Complice d'Elie Semoun dans ses fameuses " Petites annonces " cathodiques et membre occasionnel de l'équipe de Laurent Ruquier dans l'émission " On a tout essayé ", Franck Dubosc est surtout un brillant comique qui sait dompter la scène. Son one-man-show " J'vous ai pas raconté? " atteste de son humour percutant qui mélange astucieusement séduction, machisme et mythomanie. Sur les planches, l'homme n'a peur de rien : ni des requins affamés de l'océan Pacifique, ni même des hordes sanguinaires d'El Tyranos à San Pedro de Chili. Alors pourquoi refuser un face-à-face inoffensif avec le ministre belge de la Défense nationale?
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Complice d'Elie Semoun dans ses fameuses " Petites annonces " cathodiques et membre occasionnel de l'équipe de Laurent Ruquier dans l'émission " On a tout essayé ", Franck Dubosc est surtout un brillant comique qui sait dompter la scène. Son one-man-show " J'vous ai pas raconté? " atteste de son humour percutant qui mélange astucieusement séduction, machisme et mythomanie. Sur les planches, l'homme n'a peur de rien : ni des requins affamés de l'océan Pacifique, ni même des hordes sanguinaires d'El Tyranos à San Pedro de Chili. Alors pourquoi refuser un face-à-face inoffensif avec le ministre belge de la Défense nationale?Franck Dubosc : J'ai reçu de la documentation sur vous, mais je n'ai pas voulu en savoir trop pour rester neuf par rapport à vous. Donc, je ne sais même pas si vous êtes de gauche ou de droite. J'ai d'abord envie de rencontrer l'homme. Point. André Flahaut : Vous avez raison! C'est très bien. F.D. : Cela dit, je suis impressionné de rencontrer le ministre de la Défense belge. Cela m'impressionne plus que si je rencontrais, par exemple, le ministre de la Communication. Parce que la communication, c'est mon métier. Vous avez dû avoir pas mal de boulot ces derniers temps, non? A.F. : J'ai eu assez bien de boulot, effectivement. Auparavant, j'étais ministre de la Fonction publique et des Bâtiments. C'était tout autre chose, naturellement ( rires)! Alors, c'est vrai que la Défense est un département qui a un certain prestige, mais c'est surtout un département qui compte beaucoup de spécialistes et des gens qui en veulent. F.D. : Avez-vous été, en Belgique, très concernés par les événements du 11 septembre et la guerre en Afghanistan? A.F. : Oui. Même si cela s'est passé très loin, nous avons été et nous sommes toujours concernés par le simple fait que la Belgique fait partie de l'Otan. Naturellement, ce ne sont pas les engagements militaires des Britanniques, mais il y a quand même des Belges qui ont été envoyés aux Etats-Unis pour remplacer des Américains qui étaient partis en Afghanistan. Il y a eu aussi une de nos frégates avec 160 hommes à bord qui a été mobilisée... F.D. : C'était pour dire : " On est là! " A.F. : Tout à fait! F.D. : Et c'est vous qui avez pris cette décision? A.F. : Oui, dans cette matière, c'est moi qui fais les propositions au gouvernement... F.D. : C'est ça qui m'épate! Se lever le matin et se dire en regardant la carte du monde : " Bon, alors, aujourd'hui, je vais envoyer un bateau là-bas... " A.F. : Le côté passionnant de cette fonction, c'est qu'il s'agit justement d'un département qui travaille jour et nuit, sept jours sur sept et douze mois par an. Avec, évidemment, les risques que cela comporte. Les militaires ne manipulent pas des jouets ni des plumets. F.D. : C'est la grande différence entre nos deux métiers! Moi, quand je me lève le matin, je me regarde dans le miroir et je me dis : " Merde, j'ai trois boutons sur la figure! ", alors que vous, vous vous dites : " Mince, il y a une guerre! Qu'est-ce que je vais faire? " ( rires). A.F. : Moi, je sais toujours quand la journée commence, mais je ne sais jamais quand elle va finir, ni comment elle va finir. F.D. : Mais est-ce que vous vous regardez dans le miroir pour savoir si vous avez des boutons? A.F. : Non. F.D. : Vous vous en foutez! A.F. : Oui. Enfin, non. Cela m'ennuie quand même un petit peu ( rires). F.D. : Ah! Donc, on peut être ministre de la Défense et être néanmoins homme! A.F. : Bien entendu! F.D. : Moi, je ne pourrais pas m'imaginer faire de la politique. Cela représente