L'ORIENT GAGNANT

Si Prada (photo), la griffe par excellence qui dicte les tendances, décide de s'inspirer de l'esthétique singulière du Japon, ainsi en sera-t-il de l'été 2013. Chez Gareth Pugh et Haider Ackermann aussi, place à des kimonos modernisés. Les imprimés dragons de feu, fleurs de lotus ou d'hibiscus ne sont pas non plus oubliés, chez Etro et Emilio Pucci. Pour les plus belles des geishas.
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Si Prada (photo), la griffe par excellence qui dicte les tendances, décide de s'inspirer de l'esthétique singulière du Japon, ainsi en sera-t-il de l'été 2013. Chez Gareth Pugh et Haider Ackermann aussi, place à des kimonos modernisés. Les imprimés dragons de feu, fleurs de lotus ou d'hibiscus ne sont pas non plus oubliés, chez Etro et Emilio Pucci. Pour les plus belles des geishas.En matière d'imprimés, l'été 2013 sera indiscutablement graphique. Les rayures verticales, fines ou démesurées, bousculent les looks de la tête aux pieds. Exemple à suivre chez Dolce & Gabbana (photo). Autre alternative : les damiers qui investissent les collections, comme chez Balmain ou Louis Vuitton. Pour autant de parfaites illusions d'optique. S'il n'en fallait qu'un, ce serait celui-là. L'accessoire de l'été, ce n'est pas le sac Hula Hoop vu chez Chanel, ni les décadentes Birkenstock doublées de vison découvertes chez Céline, c'est ce flacon Arpège revu et corrigé en mini it bag avec lanière à glisser autour du poignet. Chez Lanvin (photo), après l'annif d'Alber Elbaz, dix ans de maison, on fête ce mythique floral aldéhydé créé en 1928. Sans minauder.Qui a dit que retour des beaux jours rimerait obligatoirement avec couleurs vives et matières légères comme l'air ? Du noir, et encore du noir. Heureusement, la dépression sera évitée grâce à de beaux duos en black & white. Illustration parfaite, chez Chanel . Pour son premier véritable show, la griffe italienne Fay a fait défiler des Twiggy, Françoise Hardy et Jane Birkin, à l'époque des sixties. Minijupes, petites robes trapèzes, couleurs acidulées et carreaux graphiques au programme. L'été sera léger et yéyé ! Plus la peine de se demander comment assortir look et accessoires. Gucci a trouvé la solution : opter pour l'all-over. Soit une même couleur, déclinée sur les vêtements, sacs, chaussures, ceintures et lunettes. Pour voir la vie en rose (bonbon).Quand l'art et la mode ne font plus qu'un. Chez Louis Vuitton, on joue aux dames façon Marc Jacobs, épaulé par l'artiste Daniel Buren (Boulogne-Billancourt, 1938). Ses fameuses Colonnes, plus officiellement appelées Les Deux Plateaux, sises dans la cour d'honneur du Palais-Royal à Paris, ont servi d'inspiration lointaine. Résultat : pour la première fois, le Monogram passe à la trappe et se laisse damer le pion par le Damier, dans un jaune éclatant, répété sur le runway, les marches de quatre escalators grandeur nature, les robes mini midi maxi et même les sacs LV. Lumineux.En chef de file des Belges, Véronique Leroy, la reine des robes. Elle qui, dans une grande discrétion, expérimente les matières, s'affranchit des coupes, crée des vêtements magnifiques et poursuit sa voie sans jamais se perdre. La quintessence de ce qui se fait de mieux avec du sang noir jaune rouge. À l'instar de Cédric Charlier, Jean-Paul, Knott et Lespagnard, Maison Martin Margiela, Dries Van Noten, Ann Demeulemeester, A.F. Vandevorst, Haider Ackermann et Anthony Vaccarello. Cocorico. S'il ne fallait retenir qu'une lettre, ce serait le A. Comme la ligne A, imaginée par Christian Dior au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Dans sa nouvelle maison de la rue Montaigne, le Belge Raf Simons excelle dans l'art de renouveler le genre. Mais d'autres exécutent aussi l'exercice avec brio, comme Dolce & Gabbana et Marni.Puisque l'été est placé sous le signe du tailoring, il est logique que le smoking redescende dans la rue, l'influence d'Yves Saint Laurent, encore et toujours. Sa variante 2013 est sans manches, c'est la plus contemporaine. Portée loose, selon les préceptes de Nicolas Ghesquière pour Balenciaga. Une ardeur d'avance. Un défilé de tous les siècles qui vaut tous les défilés du monde. Tilda Swinton, teint diaphane, gants immaculés et tablier blanc de conservateur de musée, emporte à bout de bras des vêtements qui jusque-là dormaient dans les réserves du Musée Galliera. Avec cette délicatesse particulière aux archivistes, Olivier Saillard, le directeur dudit musée, lui tend un à un ces trésors exhumés. Sur un panonceau en lettres rouges défilent les noms de ceux qui portèrent ces merveilles devenues muséales. Sans mot dire, l'espace d'un instant, Tilda Swinton leur donne vie - un mouvement de sourcils, les lèvres qui s'entrouvrent, les doigts qui se resserrent sur un col, le regard qui plonge dans les plis d'une robe de débutante. The Impossible Wardrobe ou les âmes incarnées. Un short, oui, mais cargo et en crocodile chiffon céladon. Assorti de préférence avec son tee-shirt vareuse du même tonneau. Pour Hermès, rien n'est jamais trop beau.Ce devait être le match du siècle, ou du moins de l'année, voire de la Fashion Week. Raf Simons (chez Dior - photo à droite) contre Hedi Slimane (chez Saint Laurent) pour leur collection de prêt-à-porter numéro 1. Score nul, avec petit avantage au Belge Raf Simons. Là où celui-ci préfère un décor blanc avec rideau d'organza couleur arc-en-ciel sur fond musical signé Franz Schubert puis Carl Craig, dieu de la techno, l'autre plonge tout dans le noir, avec en guise de bande son Junior Kimbrough, " edited by Daft Punk ", déversé par un ciel de baffles surdimensionnés. Malgré ces différences, tous les deux signent une collection qui revisite les codes maison - ligne A et tailleur Bar pour Raf Simons, saharienne et esprit gipsy Rive Gauche pour Hedi Slimane. Et tandis que le premier confesse " Il n'y a pas qu'un seul type de femmes que je souhaite attirer ", le second, plus ombrageux que jamais, se contente de dédier sa saison " À Pierre ". Dont acte. 1. Un top coupé court 2. Des montures blanches 3. Un truc en cuir 4. Une robe en (toute) transparence 5. Un pantalon noirPAR ANNE-FRANÇOISE MOYSON ET CATHERINE PLEECK