Imaginez une courette parisienne, rue Vieille-du-Temple, Paris iiie, avec loge de concierge transformée en atelier et en showroom. Murs blancs, meubles noirs sur 10 mètres carrés d'intensité artistique. Figurez-vous alors un cheval grandeur nature gainé du cuir le plus fin, couleur ébène. Autour de lui, on s'agite. Natalia Brilli et son équipe posent les derniers crins de la crinière, dans une heure, l'animal part au Printemps - bientôt, il trônera dans les vitrines du grand magasin pour les fêtes et un Noël au château volontairement féerique.
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Imaginez une courette parisienne, rue Vieille-du-Temple, Paris iiie, avec loge de concierge transformée en atelier et en showroom. Murs blancs, meubles noirs sur 10 mètres carrés d'intensité artistique. Figurez-vous alors un cheval grandeur nature gainé du cuir le plus fin, couleur ébène. Autour de lui, on s'agite. Natalia Brilli et son équipe posent les derniers crins de la crinière, dans une heure, l'animal part au Printemps - bientôt, il trônera dans les vitrines du grand magasin pour les fêtes et un Noël au château volontairement féerique. C'est elle qui a lancé l'invitation : rendez-vous chez moi, mes amis, pour vous faire tirer le portrait. Et puis aussi un peu " pour rassurer les Belges " qui s'inquiètent de son sort : comment vit-elle là-bas dans cette jungle ? N'est-elle pas trop seule ? Les Parisiens sont sià, enfin moinsà Natalia éclate de rire, un chant qui lui est propre et qui fait son charme, décuplé par la lumière de ses yeux noirs comme ses cheveux courts lissés. " J'avais envie de montrer qu'on peut avoir des amitiés à Paris, avec des gens drôles, intelligents, avec qui il est possible d'également travailler, pourquoi pas ? " De " vraies " personnalités " connectées " à son univers créatif. Elle se verrait bien flanquée d'une Factory warholienne, d'ailleurs, elle en a toujours rêvé. Travailler en équipe, se laisser porter par une atmosphère " un peu cour de récréation ", " sortir de sa bulle ", ne pas être constamment " enfermée " dans sa collection personnelle, face à elle-même, " monter des projets avec d'autres naturellement ", " mélanger nos idées ". C'est sans aucun doute son passé de scénographe qui veut cela. Car dans une autre vie, à Bruxelles, après ses études à La Cambre, section scénographie, Natalia Brilli a travaillé pendant six ans pour le Théâtre National. La mode l'a pourtant très vite rattrapée, l'appel du large aussi, avec, dans l'ordre, Xavier Delcour, l'Institut français de la mode à Paris puis Olivier Theyskens chez Rochas. Sa griffe à peine créée, en 2004 officiellement, elle n'aura de cesse de s'entourer. Depuis, elle a passé le cap de la treizième collection, des 150 modèles, tous corsetés de cuir, déclinables en dix coloris, colliers, bracelets, broches, coiffes, sacs et autres petite maroquinerie. Plus ses " objets " qui prennent d'autres chemins que ceux de la mode pure et dure, direction les galeries d'art, les foires internationales, les collections contemporaines. Son Band, trois squelettes, leurs guitares, batterie et micro méticuleusement tendus de peau, a été exposé un peu partout, à Paris, New York, Bruxelles et Miami dans le cadre de Art Basel Miami. Ses têtes de buffle et d'antilope, ses crânes, ses mains et ses pieds de gorilles et d'orangs-outangs ont été vus à la Alice day Gallery à Bruxelles en mai dernier et le seront à nouveau lors de la FIAC parisienne. Son cheval part trôner en vitrine au Printemps, où elle aura les honneurs d'un pop-up store dès le 18 novembre prochain. Elle sera aussi à Bruxelles, en octobre, pour participer au jury de notre Fashion Weekend et au parcours Modo, avec une installation en duo avec le fleuriste Thierry Boutemy chez Natan XIII. Belle effervescence, à peine troublée par d'autres projets qui prennent vie petit à petit - une ligne de chaussures avec Alain Quilici pour l'hiver 2011, du mobilier avec Ascète, des bijoux d'art avec Frank Stella et des pièces uniques pour la déco du Social Club avec David Lynch en chef d'orchestre. " Je suis contente ", dit-elle. Et puis sur la pointe des pieds, elle