisirs méridionaux. En une décennie, ce pays a développé une véritable politique de luxe très exclusive, misant, entre autres attraits, sur des hôtels multi-étoilés de caractère. A proximité de Lisbonne, d'Evora ou de Faro, soit quelques-unes des destinations traditionnellement les plus prisées, les couvents de style gothico-manuélins côtoient désormais les réalisations les plus contemporaines. Parcours fléché et très hype.
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Entre fado et soleil de Faro, le Portugal prétend aujourd'hui à d'autres plaisirs méridionaux. En une décennie, ce pays a développé une véritable politique de luxe très exclusive, misant, entre autres attraits, sur des hôtels multi-étoilés de caractère. A proximité de Lisbonne, d'Evora ou de Faro, soit quelques-unes des destinations traditionnellement les plus prisées, les couvents de style gothico-manuélins côtoient désormais les réalisations les plus contemporaines. Parcours fléché et très hype. Il n'y a pas de raison majeure de fuir Lisbonne, une des villes les plus exaltantes d'Europe, mais une envie irrésistible de voir la mer peut justifier à elle seule de délaisser quelque temps la capitale. Un besoin d'espace où l'horizon n'est pas barré par le gigantesque pont Vasco de Gamma, ce fameux " Golden Gate portugais " qui traverse le Tage d'un pas de géant. A moins d'une demi-heure de route, vers le sud-ouest, en longeant la côte d'Estoril, on ne tarde pas à croiser la route du Farol ; un design hôtel petit format, dessiné dans le plus pur esprit trendy, et que l'on ne s'imagine pas franchir sans son Ipod, son Powerbook et ses lunettes Calvin Klein. Pourtant sa façade se veut discrète, ne laissant rien deviner de l'extraordinaire plan large sur les déferlantes atlantiques qu'offre le verso de cet établissement vitaminé. Le lobby, assez sexy, avec ces grands aplats de laque rouge, son mélange de pop et de clins d'£il rétro - ici un lustre, là-bas un miroir vénitien - réveille les sens avec fraîcheur. Sept des trente-quatre chambres sont des " créations " uniques, dont chaque aménagement a été confié à un designer portugais. On pointera la numéro 210 du duo Manuel Alves et José Manuel Gonçalves ou la 215 de la styliste Ana Salazar. Mais c'est vers le balcon que l'on a tendance à tourner le regard : à la manière de vigies, les chambres les plus lumineuses ont la particularité d'être suspendues au-dessus des rochers. Les lames de fond qui fouettent régulièrement le bâtiment sont un spectacle à part entière. Sur la terrasse arrière, on remarque à peine une piscine extérieure, construite vraisemblablement pour les marins d'eau douce. " Lorsqu'un hôte ne sera plus connu sous son nom mais sous son numéro de chambre qu'il occupe, il en sera fini de l'esprit des Pousadas. " Cette déclaration d'Antonio Ferro, créateur en 1942 du concept de ces hébergements de caractère, relevait du v£u pieu. Il n'empêche, la formule qui depuis les années 1950 s'est étendue aux châteaux, monastères ou couvents, reste l'une des valeurs sûres du luxe intimiste et patrimonial. Parmi la quarantaine d'adresses dûment estampillées par le GPP, le Grupo Pestana Pousadas, il y a celle d'Evora, capitale de l'Alentejo, situé à 130 kilomètres à l'est de Lisbonne, à l'intérieur des terres. Et on comprend que les experts ont désigné dans cette ville entourée de fortifications et protégée par l'Unesco depuis 1986, le Convento dos Lóios comme le décor idéal. Edifié en 1485, ce couvent ciselé dans le style gothico-manuélin regorge de scènes de bataille en tapisseries, de lourds rideaux grenat et d'escaliers monumentaux en pierre. Sans omettre, bien sûr, le patio central tout en arcades. Devant le succès des pousadas, les gestionnaires les ont exportés depuis peu à l'étranger, comme à Salvador, au Brésil. On a peine à le croire mais dans le dédale de ce gigantesque couvent immaculé du xve siècle situé à 3 kilomètres d'Evora, les propriétaires ne proposent que 59 chambres quand les lieux pourraient en accueillir le quintuple. C'est dire si