Toujours sur la balle, c'est Burberry qui a annoncé en premier son intention de bouleverser le traditionnel calendrier de la mode, qui veut que les collections défilent quatre à six mois (voire neuf, pour le prêt-à-porter masculin) avant d'être vendues en boutique. Trop frustrant pour les clients qui ont flashé sur un look ou un accessoire repéré via les réseaux sociaux et doivent attendre longtemps avant d'assouvir leur envie... si cette dernière ne leur est pas passée entre-temps, dixit la maison britannique. Et trop facile, pour les enseignes à bas prix, de recopier, durant cette période, les coups de coeur annoncés de la saison et de les mettre sur le marché, avant même que les originaux ne soient commercialisés.
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Toujours sur la balle, c'est Burberry qui a annoncé en premier son intention de bouleverser le traditionnel calendrier de la mode, qui veut que les collections défilent quatre à six mois (voire neuf, pour le prêt-à-porter masculin) avant d'être vendues en boutique. Trop frustrant pour les clients qui ont flashé sur un look ou un accessoire repéré via les réseaux sociaux et doivent attendre longtemps avant d'assouvir leur envie... si cette dernière ne leur est pas passée entre-temps, dixit la maison britannique. Et trop facile, pour les enseignes à bas prix, de recopier, durant cette période, les coups de coeur annoncés de la saison et de les mettre sur le marché, avant même que les originaux ne soient commercialisés. Concrètement, la griffe remplacera ses quatre shows annuels (Homme et Femme pour le printemps-été, idem pour l'automne-hiver) par deux événements (un en février et le second en septembre, chacun mixant les univers féminins et masculins). Depuis ce coup de tonnerre, d'autres marques ont déjà signalé qu'elles prendraient le train en marche, comme Tom Ford ou Tommy Hilfiger. Certaines se sont même essayées, dès à présent, à cette nouvelle logique du " see now, buy now ", traduisez " voir maintenant, acheter maintenant ". Prada a ainsi testé le concept avec deux sacs, mis en vente dès le lendemain de son défilé. Julien Dossena, chez Paco Rabanne, a fait de même avec quatre silhouettes ; Courrèges, avec un tiers de sa collection, et Michael Kors, avec une sélection de vêtements et d'accessoires. " Notre cliente ne pense pas en termes de saisons, mais juste à ce qui lui va bien et à ce qu'elle adore. J'estime que ce serait une bonne idée de lui donner la possibilité d'ajouter quelques pièces clés du défilé dans son actuelle garde-robe ", a expliqué le créateur de la marque éponyme, dans un communiqué. Mais tout le monde n'est pas pour autant enthousiaste à l'idée de ce changement de modus operandi, à l'instar de la Fédération française de la couture et du prêt-à-porter et de son équivalent italien qui estiment que cette manière de faire sacrifie la créativité au profit d'une démarche davantage commerciale. Etant donné que les avis sont loin d'être tranchés ou définitifs, on peut dès lors s'attendre à de nouvelles évolutions dans les prochains mois, preuve que la mode n'a décidément pas fini de se réinventer.Comment gérer un changement de cycle ? Comment imaginer une collection ad interim et faire le deuil d'un créateur - Raf Simons et Alber Elbaz en l'occurrence ? Comment continuer à raconter une histoire, celle qu'entama monsieur Christian Dior en 1947 ou celle que débuta Jeanne Lanvin en 1889 ? Le défi est de taille. Chez Dior, il repose sur un duo, Lucie Meier et Serge Ruffieux, à la tête du studio de cette maison de couture qui a choisi de ne pas choisir puisque ces créateurs sont " intérimaires ", drôle de statut. Et délicat. Ils s'en dépêtrent comme ils peuvent, en signant une collection où ils expérimentent la " friction esthétique ". Chez Lanvin, l'histoire oubliera cet automne-hiver en demi-teinte d'après-Elbaz, préférant se concentrer sur les lendemains qui chantent puisque la vénérable maison est désormais confiée à la créatrice Bouchra Jarrar, on peut lui faire confiance, elle en fera des merveilles. Et soudain tous devinrent V.I.P. quand Chanel décida de bannir les préséances. " Front row only. " L'idée, flatteuse, veut que chacun ait eu droit à son assise Napoléon dorée au seul et unique premier rang, la meilleure place. Dans un décor de salon de couture beige, avec fleurs et miroirs classieux, la maison de la rue Cambon a parfaitement joué les illusionnistes le temps d'un défilé very privé - avec 3 000 invités et combien d'Instagram, de Tumblr, de Snapchat, etc. partagés séance tenante ? Pareil chez Givenchy, qui privilégia le labyrinthe en bois et le banc idem, où siégeaient sans frontière aucune les anonymes et les stars, Kanye West et belle-maman Kris Jenner en tête. La mode veut-elle vraiment nous faire croire qu'elle se démocratise ? " Parce que je le vaux bien... " Ces années-là, pour