quitte l'atelier, surtout ne pas entendre ce que ses amis vont confier d'elle. C'est l'hymne à l'amour. " Je suis celui qui protège Natalia à 200 % de tous les soucis inhérents à une société. Sa première création, elle l'a travaillée sur la table de la salle à manger, je l'ai vue tâtonner, je ne comprenais pas où elle voulait en arriver. Quand j'ai vu son premier collier terminé, entièrement gainé de cuir, j'ai été impressionné. Elle avait utilisé cette technique ancestrale et l'avait modernisée, j'ai été bluffé. Il ne faut pas réduire son univers à une imagerie " dark ", il y a beaucoup de poésie chez elle. Chaque saison, elle a peur de faire pareil, mais elle n'est jamais la même, en travaillant pourtant la même matière et la même technique. Et elle invite toujours chacun d'entre nous à se dépasser. "deuxième assistant Studio " Je connaissais le travail de Natalia, un ami vendait ses pièces dans sa boutique en Finlande. J'aimais déjà son esthétique "moyenâgeuse", noire à souhait. Ce sont les seuls bijoux que je désire porter. Son univers est passionnant. Et tous ses projets monumentaux, le cheval, la moto totalement fonctionnelle, sont incroyables. Natalia a ce talent de développer un projet et de l'amener plus loin. Et puis surtout, elle est drôle. Même si à regarder ses squelettes ou ses natures mortes, on pourrait croire que nonà "" J'avais entendu parler des collections de Natalia, j'ai découvert quelques pièces à Vienne, j'étais extrêmement intrigué, je trouvais cela tellement particulier. J'étais fatigué de Milan, je lui ai envoyé un CV (" Il est arrivé au bon moment, il était comme un ange ", dira-t-elle), j'ai quitté l'Italie avec un sac et j'ai commencé immédiatement. J'ai débarqué dans un monde, le sien, où la créativité est surprenante. Nous grandissons vite, avec une distribution très sélective et soixante-cinq boutiques. Tout est très intense. "" On ne sait jamais à quoi s'attendre avec Natalia, on ne s'ennuie jamais. Son imagination n'a pas de limites, cela va toujours très loin. Elle a toujours des projets en tête, que ce soit mode ou artistique. C'est très enrichissant, professionnellement et personnellement. C'est assez irréel de travailler immergée dans le lieu de création. J'aime cette petite équipe, je sais que je n'y suis pas une employée parmi tant d'autres. "" Nous avons un peu, sinon complètement, les mêmes références. C'est de l'ordre du viscéral, de l'émotionnel. Quand on prépare la collection, on part chacune de notre côté faire des recherches iconographiques ; c'est étrange mais on choisit souvent les mêmes images. Ce que j'aime dans son travail ? L'idée du leitmotiv unique avec une trame narrative très riche. "" L'art est une obsession pour Natalia, pour moi aussi. Nous connaissions des gens en commun, nous ne nous sommes pas rencontrées, nous avons juste bu un verre ensemble, c'était il y a un an et c'était bien. Je porte ses bracelets et aujourd'hui, un foulard dans les cheveux. Pour chacune de mes productions mode, quand je suis styliste sur une séance de photos, je choisis toujours des pièces de Natalia - ses accessoires mais aussi ses têtes de buffle et d'antilope, qui d'habitude ne sortent pas de son atelier pour des séries mode. Son égérie ? Je ne savais pas que je l'étais, vous me faites rougir, c'est flatteur et excitant. "www.artlistparis.com/artist.php?artist=512 " Ce que représente pour moi Natalia, la femme ? Elle est indissociable de ses créations, le travail ne s'arrête jamais avec elle, parfois durant une conversation autour d'un café, elle se met à noter une idée qui lui vient à l'esprit. Elle a le souci du détail et transposé une méthode traditionnelle vers le futur, avec des applications sans limites, ou presque, la seule étant celle du cuir. Nous nous amusons souvent à imaginer un cuir liquide, cela crée une étincelle particulière dans ses yeux et cela nous fait sourire. "www.albanadamsview.blogspot.com " Natalia est une femme de son époque, qui s'impose avec le temps, dans la durée, il n'est pas question de show-off, tout chez elle est intrinsèque. Le sac ananas, c'est le premier accessoire d'elle que j'ai vu. Je trouvais cette