trop de responsabilités. J'ai déjà du mal à prendre des responsabilités pour moi, alors en prendre pour les autres... A.F. : Cela ne s'improvise pas. F.D. : Et alors, votre poste! Tellement complexe... A.F. : Mais vous pourriez être ministre de la Communication... F.D. : J'aurais peur de me faire trop plaisir! A.F. : Mais il faut savoir se faire plaisir dans la vie! F.D. : Oui, mais on en rend toujours d'autres malheureux lorsqu'on pense d'abord à soi. A.F. : Ce que je veux dire, c'est qu'il faut aimer son métier ou sinon, cela devient très vite insupportable. Et donc, pour arriver à aimer ce que l'on fait, il faut d'abord penser à se faire plaisir. Moi, je fais mon métier avec passion et mon plus grand plaisir, c'est d'avoir cette capacité de faire changer les choses, de transformer la société, non pas pour mon propre plaisir, mais dans l'intérêt le plus général des citoyens. F.D. : Moi, je fais un métier où on veut plaire. Et c'est tellement plus risqué de déplaire en étant homme politique! Donc, cette carrière ne m'intéresse pas. Je préfère choisir la facilité en faisant rire. Mon but, c'est de plaire. Le but d'un homme politique, ce n'est pas de plaire. C'est de faire d'abord des choses nécessaires, mais qui ne plaisent pas toujours... A.F. : C'est exact. Et il faut le savoir avant de faire ce boulot. Parce que celui qui choisit la carière d'homme politique dans le seul but de plaire ne réussira pas. F.D. : Et puis, moi, je préfère faire rêver. La politique, ça ne fait pas rêver. A.F. : Là, je ne suis pas d'accord. En politique, on peut faire rêver les gens avec de grands projets. Mais, évidemment, il ne faut pas rester au stade du rêve. Il faut arriver un jour à le concrétiser. F.D. : Les humoristes font rarement rire avec les grands projets et les belles idées. Généralement, on fait rire avec les failles et les erreurs. On aime se moquer des travers. Si vous voulez, je peux me moquer de vous dans mon spectacle. Attention! A.F. : J'ai des collègues qui se prostitueraient - le mot est peut-être un peu fort - pour qu'on les caricature dans un journal ou sur une scène. Mais, malheureusement, cela n'arrive jamais et alors ils sont tristes. Moi, je m'en moque. Si on me caricature, c'est bien, mais je n'ai pas cette culture de courir après les médias. Je ne suis pas du style à multiplier les conférences de presse pour qu'on parle de moi, comme certains de mes collègues qui ont un attaché de presse en permanence avec eux dont la fonction consiste à dire : " Attention, le ministre va dire ceci, le ministre va dire cela... " Non! D'ailleurs, je vais vous raconter une anecdote. En 1994, j'avais un copain qui travaillait dans une boîte de communication et il voulait que je change un petit peu d'image. Il voulait que j'enlève le cordon de mes lunettes et il trouvait aussi que je choisissais mal mes cravates... F.D. : ( En regardant la cravate du ministre.) C'était un bon ami ( rires)! A.F. : ( Rires.) Je lui ai dit : " Ecoute, tu dis ce que tu veux, mais tu ne me changeras pas! Je suis comme je suis! " J'ai été ministre pendant quatre ans et je le suis redevenu ensuite. Donc, cela n'a pas été trop mal... F.D. : Mmmmm! A.F. : Je dois vous avouer aussi que j'adore faire rire. J'aime faire des imitations... F.D. : Allez-y! A.F. : Non, je ne m'y risquerais pas devant vous. J'aime bien faire rire, mais je ne pourrais pas imaginer en faire un métier. F.D. : Cela fait plaisir aux femmes, attention! A.F. : Oui, mais faire rire les femmes, ce n'est pas un métier. C'est un art! F.D. : Mais si vous étiez humoriste, vous aimeriez faire rire sur la politique? A.F. : Je ne crois pas parce que je n'aime pas tellement les humoristes qui rendent notre métier encore plus difficile. Moi, j'apprécie un bon spectacle quand quelqu'un arrive à me faire rire pendant une heure sans nécessairement mettre l'accent sur l'étranger qui est au chômage. Je préfère les humoristes qui observent Monsieur Tout-le-monde et qui en accentuent les travers, sans se ruer nécessairement sur l'autre qui est différent. F.D. : Mais il faut venir me voir, alors! D'abord, je ne me moque que de moi dans mon spectacle et puis, j'emmène les gens comme nous chez des gens qui n'existent pas. A.F. : Oui, j'ai vu