1. UNE FANTAISIE MILITAIRE

Vecteur évident d'une image hypervirile de l'homme, l'inspiration militaire est loin d'être une nouveauté dans le champ de la mode masculine. Elle semble pourtant ne pas lasser les stylistes qui y plongent abondamment leur crayon. Une armée de paras streetwear défilait au pas de charge chez Dior Homme (photo). Des soldats en camouflage bling-blocking faisaient exploser le colorimètre et les paillettes chez Donatella Versace. Et le créateur germano-turc Umit Benan avait recréé pour son show une chambrée de boys barbus et musclés. Messieurs, apprenez à siffler l'air du Pont de la rivière Kwaï pour l'hiver prochain.
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Vecteur évident d'une image hypervirile de l'homme, l'inspiration militaire est loin d'être une nouveauté dans le champ de la mode masculine. Elle semble pourtant ne pas lasser les stylistes qui y plongent abondamment leur crayon. Une armée de paras streetwear défilait au pas de charge chez Dior Homme (photo). Des soldats en camouflage bling-blocking faisaient exploser le colorimètre et les paillettes chez Donatella Versace. Et le créateur germano-turc Umit Benan avait recréé pour son show une chambrée de boys barbus et musclés. Messieurs, apprenez à siffler l'air du Pont de la rivière Kwaï pour l'hiver prochain. Classique ultime de l'élégance masculine traditionnelle, le veston croisé à double rangée de boutons redonne un air de Gatsby le magnifique aux hommes de Corneliani. Chez Salvatore Ferragamo et Hermès, il renforce l'image raffinée et délicate des deux vénérables maisons. Et Giorgio Armani ( photo) lui donne un petit kick à la fois sportswear et officier. Rose au revers du smoking chez Dsquared², décorations militaires décalées sur les manteaux Prada, flèches emplumées sur le torse des hommes Louis Vuitton (photo) : la dernière coquetterie masculine s'accroche à la place du c£ur. Le retour du pin's ? Autre figure standard siégeant sur le mont Olympe de la séduction masculine, le rebelle et son expression la plus frontale, le biker, est à nouveau de sortie. L'ombre du Marlon Brando de L'Équipée sauvage est palpable. Chez Bottega Veneta, Lanvin (photo), Alexis Mabille et même Hermès, qui, comme beaucoup d'autres, promet au pantalon en cuir un avenir tubesque. En envoyant sur le podium des hommes en capes brodées au son du Rigoletto de Verdi, Domenico Dolce et Stefano Gabbana (photo) dévoilaient au premier jour des défilés une des tendances fortes de la saison. Évoquant tout à la fois des notables du XIXe sortis tout droit de dessins de Toulouse-Lautrec ou des sagas de Jack l'Eventreur, Twilight et Batman, la cape et son cousin le poncho virevolteront sur le dos de tous les messieurs audacieux l'hiver prochain. Vue chez Ermenegildo Zegna, Yohji Yamamoto ou encore Agnès b. Costume National, Louis Vuitton ou encore Yves Saint Laurent (photo) nous enjoignent à rehausser nos pompes de feuilles de métal réfléchissant. On peut éventuellement s'y regarder et demander si l'on est le plus beau. La réponse n'est pas garantie. Seule certitude : vous serez on ne peut plus trendy. Figure attrape-flashs des défilés, le people arrive en dernière minute, s'assied en front row et offre à la marque invitante un relais médiatique assuré doublé d'un gage de glamour. Cette saison ? Stephen Dorff (le papa loser du Somewhere de Coppola fille) était chez Diesel Black Gold, Kanye West applaudissait son ami Riccardo Tisci chez Givenchy alors que Joey Starr et Jared Leto jaugeaient le vestiaire Dior Homme derrière leurs lunettes fumées. Mais c'est sans conteste à Miuccia Prada que revient la Palme d'or : la papesse de la mode milanaise avait convaincu un gang ultraracé de stars du cinéma de venir jouer les mannequins d'un (grand) soir sur le tapis rouge de 700 m² qu'elle leur avait déroulé. Adrien Brody (1.), Tim Roth, Emile Hirsch, Jamie Bell, Willem Dafoe (2.) et Gary Oldman (3.) soulignaient de leur présence altière un show tout en manteaux pour diplomates vintage. Quelle meilleure idée que d'enrôler la crème de Hollywood pour illustrer une collection placée sous le thème du pouvoir ? Seul LVMH peut, semble-t-il, encore garantir le grand spectacle. Pour s'en mettre plein la vue et les oreilles, il fallait se rendre chez Louis Vuitton, vaisseau amiral du groupe de luxe français, ou chez Givenchy, sa petite s£ur turbulente et branchée. La marque au monogramme avait choisi de défiler dans les magnifiques serres André Citroën, où une incroyable mappemonde miroir déformait et multipliait l'espace. Giorgio " king of the disco " Moroder mixait en live. Givenchy (photo) avait pour sa part carrément installé un chapiteau transparent sous le dôme doré des Invalides. Une lumière rouge était projetée sur la façade. Le soleil était couché. Discodromo assurait aux platines. Les caïds de Tisci, le directeur artistique de la griffe, n'avaient pas l'air commode. Un shoot de testostérone. Puissant. Alternative à la cravate, l'habitude très seventies de porter un sous-pull sous sa chemise est de retour notamment chez Prada ou Hermès ( photo). Raf Simons est-il le Lars von Trier de la fashion ? Dominée par de longs manteaux noirs ceinturés à la taille, la collection d'hiver qu'il dessine pour Jil Sander rappelle - quelle que soit la note d'intention - les uniformes de la Gestapo. Sans remettre en question son véritable génie de créateur - là n'est pas la question - de la part du remplaçant pressenti de John Galliano chez Dior, c'est soit maladroit, soit d'un cynisme sans nom. D'un côté, le vénérable bottier parisien Berluti (photo) qui est allé débaucher Alessandro Sartori chez ZZegna pour concevoir une ligne de prêt-à-porter raccord avec l'esprit über-classos de ses chaussures. De l'autre, Brioni, tailleur italien super premium connu pour avoir longtemps sapé l'agent 007. D'un côté LVMH, de l'autre PPR, les deux moghols du luxe, ennemis de toujours. Au centre de cette nouvelle bataille : un client, le même, ministre, trader ou cadre plus que supérieur. Des hommes de pouvoir encore assez solides pour se préoccuper de leur modjo et de la finition de leurs costumes trois-pièces. Ce n'était pas une sinécure de remplacer l'unanimement acclamé Hedi Slimane à la direction artistique de Dior Homme. En huit saisons, Kris Van Assche a fait le job avec brio. Mieux : le Belge parvient à mener de front avec la même énergie communicative sa collection en nom propre, marquée cette saison par une variation particulièrement bien sentie autour du vêtement de travail, sa signature. Chez Calvin Klein (photo), l'alligator d'élite fraye avec les codes du sportswear. Chez Givenchy, des hard rockeurs en kilt et nez percés se parent de strass et d'étoiles. Jean Paul Gaultier hybride le K-Way et la redingote pour un gang de dandys tatoués, amateurs de street art. Ou quand la culture pop tutoie le haut de gamme. Et aime ça. À Milan comme à Paris, l'iPad était l'accessoire obligé des rédacteurs de mode à la page. Les griffes répondent à ce besoin pressant à coups d'étuis à tablettes, comme ici dans la première collection dessinée pour ZZegna par Paul Surridge, venu remplacer Alessandro Sartori parti créer la ligne de prêt-à-porter Berluti ( lire point 11). PAR BAUDOUIN GALLER