l'ambiance de cet établissement hors proportions et restauré l'an passé sans un faux pli, privilégie les beaux espaces. C'est la plus extraordinaire des pousadas du pays même si elle ne peut prétendre au label. Les huit hectares du jardin, dont le meilleur poste d'observation demeure, derrière les baies vitrées, les méridiennes du spa center, parachèvent la notion de béatitude. A la manière des romans de Borgès, la promenade se déroule sur un mode subtilement labyrinthique. Le chemin qui mène ainsi de l'ancienne cave à vins, transformée en restaurant gastronomique, jusqu'au bar loundgy (ex-cuisines des moines) ou à l'espace de dégustation est un défi au sens de l'orientation. A ce jeu-là, c'est vêtu d'une simple serviette de bain, en route pour un " body toner massage ", que l'on risque de fouler la nef de l'église baroque construite en 1458 par les disciples de saint Gerôme. Car ce lieu de culte, à la débauche ornementale toute baroque, a la particularité de faire partie intégrante du complexe ; on y pénètre en poussant presque par hasard l'une des lourdes portes en chêne sculpté. L'ampleur de la réussite a valu au Convento d'entrer dans la catégorie très prisée de la Luxury collection des établissements Starwood. Ce label d'entre les labels a été créé il y a dix ans afin de distinguer les adresses les plus chics du globe. Tous les amateurs de golf vous le diront : le Portugal procure sans doute le plus de parcours de rêve pour les amoureux de golf spectaculaire. Rien que sur le district de Vilamoura en Algarve, à 20 kilomètres de Faro, cinq terrains se disputent la palme du meilleur terrain portugais, dont le très réputé Pinhal, un 18 trous, parsemé de pins parasols. Les environs consistent en une étonnante succession de villas résidentielles, disséminées dans des parcs à l'horizon illimité. Pelouses au carré et cylindrées de luxe donnent à l'ensemble un petit air de Beverly Hills californien. Pas étonnant que Madonna ait séjourné plusieurs fois dans la région. Cette américanisation des alentours trouve son juste prolongement avec l'implantation de luxueux resorts, parmi lesquels on compte le Lake Resort. Tout y est parfait, tout lisse, tout propre... sans doute un peu trop. Les soins délivrés par le très performant Blue Spa réchauffent heureusement l'atmosphère. La plus courte étape du parcours. Albufeira, 12 kilomètres à l'ouest de Vilamoura. Un bord de mer un peu brut, avec des falaises crayeuses qui font penser à la Bretagne. Dans ce paysage ultraminéral, un gros glaçon translucide, baptisé CS São Rafael Suite Hotel a la discrétion d'un météorite. Le lobby surdimensionné, culminant à plus de 5 m de hauteur, intégralement vitré, est une alliance efficace et classieuse de bois exotique et de métal brossé. Ce 5-étoiles qui ne propose que des suites, distribuées le long d'un couloir circulaire à la décoration monastique, est lui aussi pourvu d'un centre de relaxation de premier plan. Avec vue sur l'une des trois piscines, ce spa aligne des programmes d'aromathérapie et de massages ultracomplets qui ont de quoi déstresser les plus récalcitrants. Jardin d'agaves et de palmiers au premier plan, ressac de l'Atlantique en contrebas, la Vila - avec un seul L - Joya est un éden miniature. Le terme de villa est particulièrement approprié à cette suite de petites salles voûtées qui donnent le sentiment d'être invité dans la maison de vacances d'amis bien intentionnés. Le personnel évolue en tunique blanche, sans doute pour se fondre par discrétion chromatique dans les murs à la chaux. Son restaurant est considéré comme l'une des meilleures tables du Portugal. C'est un Autrichien, Dieter Koschina, qui officie depuis treize ans dans les lieux. De quoi se donner le temps de peaufiner son approche complexe et parfumée de la cuisine méditerranéenne, mise en assiettes avec un sens de l'épure très contemporaine. Une obstination payante puisque la table de la Vila Joya a décroché deux étoiles au Michelin, le seul de sa catégorie au Portugal. Carnet de voyage en page 76.Antoine Moreno