minaudière à part, l'univers extravagant, j'ai aimé ce côté minimal et le fait que ce soit une vraie technique, le gainage, pas juste un style. On parle ici de savoir-faire et d'artisanat. "www.ascete.com " Nous nous sommes rencontrés il y a trois mois, Natalia avait vu mes chaussures dans un showroom, j'avais déjà remarqué ses accessoires. Je me demandais : " Comment est-ce possible de faire un tel travail ? ", je connais le cuir, je sais combien c'est difficile. Je trouvais cela complètement nouveau, cette idée de transformation, de métamorphose. Je suis traversé par les mêmes questionnements. "www.alainquilici.com " La première fois que j'ai vu Natalia, cela devait être en 1996, dans les backstages de Xavier Delcour, elle faisait partie de son équipe. Après j'ai photographié sa collection de fin d'études à l'Institut Français de la Mode : on avait répandu quarante kilos de terreau sur l'escalier de son appartement et accroché un immense poster de forêt sur le mur, l'ambiance était surréaliste, on ne savait pas si c'était un escalier au milieu des bois ou une forêt dans un living-room. J'aime son rire, son côté italien très noir, que la réalité vient démentir, Natalia est douce. "www.jfcarly.com " C'est excitant de travailler l'image d'une marque comme celle de Natalia. On ne voulait pas l'articuler comme un logo en tant que tel : il s'agit de ses initiales, c'est d'elle dont il est question. Son univers fait songer à l'Allemagne de Weimar, au travail constructiviste, c'était assez judicieux d'emprunter à l'univers graphique de la fin des années 20. On n'a aucune difficulté à l'imaginer à Berlin à cette époque-là. Il y a une alchimie, une sublimation du matériau, mais sans recherche de la virtuosité pour la virtuosité, il n'y a pas chez elle cette vanité-là. "www.the-eem.com " Je ne me souviens plus de la première fois avec Natalia, peut-être était-ce Robin Schulié qui nous a réunies. Je ne porte pas beaucoup de bijoux mais j'affectionne les fruits de mer et je collectionne les bulots. Natalia va m'en gainer un, rien que pour moi ! J'adore aussi ses grosses pièces, l'ensemble, le band, avec la batterie et les squelettes, je les trouve impressionnants. "www.the-eem.com " Nous nous sommes croisées au printemps dernier, dans un dîner organisé par Robin, Lotta et Adam, au 27 rue de Picardie, je sais, normalement, c'est un lieu secret où ils invitent des amis qui ne se connaissent pas mais dont ils sont sûrs qu'ils s'apprécierontà Robin a dû dire quelque chose du genre : " Natalia, je te présente deux Finlandaises, elles aiment ce que tu fais. " Depuis, on a des projets ensemble, même s'ils ne sont pas encore concrétisés, faute de temps. "www.ahonenandlamberg.com " La première fois que je l'ai vue, j'ai été frappée, je la trouvais tellement mystérieuse, elle avait un regard si puissant. J'adore tout ce qu'elle fait, son imagination, sa façon de travailler, de chercher. On parle la même langue, c'est facile et simple de travailler avec elle. Elle demande beaucoup, mais elle donne aussi énormément de liberté. "www.ahonenandlamberg.com " Je l'ai tout de suite adorée, Natalia. Elle me fait rire. Et j'aime le couple qu'elle forme avec Lionel, ses bracelets aussi, car les bracelets et moi, on ne fait qu'un ! Ses créations ne sont pas tout à fait " mode ", elles sont du domaine de l'artistique. J'ai exposé son Band dans ma boutique de la rue du Mont-Thabor il y a deux ans, son humour macabre m'enchante. Elle a un goût excellentissime, presque classique, même si le traitement ne l'est pas. Et puis par-dessus tout, Natalia réussit à (me) transmettre des émotions. "www.marialuisa.fr " Double coup de foudre quand nous nous sommes rencontrés : j'ai été emballé par la créatrice et par les bijoux, sublimes, que j'ai immédiatement sélectionnés pour la boutique. Natalia est l'une de mes plus chères amies - sans elle, la vie à Paris serait morose et impossible ! On se soutient, on s'entraide, on s'amuse... La famille en somme ! Ce qui renforce mon amitié pour elle ? L'admiration constante que provoque son travail. "Par Anne-Françoise Moyson / Photos : Jean-François CarlyMAKE-UP : YACINE DIALLO