"Non, non, il ne vous faudra ni passeport ni vaccinations. " Il y a un quart de siècle, c'était encore une plaisanterie classique parmi les habitants de Brooklyn, lorsqu'ils voulaient convaincre leurs amis de Manhattan de leur rendre visite plutôt que de toujours les inviter chez eux. Une sombre époque pour un New York en pleine déchéance... Dans la foulée de la désindustrialisation massive de l'après-guerre, Brooklyn avait vu se dépeupler ses rues et ses maisons, frappé de plein fouet par le chômage et le crime qui n'épargnaient aucune zone de la métropole. Les touristes aussi fuyaient le district, effrayés par l'image qu'en avaient donné la littérature - et notamment Last Exit to Brooklyn (1964) d'Hubert Selby - ou le cinéma, avec par exemple The French Connection (1971)... Et même les prouesses de John Travolta sur la piste de danse dans Saturday Night Fever (1977) ne parvenaient pas complètement à faire oublier, en toile de fond, l'horizon bouché d'une vie à Brooklyn.
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"Non, non, il ne vous faudra ni passeport ni vaccinations. " Il y a un quart de siècle, c'était encore une plaisanterie classique parmi les habitants de Brooklyn, lorsqu'ils voulaient convaincre leurs amis de Manhattan de leur rendre visite plutôt que de toujours les inviter chez eux. Une sombre époque pour un New York en pleine déchéance... Dans la foulée de la désindustrialisation massive de l'après-guerre, Brooklyn avait vu se dépeupler ses rues et ses maisons, frappé de plein fouet par le chômage et le crime qui n'épargnaient aucune zone de la métropole. Les touristes aussi fuyaient le district, effrayés par l'image qu'en avaient donné la littérature - et notamment Last Exit to Brooklyn (1964) d'Hubert Selby - ou le cinéma, avec par exemple The French Connection (1971)... Et même les prouesses de John Travolta sur la piste de danse dans Saturday Night Fever (1977) ne parvenaient pas complètement à faire oublier, en toile de fond, l'horizon bouché d'une vie à Brooklyn. Pourtant, si vous deviez vous promener aujourd'hui dans les quartiers réhabilités de Dumbo ou Brooklyn Heights avec un ado, gageons qu'il mitraillerait avec délices les scènes entrevues dans la série télévisée Gossip Girl, tandis que les fans de Sex and the City ne manqueraient pas de se souvenir que Miranda, l'une des quatre protagonistes, a posé ses valises à Carroll Gardens, pittoresque quartier italien classé, réputé pour ses grands jardins avant. C'est que Brooklyn attire de plus en plus de New-Yorkais en quête de nouveautés... et peut-être surtout, de loyers un rien plus abordables. On dirait d'ailleurs qu'il ne se passe pas un jour sans que s'ouvre ici une nouvelle galerie, là un restaurant, une salle de concert, un club ou une boutique. Bien des touristes ne s'aventurent que jusqu'au milieu du pont de Brooklyn avant de retourner sur leurs pas... et c'est bien dommage, car sur l'autre berge de l'East River les attend l'un des districts les plus attrayants de New York. C'est direction Manhattan que la promenade sur le pont légendaire offre la plus belle vue ; laissez-la donc plutôt pour la fin et faites l'aller en métro (direction Borough Hall, premier arrêt dans Brooklyn sur les lignes 4 et 5, cinq minutes à peine depuis Manhattan). Érigé en 1849 en style Renaissance grecque, Borough Hall est l'ancien hôtel de ville de Brooklyn ; de petit village au nom très néerlandais de Breukelen, l'entité devint en effet une grande ville indépendante - elle fut un temps la troisième métropole du pays ! - avant d'être fusionnée avec New York en 1898, au grand dam de nombre de ses habitants. Mais Borough Hall, c'est aussi le c£ur de Brooklyn Heights, un quartier dont l'histoire - qui commence au début du XVIIe siècle, lorsque les colons refoulent la population indienne de ses terres pour y créer de vastes fermes - fait figure de classique du genre. Sur l'autre rive, New York grandit à vue d'£il ; à l'aube du XIXe siècle, les grands propriétaires terriens