Il y des choses que l'on n'a pas envie de voir pour ce qu'elles sont. Parce que ça bousculerait notre conviction d'être dans le bon. Du haut de ses 6 ans, Natalia n'a qu'une seule certitude, dictée par l'instinct animal de survie qui se fiche des apparences : Boris, ce frère revenu du front tchétchène, avec son regard de brute hébétée, son corps marqué de cicatrices que même sa propre mère feint d'ignorer, ce frère a changé. A jamais. Le récit qui s'écrit devant la caméra presque naturaliste de Nicolas Guiot n'est pas une histoire de rédemption rassurante. Le Cri du Homard, premier film du jeune cinéaste originaire de Charleroi, collectionne, depuis sa première projection, les récompenses auxquelles se sont ajoutés en début d'année un Magritte et un César du meilleur court-métrage. " Une carte de visite extraordinaire ", reconnaît celui qui, grâce au zèle d'une presse régionale prompte à retrouver les siens, " ne s'est jamais senti aussi carolo " que depuis la remise de ce trophée qui a soudain (re)fait de lui l'enfant d'un pays quitté depuis plus de dix-sept ans déjà. " Aujourd'hui, je me sens tout autant bruxellois et je ne me vois pas retourner vivre là-bas, mais c'est là que sont mes racines ", reconnaît-il. L'endroit aussi où tout a commencé.
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