Quatrième métropole du pays, Wroclaw est une ville jeune et dynamique. Belle revanche sur l'histoire. Celle qui fut Breslau sous le troisième Reich termina la guerre rasée aux deux-tiers, avant d'être reprise par la Pologne. S'ensuivra un immense échange de population : les 700 000 Allemands y ayant élu domicile seront chassés et remplacés par les Polonais évacués des territoires conquis par les Soviétiques en Ukraine, principalement dans la région de Lvov. Longtemps, ils ont vécu sur leurs bagages et farouchement préservé leurs traditions. En septante ans, une nouvelle identité est née, basée sur cet héritage allemand et ukrainien, mais aussi juif et polonais.
...

Quatrième métropole du pays, Wroclaw est une ville jeune et dynamique. Belle revanche sur l'histoire. Celle qui fut Breslau sous le troisième Reich termina la guerre rasée aux deux-tiers, avant d'être reprise par la Pologne. S'ensuivra un immense échange de population : les 700 000 Allemands y ayant élu domicile seront chassés et remplacés par les Polonais évacués des territoires conquis par les Soviétiques en Ukraine, principalement dans la région de Lvov. Longtemps, ils ont vécu sur leurs bagages et farouchement préservé leurs traditions. En septante ans, une nouvelle identité est née, basée sur cet héritage allemand et ukrainien, mais aussi juif et polonais. Construite sur une douzaine d'îles entrelacées par les bras de l'Oder, Wroclaw est une petite Venise sillonnée de voies d'eau et de canaux, enjambés d'une bonne centaine de ponts et de passerelles. Au Moyen Age, elle faisait forte concurrence à Prague, demeurant ensuite l'une des plus grandes villes de cette partie de l'Europe. De nos jours, on a vraiment du mal à imaginer que la Rynek - la place du marché - n'était plus que cendres après le siège de la ville en 1945. Reconstruite à l'identique, c'est une merveille, tant par son éventail de styles architecturaux que par sa multitude de bâtiments historiques. Bizarrerie : l'hôtel de ville n'a pas été construit au centre, mais sur un petit côté de la place. Il partage l'emplacement avec d'autres édifices, formant une sorte de cour intérieure. Sa façade est surmontée d'un élégant pignon à pinacles et d'une superbe horloge astronomique. Quant à ses caves, elles n'abritent pas les archives, mais la plus célèbre brasserie de la ville ! L'angle sud-ouest donne sur une autre place, baptisée Solny et bordée d'édifices Renaissance. S'y tient un marché aux fleurs quotidien. " Dans la vie sociale des Polonais, les fleurs sont essentielles, détaille Magda, notre guide. Il est de rigueur d'offrir un bouquet à celle que l'on courtise à chaque rendez-vous, de même qu'à sa future belle-mère ! " Derrière la place du marché, se cache une petite ruelle - Stare Jatki - restée entièrement médiévale avec ses maisons minuscules. Si, comme en témoignent les étonnantes statues d'animaux de la ferme érigées à l'une des extrémités de la rue, on y trouvait autrefois surtout des bouchers et des étals de viande, les espaces sont aujourd'hui prisés des artistes et des artisans. On n'y prête pas tout de suite attention, mais un peu partout dans la ville, on croise d'insolites petites statuettes de nains, posées sur un banc, au pied d'un bâtiment ou derrière un rocher. Ces " krasnale " sont nés, à la fin de l'ère communiste, de l'imagination subversive d'un mouvement appelé Alternative Orange. Lassés de voir les autorités effacer toute démonstration artistique ou anti-système sur les murs de Wroclaw, ses membres ont décidé de peindre des gnomes sur chacune des censures. Les lutins sont ensuite apparus dans les manifestations, sur des chapeaux et même sous forme de déguisements. " L'arrestation de personnes ainsi habillées ridiculisait le régime ", explique Magda. A ce titre, les gnomes sont devenus le symbole de la résistance, puis de la ville elle-même, où ils essaiment depuis une dizaine d'années. Aujourd'hui un rien décentrée, l'île sur laquelle est née la cité polonaise fait le lien entre la vieille ville (Stare Miasto) et des quartiers plus récents. Ostrow Tumski, c'est son nom, abrite une cathédrale du XIIIe siècle, ainsi que le palais archiépiscopal et d'autres édifices religieux. A deux pas, l'église de la Sainte-Croix-et-de-Saint-Barthélemy possède la particularité d'héberger à la fois un lieu de culte catholique au rez-de-chaussée et une église grecque catholique (uniate) dans la crypte. En déambulant dans Ostrow Tumski à la tombée du jour, vous croiserez peut-être un insolite personnage, portant une capeline et un long bâton servant à... allumer les cent trois réverbères à gaz du quartier. Ici officie l'un des derniers allumeurs de réverbère de la planète ! La religion est d'une importance extrême en Pologne, encore de nos jours. Avec son lot de bizarreries, comme cette église de la Paix de Swidnica, inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco. Nous sommes à l'ouest de Wroclaw, au coeur de la Basse-Silésie. Juste après la Guerre de Sept Ans qui a dévasté la région, l'empereur autorise la construction d'une demeure luthérienne. Mais en posant de strictes conditions : qu'elle soit bâtie hors des murs de la ville, sans tour ni clocher, en une année maximum et en usant uniquement de bois, de sable, de paille et d'argile. Toutes les conditions de la construction - qui nécessita 3 000 chênes - furent respectées. Si ce n'est que les fidèles y ajoutèrent l'un des meilleurs orgues de Basse-Silésie, qui retentit aujourd'hui chaque année, fin juillet, lors du festival international dédié à Bach. Un peu plus loin, dans les montagnes qui font la frontière avec la Tchéquie, un autre lieu de foi attire les visiteurs. Un pur joyau... nordique. Son origine : le village de Wang, en Norvège, qui était pratiquement inhabité et dont l'église en bois, datée du XIIe siècle, fut vendue à l'empereur d'Allemagne puis démontée et expédiée à Stettin, avant d'être à nouveau déplacée à Berlin et, enfin, à Karpacz. Un tiers du bois est d'origine, dont deux magnifiques portes sculptées de dessins mythologiques et gravées de runes. Région de forêts et de châteaux, la montagne de Basse-Silésie regorge d'histoires, romancées ou non. Certaines évoquent des trésors enfouis par les nazis. La plus récente a fait la une de l'actualité et serait en passe de trouver un dénouement. Elle concerne un train au contenu mystérieux, que l'on pensait d'abord enseveli dans les tunnels creusés sous le château de Ksiaz. " Mais les dernières recherches visaient un terrain jouxtant la voie de chemin de fer du côté de Walbrzych. Débroussaillé, le périmètre est en phase de déminage et sera ensuite creusé ", révèle Magda. Le Loch Ness polonais pourrait bien être découvert, ici, non loin de Wroclaw... ERIC VANCLEYNENBREUGEL