ceux qui s'en souviennent, débutèrent avec Richard Gere en Armani dans American Gigolo et se terminèrent en beauté avec les robes " bandage " d'Hervé Léger. Avec, dans cet entre-temps, les Six d'Anvers, Lady Diana Spencer, Dynasty et Boy George, certains ne l'ont pas oublié. Hedi Slimane, par exemple. Qui inscrit son vestiaire Saint Laurent dans un grand revival années 80 poussé à l'extrême, jusqu'à la caricature. Un dernier pied de nez à la fashion sphère avant son départ de cette maison où plane encore et toujours, grâce à lui, l'ombre d'Yves Henri Donat Mathieu-Saint-Laurent ? L'osmose parfaite. Quand Nicolas Ghesquière, chez Louis Vuitton, parle de passé, de présent et de futur, le contenu et le contenant se répondent avec un à-propos sidérant. En guise de décor, un paysage englouti au sol pavé de noir et blanc, strié de 57 colonnes amputées, ratiboisées et facettées de miroirs constellés de brisures - de près, on dirait des impacts de balles, c'est l'oeuvre de l'artiste Justin Morin. Dans ce temple en ruine, comme sauvé des eaux, s'invite la question subsidiaire : " Dans quel monde errons-nous et où allons-nous ? " Dans l'esprit et le vestiaire de Nicolas Ghesquière, directeur artistique de la Femme pour la maison Vuitton depuis novembre 2013, tout semble très clair : nous allons de ce pas vers un futur différent qu'il s'agit d'inventer, tout en révisant ses classiques. Ses silhouettes au premier abord détonnent, puis le regard s'habitue, formé peu à peu à cette singularité qui force le respect. Et qui démode d'un seul coup la majeure partie de tout ce que l'on a pu voir avant. Tout fait sens chez Dries Van Noten. Surtout le savant assemblage de ses matières, ses couleurs, ses volumes, ses inspirations qui forment la trame de son automne-hiver 16-17 : " Acqua alta, genre fusionné, Ballet Russe, smoking, Helmut Newton, robes de Chambre ". Auxquels s'ajoute " la passion entre la marquise Casati et Gabriele d'Annunzio et la décadence comme style de vie ". Et cela se traduit par un vestiaire qui la glorifie avec talent et imprimés reptiliens ou animaliers agrandis, prince-de-galles, perles, velours étoffés, plumes, (fausse) fourrure et jacquards de soie. Dangereuse tentation. Quelle matière plus confortable et douce que le velours, dans laquelle se lover, une fois les premiers frimas constatés ? Principalement lisse, mais également côtelée ou milleraies, l'étoffe est partout. Elle est le fil rouge de la collection Giorgio Armani, apparaît brodée chez Dolce & Gabbana, est traitée de façon sportswear chez Diesel Black Gold, tandis que Stella McCartney imagine une doudoune géante en velours moiré. A voir tant sur les looks que sur les accessoires, comme chez Fratelli Rossetti ou AGL Shoes. Le ventre fait l'objet de toutes les attentions, comme à l'époque du New Look ou de la mode obsessionnelle de la taille de guêpe, en vogue à la fin du XIXe siècle. Ici, plus question de maltraiter les femmes ou d'entraver le corps ; ces ceintures sont portées par des héroïnes modernes, prêtes à affronter le monde qui les entoure. Chez Prada, ces corsets sanglés s'affichent sur bon nombre des mannequins, de quoi donner aux belles de l'autorité et de la gravité, selon la prêtresse de la mode Miuccia Prada. Du côté de Miu Miu, la ligne bis de la maison italienne, ce sont des accessoires en jacquard ou en toiles de Jouy qui coupent en deux robes-chemises et manteaux extralongs. Une tendance repérée également chez Céline, Diesel Black Gold ou Maison Margiela. Avec Manish Arora, la vie est une fête. Le créateur indien, tout juste décoré Chevalier de l'ordre national de la légion d'honneur, investit un restaurant joliment défraîchi, ambiance tropicale et souvenirs des colonies. Et dans un feu d'artifice de couleurs, de broderies et de clins d'oeil, il fait défiler ses amies, rebaptisées " Hell's belles " pour l'occasion. Dans les rôles principaux, tout sourire : Ellen von Unwerth, photographe, Sophie Calle, artiste, et Chantal Thomass, créatrice de lingerie. On en redemande. Dans la note d'intention du défilé Chloé, on trouvait une citation de l'écrivaine et passionnée de moto, Anne-France Dautheville, prélevée dans son livre Et j'ai suivi le vent, paru en 1975 : " En haut, l'automne m'attendait, sec, transparent, mordant. Je savais qu'il serait au rendez-vous, j'avais dans ma sacoche de réservoir un gros pull-over et un foulard. " Soit le point de départ de la collection dessinée par la directrice artistique Clare Waight Keller. On y trouve le parfait dress code d'une aventurière, indépendante, nomade et forte : des blousons et pantalons en cuir, des combinaisons à poches zippées. Même esprit chez Carven ou Moschino, qui coiffe ses premières silhouettes d'une casquette de motarde avec minijupe en prime. Pour démarrer l'hiver sur les chapeaux de roue. PAR ANNE-FRANÇOISE MOYSON ET CATHERINE PLEECK