1. On marche deux par deux

C'est la nouvelle tendance repérée à l'Académie d'Anvers et à La Cambre. Désormais, les mannequins défilent deux par deux, un garçon et une fille chez Arienne Bichler (Anvers, 4e année), deux garçons, deux filles, ou un garçon et une fille chez Nadine Möllekamp (Anvers, 4e année) ou encore deux filles chez Kim Stump (La Cambre, 4e année). Doit-on en conclure que la mode va vers plus de mixité ? Ce courant s'inscrit en tout cas dans la même mouvance que les lignes Complice et Unisex que lancent respectivement les créateurs belges Veronique Branquinho et Tim Van Steenbergen.
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C'est la nouvelle tendance repérée à l'Académie d'Anvers et à La Cambre. Désormais, les mannequins défilent deux par deux, un garçon et une fille chez Arienne Bichler (Anvers, 4e année), deux garçons, deux filles, ou un garçon et une fille chez Nadine Möllekamp (Anvers, 4e année) ou encore deux filles chez Kim Stump (La Cambre, 4e année). Doit-on en conclure que la mode va vers plus de mixité ? Ce courant s'inscrit en tout cas dans la même mouvance que les lignes Complice et Unisex que lancent respectivement les créateurs belges Veronique Branquinho et Tim Van Steenbergen. Le message écrit inspire les créateurs. A Anvers, Lenny Leleu (3e année) détourne les logos des sponsors de Formule 1 pour tailler des robes de mariée dans des combinaisons de pilotes automobiles. A La Cambre, en première année, on s'amuse à indiquer, à l'aide de petites pancartes qui cachent le haut du buste, le nombre d'heures de travail effectuées : " C'est 300 heures de travail " ou encore on détourne, de manière humoristique, la célèbre formule de René Magritte en affichant : " C'est une jupe ". C'est dans l'air du temps et les étudiants ne s'y sont pas trompés. Nos amies les bêtes inspirent les stylistes. Du coup, c'est un véritable parc animalier sur le catwalk. Le meilleur exemple est Berivan Meyer (Anvers, 4e année) qui intègre une vraie corne pour accessoiriser une salopette pour homme et dessine des sacs à main en forme de cheval. Une tendance également repérée au défilé de fin d'année du Bachelor of Arts du Saint Martins College of Art and Design de Londres. Le grand débat qui agite les spécialistes cette saison tient en une question ( lire Weekend Le Vif/L'Express du 1er septembre dernier) : les créateurs seraient-ils en proie à une islamisation de la mode ? Du simple voile au masque, en passant par les cagoules et autres faces grillagées, un grand nombre de visages sont en effet dissimulés sur les podiums. La tendance, massive sur les catwalks des grandes capitales européennes de la mode, est également repérable dans les collections des défilés de fin d'année. A Anvers, Annette Kölling (3e année) masque tous ses mannequins. Quant à Filomena Saltarelli (également étudiante en 3e année), sa collection, taillée dans des boubous, est accessoirisée de masques africains. Marisa Leipert (Anvers, 4e année) orne ses silhouettes d'un casque complètement opaque, doté de deux boules en verre blanc en guise d'oreilles. En deuxième année, à La Cambre, on poursuit l'exercice du camouflage, initié il y a un an par Nathalie Regnault. Enfin, la grande surprise vient de Heaven Tanudiredja, étudiant en deuxième année à Anvers, qui dissimule, quant à lui, les faces masculines. Vêtements architecturaux, encolures intégrées à un collier, cols amovibles... Les collections sont de plus en plus modulables. Une tendance repérée chez Koji Arai (Anvers, 4e année) et sa mise en scène du " Last Supper " qui fait des vêtements de véritables objets, chez Nadine Möllekamp (Anvers, 4e année) et ses tops à l'encolure collier, chez Mikio Sakabe (Anvers, 4e année) qui, par une très grande technicité, intègre des simili de gratte-ciel en relief dans la veste de ses tailleurs-pantalons. Quant à Amandine De Wolf (La Cambre, 5e année), elle propose une collection tout en féminité où les chemisiers se transforment en robes et où les cols, amovibles, se prolongent en sautoirs. Demna Gvasalia, Vladimir Lazarevic, Heaven Tanudiredja, Gunhyo Kim, Raoul Egloff Alcaide, Natalia Culebras Cruz, Helena Lumelsky... On ne compte plus les collections pour homme dans les défilés de fin d'année. Des collections de grande qualité qui se distinguent par leur originalité. A Anvers, nos coups de c£ur reviennent à Gunyo Kim et à sa collection baptisée " Inspector Gadget ", un vestiaire british revisité avec humour, et à Vladimir Lazarevic et à ses hommes perchés sur des chaussures supercompensées. La tendance est surtout très marquée à l'Académie d'Anvers qui a, cette année, fait appel à un grand nombre de mannequins issus de différentes cultures : africaine, asiatique... reflétant le melting-pot de ses étudiants. Pour exemples, Bele Bardenheuer et ses " Berber Girls ", Marisa Leipert et ses " Beautiful Women Without Mercy ", Arienne Birchler et ses " couples " mixtes, Ann Torfs et son " Kaleidoscope Alchemy ", mais aussi Jae Keun Hwank et ses geishas coréennes ou encore Mikio Sakabe et son évocation de l'univers japonais... Les étudiants semblent avoir signé un véritable traité de paix. Le plastique semble être la nouvelle matière qui inspire les étudiants. Peter Bertsch (Anvers, 4e année) habille ses " Bionic Girls " de jupes en plastique rigide et Taro Horiuchi (Anvers, 3e année) présente une jolie collection de baigneuses en jupons et chaussures de plage, le tout en PVC transparent, tandis qu'Emilie Beaumont (La Cambre, 4e année) chausse ses modèles de bottes en caoutchouc. Dans le milieu de la mode, l'Académie d'Anvers et l'école de stylisme de La Cambre continuent à faire parler d'elles. Pour preuve, tous les prix récemment raflés par les Belges dans les Fashion Contests ( NDLR : les compétitions de mode) les plus en vogue du moment. A commencer par le Festival international de la mode et de la photographie à Hyères, investi massivement chaque année par des étudiants de La Cambre. En mai dernier, le Grand Prix du festival est revenu à Anthony Vaccarello (La Cambre, 5e année). Julien Dossena (La Cambre, 4e année) a, quant à lui, décroché le Prix 1,2,3 et une mention spéciale du jury. Tandis qu'au festival " ITS 5 " de Trieste, Matthieu Blazy (La Cambre, 4e année) raflait le Prix Maria Luisa (de la très sélect boutique éponyme parisienne). Quant à Mikio Sakabe (Anvers, 4e année), il se distinguait par un Prix spécial récompensant sa créativité. Marisa Leipert, Heaven Tanudiredja, Nadine Möllekamp, Ann Torfs et Natalia Culebras Cruz, tous étudiants à Anvers, faisaient également partie de la sélection de ce prestigieux festival organisé par la marque italienne Diesel. Preuve que la Belgique est toujours l'avenir de la mode. Agnès Trémoulet