une partie du spectacle en cassette. D'ailleurs, j'admire la liberté avec laquelle vous travaillez. C'est sans doute ce que vous avez en plus que nous, les ministres. Nous devons faire toujours attention à ce que nous disons et à ce que nous faisons. Prenons un exemple : si j'achète demain un masque à gaz dans un magasin et que quelqu'un me voit, je vais sans doute créer un petit mouvement de panique. Donc, quelque part dans mes actions et mes déclarations, je suis tenu par une certaine contrainte. F.D. : Donc, vous enverriez plutôt quelqu'un acheter ce masque à gaz à votre place! A.F. : Non, parce que ce n'est pas nécessaire! Mais l'opinion publique est ainsi faite aujourd'hui que les gens réagissent par rapport à des comportements. Donc le métier de ministre et même de parlementaire n'est pas un métier, contrairement à ce que l'on croit, où l'on a toutes les libertés que l'on souhaiterait avoir. Je peux parfois ne pas me prendre au sérieux, mais je ne peux pas m'éclater comme vous le faites. F.D. : Si je peux me permettre de faire rire et de m'amuser, c'est parce qu'il y a des hommes comme vous qui s'occupent du reste. Et je ne veux pas vous flatter! C'est comme lorsque l'on va en boîte de nuit : on peut draguer sans se faire embêter parce qu'il y a les videurs à l'entrée. Attention, je ne vous compare pas à un videur! A.F. : ( Rires.) Non, non! F.D. : Alors, le problème, c'est que vous êtes souvent critiqué. Nous aussi, mais la différence avec vous, c'est que, même si vous faites bien votre travail, vous pouvez contribuer à rendre des gens malheureux, voire même à en tuer par le biais d'une guerre. L'incidence de votre métier est plus importante que la mienne. Mais dites-moi, cela doit être très dur d'avoir du pouvoir et puis, tout d'un coup, ne plus en avoir... A.F. : Oui, mais c'est un boulot où il faut savoir rebondir. Et ne surtout pas se laisser abattre. F.D. : Je m'aperçois qu'il y a tout de même des similitudes entre nos deux métiers. Ils sont éphémères et on doit tout de même faire attention à ce qu'on dit. Finalement, on fait presque le même métier! Alors, on va échanger les rôles. Vous allez monter sur scène et moi, je vais prendre le téléphone! ( Il se met à jouer la comédie.) Allô, c'est le ministre de la Défense, ici! Amenez-moi une carte du monde et des maquettes ( André Flahaut s'esclaffe). Je me charge des opérations! A.F. : Et moi je raconterai sur scène toutes mes aventures vécues au Conseil des ministres, au Palais royal et au Parlement. F.D. : Mais le plus drôle, c'est que si je disais, ce soir, sur scène : " ( Il prend un ton pincé). Cet après-midi, je prenais le café avec le ministre de la Défense belge ", je suis sûr que les gens se marreraient. Alors que c'est vrai! C'est ça qui est extraordinaire! En revanche, si vous dites à vos collègues ou à vos proches que vous étiez avec Franck Dubosc, tout le monde va s'en foutre! Au fait, vous n'êtes pas un ancien militaire? A.F. : Non, pas du tout! Pour la petite histoire, j'ai fait des études de sciences politiques et d'administration publique et j'ai fait mon service militaire comme simple matelot-milicien. C'est sans doute la première fois que l'Armée a un ministre matelot-milicien. Généralement, les ministres de la Défense sont des officiers de réserve. F.D. : Moi, je n'ai pas fait mon service militaire. Je me suis fait réformer. P4 comme on dit chez nous! ( Il mime un fou.) C'est-à-dire que j'avais quelques problèmes psychologiques. Et ça a marché! Mais je ne suis pas antimilitariste. En fait, j'avais 19 ans à l'époque et je pense que je voulais faire un film. Donc, je ne me voyais pas m'arrêter pendant un an... A.F. : Mais vous savez, on peut très bien être ministre de la Défense sans être militariste! Moi, je veux faire en sorte que l'Armée se rapproche de notre société civile et de la nation. J'ai envie de la décloisonner et d'en faire avant tout un instrument de démocratie. F.D. : J'ai une dernière question à vous poser. Finalement, êtes-vous de gauche ou de droite? A.F. : Je suis membre du Parti socialiste. F.D. : Hé bien voilà! A.F. : Et dans un département comme la Défense, ce n'est pas facile tous les jours... Propos recueillis par Frédéric Brébant Photos : Guy Kokken