Lorsque Khaled vivait à Homs, il était cadre et possédait une maison avec vue sur la rivière. Aujourd'hui, il habite dans le camp de réfugiés de Bekaa, au Liban, et s'occupe en peignant son existence d'avant, ses espoirs, le drame des siens également, comme lorsqu'il esquisse cet oiseau blanc mélancolique " qui regarde les gens partir en mer, depuis le rivage ". " En temps de crise, on dessine ce qu'on ressent, c'est souvent triste mais ça peut aussi être joyeux ", témoignait le Syrien, en octobre dernier, sur Arte, dans une série de...

Lorsque Khaled vivait à Homs, il était cadre et possédait une maison avec vue sur la rivière. Aujourd'hui, il habite dans le camp de réfugiés de Bekaa, au Liban, et s'occupe en peignant son existence d'avant, ses espoirs, le drame des siens également, comme lorsqu'il esquisse cet oiseau blanc mélancolique " qui regarde les gens partir en mer, depuis le rivage ". " En temps de crise, on dessine ce qu'on ressent, c'est souvent triste mais ça peut aussi être joyeux ", témoignait le Syrien, en octobre dernier, sur Arte, dans une série de reportages touchants dédiés à L'art sous les tentes. C'est que quand il ne reste rien, il y a toujours l'imagination et la culture, deux piliers capables de renaître de n'importe quel champ de ruines pour redonner ses rondeurs humaines à un monde décharné. De l'autre côté du miroir, c'est par ce même prisme artistique que des concepteurs de tous bords, du graffeur Banksy à l'auteure de L'opticien de Lampedusa, Emma-Jane Kirby, rappellent grâce à leur talent que derrière ces flux migratoires, il y a des hommes et des femmes. " Au-delà des questions politiques ou religieuses, il y a des êtres qui souffrent dans leur chair, c'est ce que je voulais montrer ", explique cette dernière dans nos pages. Nulle volonté ici de surfer sur la vague du voyeurisme, mais plutôt l'envie de raconter une situation inadmissible, de la dénoncer, de la transcender et d'inviter le grand public, nous donc, à changer son regard sur les autres. Car bon sang, pour 2017, oublions un peu notre nombril, et tout ce qui va avec. A force de nous préoccuper de notre bien-être à tout prix, à coups de leçons de morale, culpabilisantes pour celui qui ne parvient pas à toutes les ingérer, nous en oublions l'essentiel. C'est ce que pointent deux professeurs scandinaves, Carl Cederström et André Spicer, dans le bouquin Le syndrome du bien-être : " De la recherche effrénée du régime parfait à la quête paranoïaque du bonheur, en passant par les sessions de coaching qui n'en finissent jamais, etc. Toutes ces mesures extrêmes entraînent des dérives narcissiques qui nous amènent à nous replier sur nous-mêmes ; tandis que perdure le problème des inégalités sociales, de la discrimination ou de l'autoritarisme... " Cette année donc, c'est décidé, on lâchera un peu de lest pour notre petite personne et on gardera en tête le volatile immaculé de Khaled regardant au large, là où la vie s'éteint, chaque fois qu'on se flagellera mentalement en croquant un bout de chocolat. Allez, on (s')inspire un bon coup... et surtout, on respire ! COORDINATRICE DE LA RÉDACTION FANNY BOUVRYL'IMAGINATION ET LA CULTURE, DEUX PILIERS CAPABLES DE RENAÎTRE DE N'IMPORTE QUEL CHAMP DE RUINES.