Posé au milieu d'un paysage sagement résidentiel, à seulement quelques kilomètres de la capitale, la maison hypnotise. Certains se contentent de la scruter depuis le trottoir d'en face, d'autres espèrent un traitement de faveur en arguant leur statut d'étudiants en architecture ou de décorateurs de cinéma. " Chaque semaine, il y a des demandes de visite ", souligne Thierry Hens, l'architecte inspiré de cet impressionnant " polygone " néo-moderniste et aussi le concepteur du récent hôtel design Monty, à Bruxelles. " Depuis l'extérieur, pourtant, il n'y a presque rien à voir et c'est bien cela qui intrigue. " Dressée sur un terrain pentu, la façade quasi aveugle du bâtiment garantit une intimité maximale. " Les trois oculus donnent de faux espoirs. Ils sont disposés de telle manière à ne montrer q...

Posé au milieu d'un paysage sagement résidentiel, à seulement quelques kilomètres de la capitale, la maison hypnotise. Certains se contentent de la scruter depuis le trottoir d'en face, d'autres espèrent un traitement de faveur en arguant leur statut d'étudiants en architecture ou de décorateurs de cinéma. " Chaque semaine, il y a des demandes de visite ", souligne Thierry Hens, l'architecte inspiré de cet impressionnant " polygone " néo-moderniste et aussi le concepteur du récent hôtel design Monty, à Bruxelles. " Depuis l'extérieur, pourtant, il n'y a presque rien à voir et c'est bien cela qui intrigue. " Dressée sur un terrain pentu, la façade quasi aveugle du bâtiment garantit une intimité maximale. " Les trois oculus donnent de faux espoirs. Ils sont disposés de telle manière à ne montrer qu'une portion très limitée du séjour. " Une terrasse supérieure conçue en creux, des côtés vitrés mais bardés de stores : toute intrusion du regard est ici bannie. La maison, savamment repliée sur elle-même, réserve néanmoins une surprise de taille. Contre toute attente, la quatrième et invisible " face " ouverte sur le jardin se déploie dans une absolue limpidité. Un double étage intégralement transparent est ainsi offert d'est en ouest à la course du soleil. " Dans la plus pure tradition moderniste, tous les plans sont libres et ne semblent faire qu'un avec l'extérieur. " La nuit, c'est un cube phosphorescent qui se détache dans l'obscurité : un bloc de lumière structuré par le rythme de vingt fenêtres posées à intervalles réguliers. " L'ensemble de la maison est régi par des symétries très fortes. " La " séquence d'entrée " û qui abrite le bureau du propriétaire et le hall û rappelle d'emblée le vocabulaire rationaliste des années 1920. Remarquables : une poutre dont le jeu d'encastrement et la couleur rouge évoquent le mouvement néerlandais De Stijl et aussi un escalier ajouré en métal menant au séjour du premier niveau et affichant le style " paquebot ". " Les fenêtres hublots, le toit-terrasse ou les escaliers en acier fortement inclinés, omniprésents dans ce projet, sont autant d'interprétations de l'architecture navale qui a profondément marqué Le Corbusier ", explique Thierry Hens. Dans un souci de circulation maximale, l'espace du premier étage û qui regroupe la cuisine, le salon et la salle à manger û s'articule avec le minimum de séparations. " Il y avait aussi la volonté d'amplifier l'horizontalité. " Grâce à la présence de la terrasse arrière et de ses marches oblongues ou des stores qui parcourent les baies arrière sur plus de vingt mètres de longueur, les lignes de fuite s'en trouvent " propulsées ". A ce parti pris esthétique, il faut ajouter un plan de travail kilométrique, un canapé XL et une table à manger au profil " anamorphosé " pour de vertigineuses accélérations de perspectives... Pour mieux s'effacer au profit du jeu spatial, la palette chromatique se limite à une silencieuse variation de blanc et de gris. Seules ponctuations : les sièges " rougeoyants " LCW de Charles et Ray Eames de la salle à manger et les lampes à suspension Campari imaginées par Ingo Maurer dans la cuisine. A l'étage, où sont réunies la chambre et la salle de bains, le plancher en bois se substitue à la pierre bleue pour une intimité plus affirmée. Derrière la porte et son hublot, on découvre une " cabine " de luxe : lampe Maurer, chaîne Bang et Olufsen, télévision Brionvega tout en verre... Prise entre la terrasse, côté rue, et le jardin arrière surélevé qui forme une impeccable ligne d'horizon, la chambre se prolonge naturellement vers la salle de bains. Désormais volontiers intégrée à l'espace de repos, cette dernière se donne à voir sans tabou. Naturellement orientée vers le jardin, la baignoire posée comme un objet sur le bois est accompagnée de la chaise La Marie de Starck. Au milieu de la " bulle " translucide imaginée par Thierry Hens, cette chaise en polycarbonate, intégralement transparente, ne pouvait trouver plus juste place et métaphore... Antoine Moreno