décident de démembrer leurs exploitations pour en faire des terrains à bâtir, que les publicités de l'époque vantent aux travailleurs de Manhattan comme un endroit idéal et tout proche pour une maison de campagne. Le pont de Brooklyn Bridge n'existe certes pas encore, mais une foule de bacs - d'abord à voile, plus tard à vapeur - assurent la liaison entre les deux rives. Sur le plan architectural, Brooklyn Heights se profile très vite comme l'une des entités les plus variées du pays. L'inauguration du métro, en 1908, met toutefois un terme à l'isolement du quartier et décide nombre de riches bourgeois à quitter leurs villas, qui seront converties en immeubles de rapport ou en hôtels bon marché. Vers 1940-1950, d'aucuns n'hésitent pas à qualifier Brooklyn Heights de " slum ", de bidonville. Pour comble de malheur, une partie doit être rasée pour faire place à une voie rapide... mais grâce à la détermination d'un petit groupe d'habitants, bien décidés à préserver le reste de leur quartier, celui-ci est classé district historique en 1965. Une première pour New York ! C'est le début de la renaissance pour Brooklyn Heights, aujourd'hui devenu l'une des zones les plus chères du district. Brooklyn Promenade offre sur Manhattan une vue à couper le souffle, à toute heure du jour ou de la nuit, et ses paisibles rues latérales bordées de brownstones, les maisons en grès rouge typiques, ont vu vivre et travailler plusieurs écrivains : Norman Mailer, Walt Whitman, Thomas Wolfe... Quant à Arthur Miller, il a vécu avec Marilyn Monroe à Grace Court puis à Willow Street, où le couple avait pour voisin Truman Capote. Brooklyn attire manifestement les belles plumes, et aujourd'hui encore, c'est là qu'ont choisi de s'installer des auteurs contemporains tels que Paul Auster, Jonathan Lethem, Jhumpa Lahiri et Donald Antrim. Depuis Brooklyn Heights, empruntez la Promenade en direction du nord pour découvrir des quartiers récemment classés comme Fulton Ferry, Dumbo ou Vinegar Hill. Là où, il y a une trentaine d'années, vous n'auriez guère rencontré qu'entrepôts vides, docks délabrés et maisons à l'abandon, se dressent aujourd'hui des logements cossus mais onéreux dans des lofts et immeubles flambant neufs... et tout autour, boutiques et restaurants ne cessent de se multiplier. Sur les rives de l'East River, la ville est actuellement en train d'aménager des parcs sillonnés de sentiers de promenade et de pistes cyclables, l'idée étant d'en arriver un jour à métamorphoser quelque 90 % des plus de 1 000 km de zones portuaires et industrielles sur les rives de Manhattan, de Brooklyn, du Queens, du Bronx et de Staten Island en zones de loisirs ou d'habitation verdoyantes. Un projet aussi onéreux qu'ambitieux, mais qui fait manifestement recette, car les New-Yorkais s'empressent d'investir chaque nouvel espace vert ! C'est que l'eau attire les foules... et les jours de beau temps, quoi de plus agréable qu'un pique-nique dans les nouveaux parcs du pont de Brooklyn ou de Fulton Ferry ? Parmi les autres projets récents de revalorisation des rives vertes de Brooklyn, citons encore Red Hook - ancien quartier de dockers où se déroule l'action du film On the Waterfront avec Marlon Brando - ou encore Williamsburg et Greenpoint, deux anciennes zones portuaires et industrielles qui viennent de connaître une réhabilitation spectaculaire après des décennies de délabrement progressif. Pour les adeptes de la marche ou du deux-roues, la promenade de Red Hook, au sud du pont de Brooklyn, à Newtown Creek, un cours d'eau au nord de Greenpoint qui marque la limite entre ce district et celui du Queens, est tout bonnement inoubliable. Le trajet passe sous trois ponts : celui de Brooklyn, celui de Manhattan et celui de Williamsburg (retenez " BMW " comme aide-mémoire). Arrondissement particulièrement vaste, Brooklyn possède heureusement un bon réseau de métros et de bus qui circulent 24 heures sur 24. Les fameux taxis jaunes, par contre, ne se rencontrent qu'à Manhattan : à