Côté face, il était Noureev, rock star de la danse dont il allait bousculer les codes à jamais. Côté pile, il restait Rudik, le gamin élevé à même le sol terreux d'une isba misérable, marqué pour toujours par la peur de manquer. Philippe Grimbert a connu l'étoile au sommet de sa gloire et l'homme fragilisé par la maladie qu'il chercha jusqu'au bout à cacher. " Il a toujours été bien plus qu'un danseur, constate l'écrivain qui vient de consacrer un roman à l'ancien directeur de la danse de l'Opéra de Paris (*). Dès qu'il arrivait sur scène, il focalisait l'attention sur lui comme pouvaient le faire les Beatles ou Mick Jagger. Il a construit et entretenu toute sa vie sa propre légende. Sa singularité, son aura, faisaient que les gens, même ceux qui ne s'intéressaient pas a priori à la discipline, allaient l'admirer en spectacle, lui. Il donnait aussi à voir la danse la plus virile que j'ai jamais vue : il se dégageait de lui une impression de puissance, d'animalité presque, sans aucune afféterie. Il n'était pas du tout du côté de la grâce éthérée. " Pour l'essayiste français qui a choisi de raconter la fin de la vie de l'artiste au travers d'une relation imaginaire entre Noureev et son psychanalyste - une profession qu'il exerce lui aussi -, il n'est pas surprenant que l'ombre du chorégraphe, pourtant disparu il y a plus de vingt ans, hante aujourd'hui les catwalks.
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