Est-il possible que les maisons de couture ressemblent à leurs habitants et vice versa ? Que les murs déteignent sur leurs occupants et inversement ? Prenez le 32-34, Populierenlaan, à Anvers. Un bâtiment gris foncé accolé à une maison blanche construite en 1926, pour le peintre René Guiette par Le Corbusier, dans sa grande période de demeures " puristes ", la seule en Belgique. Avec ses bandeaux de fenêtres horizontaux, sa toiture terrasse, son atelier en duplex, comme une boîte simple et parfaite, qui faillit être rasée et fut sauvée de la démolition par Ann Demeulemeester. Laquelle confia à l'architecte Georges Baines le soin de la restaurer et de lui offrir une seconde vie, avec maison de couture attenante. Depuis, y sont rassemblés, sous la houlette d'Anne Chapelle, directrice générale de BVBA " 32 ", les créateurs Ann Demeulemeester, Haider Ackermann, Yael Landman et sa collection de lingerie Etage privé, plus ce qui nous occupe pour l'instant, àa moment inà. Un concentré de talents, donc, réunis dans ce lieu qui respire...

Est-il possible que les maisons de couture ressemblent à leurs habitants et vice versa ? Que les murs déteignent sur leurs occupants et inversement ? Prenez le 32-34, Populierenlaan, à Anvers. Un bâtiment gris foncé accolé à une maison blanche construite en 1926, pour le peintre René Guiette par Le Corbusier, dans sa grande période de demeures " puristes ", la seule en Belgique. Avec ses bandeaux de fenêtres horizontaux, sa toiture terrasse, son atelier en duplex, comme une boîte simple et parfaite, qui faillit être rasée et fut sauvée de la démolition par Ann Demeulemeester. Laquelle confia à l'architecte Georges Baines le soin de la restaurer et de lui offrir une seconde vie, avec maison de couture attenante. Depuis, y sont rassemblés, sous la houlette d'Anne Chapelle, directrice générale de BVBA " 32 ", les créateurs Ann Demeulemeester, Haider Ackermann, Yael Landman et sa collection de lingerie Etage privé, plus ce qui nous occupe pour l'instant, àa moment inà. Un concentré de talents, donc, réunis dans ce lieu qui respire la passion pour le modernisme - la ligne sobre, efficace, jamais dénuée de poésie, la place centrale accordée à l'humain, le souci des détails et le concept de l'association/dis-sociation où l'on " respecte l'£uvre initiale et où l'on prône le parti pris du contraste net dans les ajouts ". Avec toujours à l'esprit ce principe du peintre et sculpteur Max Bill : " La beauté naît de la fonction et la fonction peut être en soi la beauté. " Oui, les murs déteignent sur leurs occupants et réciproquement. Dans le bureau d'Anne Chapelle, une grande table, un seul cadre au mur - les montagnes marocaines -, une grande bibliothèque, du blanc, du noir. Place à l'essentiel. Soit la genèse de àa moment in..., les valeurs maison, le futur. Le tout raconté à deux voix par Anne Chapelle, la directrice générale, et Raïssa Verhaeghe, son bras droit. Sur leur carte de visite, en dessous de leur nom, juste un " one of nine " intrigant. Sur les photos de l'équipe, 9 visages souriants mais flous. Ce projet ne ressemble décidément à aucun autre. Janvier 2009. Sale temps pour la planète mode, avec cette crise économique qui déferle. Anne Chapelle pressent la nécessité de proposer " autre chose ", un projet qui ne serait pas " aseptisé ". Elle veut innover. Et travailler autrement : plutôt que de lancer un jeune créateur - " trop lourd, trop boring " -, le stimuler, l'aider à " sortir ce qu'il a en a lui, aller plus loin ". Et créer une plate-forme. Proposer ce défi à ses collaborateurs, ils seront 9. Anne Chapelle aime les chiffres impairs - elle le trouve " très beau ", ce 9 -. Ensemble, ils forment un team anonyme avec expérience solide dans l'industrie de la mode, pour mettre sur pied une première capsule. Une collection maille. " Parce qu'on est des grands fans. Et aussi parce qu'il est plus facile d'organiser une petite ligne - il n'y a pas de patronage avec la maille, il faut essayer, dessiner, tricoter, calculer, on est très près du produit quand on le développe. " D'autant qu'il leur faut être rapide : ils travaillent " comme des fous " pour pouvoir officiellement présenter àa moment in timeà lors de la fashion week parisienne en mars dernier. " Partir de zéro et en huit semaines, créer un produit hand made, ce n'est pas très industriel mais c'est très touchant, très pur. "Vint la question, épineuse, du baptême - Anne Chapelle ne veut pas d'un nom de marque, elle rêve d'un sentiment. Brainstorming, appel à l'équipe, en l'occurrence, un Anglais spécialiste de la question qui lui propose de lister les valeurs de la maison. Chacun s'exécute, via mail adressé à sa directrice générale, des lettres surtout, très belles, elle en a encore les larmes aux yeux. Au final, 9 valeurs, les seules qui " comptent pour arriver à quelque chose de bien ". Lire la liste, sans oublier la majuscule : Conviction, Amour, Respect, Pureté, Authenticité, Confiance, Créativité, Harmonie, Excellence. àa moment inà est né, qui ne transige pas avec cette charte-là. Car afin d'" aller au fond des choses ", le projet se décline en capsules : des collections courtes, haut de gamme, d'une qualité irréprochable et " d'inspiration spirituelle ". Sans chronologie aucune, car chacune voit le jour quand les talents et les désirs des uns croisent ceux des autres. Il y a donc déjà àa moment in timeà pour la maille (la seule capsule régulière, proposé deux fois par an) ; àa moment in focusà pour l'homme (présenté en juin dernier lors de la fashion week) ; àa moment in touchà, pour le jersey (à découvrir en octobre prochain) ; puis bientôt, àa moment in desireà (lingerie), àa moment in prideà (chaussures), àa moment in careà (cosmétiques), àa moment in joyà (accessoires). Et ainsi de suite, à l'infini. Presque naturellement, cette énergie positive faitdes petits, et l'idée naît de créer un fonds, alimenté par àa moment inà (1 % des bénéfices) pour " aider des enfants belges dans le besoin à développer leurs talents ". Que tout ceci ait du sens. Anne Chapelle qui n'a pas grandi dans la mode mais dans la biochimie, dit que ce qu'elle fait aujourd'hui n'est pas différent d'alors : de l'alchimie, une page vierge et puis à a moment inà, quelle joie. PAR Anne-Françoise Moyson