Brooklyn, tout comme dans le Queens, le Bronx et à Staten Island, les habitants font appel aux livery cabs, qu'il faut appeler par téléphone. Nettement plus loin du pont de Brooklyn (mais facilement accessibles en métro) s'étirent de véritables plages de sable qui sont, il faut bien le dire, une bénédiction au cours des torrides étés new-yorkais. La plus connue est celle de Coney Island - ou Conyne Eylandt, l'île aux lapins, comme l'avaient baptisée les colons néerlandais -, qui accueillit, à l'époque où l'électricité venait à peine d'être inventée, le tout premier parc d'attractions au monde. Après la Seconde Guerre mondiale, les autorités locales s'en servirent toutefois pour parquer par milliers les plus pauvres de leurs administrés... Mais heureusement pour ses habitants et pour l'ensemble de la population new-yorkaise, Coney Island profite aujourd'hui elle aussi de la revalorisation générale du front de mer. Les beaux week-ends d'été sont l'occasion rêvée pour une promenade jusqu'au quartier russe de Brighton Beach en empruntant le boardwalk, le chemin en planches qui longe la côte. C'est indéniablement l'une des scènes urbaines les plus hautes en couleur de New York, et elle ne coûte rien ! À mi-chemin est installé le très populaire New York Aquarium... Et parlant de poissons, la pêche à la ligne est un sport très en vogue à Brooklyn, auquel les amateurs s'adonnent en mer, sur leur bateau personnel ou de location. Ils partent généralement de Manhattan Beach, Sheepshead Bay ou Gerritsen Beach, trois quartiers fascinants à l'atmosphère internationale new-yorkaise caractéristique, accessibles en bus ou en métro. Mais Brooklyn réserve encore une dernière surprise aux amoureux de la nature : les dizaines de kilomètres de plages et de marais de la Gateway National Recreation Area, aire de repos de première importance pour de nombreux oiseaux migrateurs... Les urbanistes d'aujourd'hui, plus sages que ceux d'hier, regrettent d'ailleurs amèrement que leurs prédécesseurs n'aient pas hésité à ouvrir à deux pas d'ici l'actuel aéroport international JFK. Les personnes étrangères à New York s'imaginent parfois que Central Park est son seul poumon vert. Or rien n'est moins vrai : la ville compte en réalité plus d'un millier d'espaces verts de toutes tailles. Parmi les plus grands, Prospect Park, à Brooklyn, est l'£uvre du même duo que Central Park, Olmsted et Vaux... qui trouvaient d'ailleurs leur chef-d'£uvre brooklynien mieux réussi que son illustre homologue de Manhattan. Et, s'il n'est sans doute pas aussi bien entretenu, il n'y fait certes pas moins bon jouir de la verdure et du spectacle d'un public bariolé ! Au nord du parc, deux autres attractions qui font la fierté de Brooklyn : son musée récemment rénové et son jardin botanique. Et pour terminer en beauté, pourquoi ne pas flâner un moment dans les agréables rues de Prospect Park et Park Slope, deux quartiers classés du XIXe siècle qui fourmillent de restaurants et de cafés ? Brooklyn est un paradis pour les amateurs d'architecture, avec ses dizaines de quartiers historiques classés, ses centaines d'églises et ses complexes industriels de la fin du XIXe ou du début du XXe siècle, dont bon nombre ont aujourd'hui trouvé une destination nouvelle... Sans oublier cet autre héritage du XIXe siècle qu'est le cimetière de Green-Wood, le plus célèbre de New York, où se dresse la dernière demeure parfois particulièrement fantasque de quelque 600 000 défunts. C'est dans cet écrin de verdure que reposent, entourées de collines, d'étangs et de vastes pelouses, des célébrités tels l'artiste Jean-Michel Basquiat, le compositeur Leonard Bernstein ou encore le fabricant de pianos Henry Steinway. Au XIXe siècle, le cimetière était l'un des endroits les plus populaires de la ville... et si on en croit son exubérant bourgmestre Marty Markowitz, bientôt, c'est Brooklyn tout entier qui deviendra l'attraction-phare de New York !Carnet pratique en pages 14 et 15.PAR JACQUELINE GOOSSENS / PHOTOS : BART MICHIELS