Si les chaussures sont souvent le meilleur indice du caractère d'un homme, la maison nous en apprend beaucoup sur l'humeur ambiante de la société. Il y a vingt ans, la fièvre yuppie et l'explosion technologique ont fini par effrayer les enfants des sixties. Pour les aider à renouer avec les valeurs sacrifiées sur l'autel de la modernité, on leur a, entre autres donné des cours de cuisine : ils ont explosé, ils sont même devenus très hype. Logiquement, la cuisine a vécu sa petite révolution décorative, vu qu'on y passait plus de temps : plans de travail infinis, fours de grands chefs, accessoires griffés, le tout stylisé avec le même soin que les meubles du salon (entre-temps déserté). Aujourd'hui, c'est au tour de la salle de bains de s'attirer tous les honneurs de la planète design. Retombée domestique du succès des spas, version " at home " du wellness, traduction dans l'émail du droit de prendre soin de soi, la salle d'eau nouvelle vague séduit les créateurs. " Cette pièce a ouvert, depuis une dizaine d'années, un champ presque vierge à la création, pouvait-on lire récemment dans le quotidien Le Monde. Les décorateurs, les designers, les architectes et les fabricants y ont tous réfléchi et travaillé " (*).
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Si les chaussures sont souvent le meilleur indice du caractère d'un homme, la maison nous en apprend beaucoup sur l'humeur ambiante de la société. Il y a vingt ans, la fièvre yuppie et l'explosion technologique ont fini par effrayer les enfants des sixties. Pour les aider à renouer avec les valeurs sacrifiées sur l'autel de la modernité, on leur a, entre autres donné des cours de cuisine : ils ont explosé, ils sont même devenus très hype. Logiquement, la cuisine a vécu sa petite révolution décorative, vu qu'on y passait plus de temps : plans de travail infinis, fours de grands chefs, accessoires griffés, le tout stylisé avec le même soin que les meubles du salon (entre-temps déserté). Aujourd'hui, c'est au tour de la salle de bains de s'attirer tous les honneurs de la planète design. Retombée domestique du succès des spas, version " at home " du wellness, traduction dans l'émail du droit de prendre soin de soi, la salle d'eau nouvelle vague séduit les créateurs. " Cette pièce a ouvert, depuis une dizaine d'années, un champ presque vierge à la création, pouvait-on lire récemment dans le quotidien Le Monde. Les décorateurs, les designers, les architectes et les fabricants y ont tous réfléchi et travaillé " (*). Après Philippe Starck, pionnier de la tendance, qui signait encore récemment " Starck X ", une ligne sobre et ultraélégante éditée par Duravit, on peut maintenant compter sur Ross Lovegrove, auteur de la collection de pommeaux aux formes organiques " Istanbul " édités par Vitra, Jaime Hayon et sa fantaisiste " AQHayonCollection " pour ArtQuitect, Jasper Morrison pour Ideal Standard, Alain Berteau pour les concepteurs de robinetterie bruxellois RVB, ou encore Wiel Arets qui, pour Alessi, a fait sensation, en avril dernier, au Salon du meuble de Milan avec la collection " Dot " toute en lignes minimalistes et arrondies. Même l'architecte-star Jean Nouvel (Musée du quai Branly à Paris, Torre Agbar à Barcelone...) s'y est mis. Pour le compte du fabricant Jado, le designer a imaginé une gamme de robinets tactiles. Cette ligne futuriste conçue en 2006 nous plonge déjà dans ce que pourrait être la salle de bains de demain. "J'ai décidé de travailler avec un système sensoriel digital qui utilise une interface tactile et des pictogrammes universellement compréhensibles ", explique l'architecte. Simple à utiliser, effectivement : il suffit d'effleurer les pictogrammes pour actionner le robinet. La simplicité a un prix : 1 300 euros pour le modèle lavabo, plus de 2 000 euros pour le pommeau de douche... Bien que révélateur d'une exigence jusque-là inexistante, l'aspect financier n'est pas le plus important. Par contre, choisir un designer de ce renom pour tenter de trouver les meilleures solutions ergonomiques à la salle de bains convainc définitivement de son anoblissement. " Aujourd'hui, la baignoire n'est plus seulement un élément sanitaire, confirme Charlotte Nys, responsable marketing chez Aquamass, elle s'apparente plutôt à une sculpture. " Pionnier dans la balnéothérapie à domicile, ce fabricant belgo-belge de sanitaires, toujours en phase avec les dernières tendances du secteur, propose depuis cinq ans une gamme qui porte bien son nom : " Design by Aquamass ". Signés par Matali Crasset, Xavier Lust ou encore Michel Boucquillon, les objets de bain Aquamass sont conçus pour répondre aux programmes décoratifs du moment. La baignoire Stone One, modèle free-standing (que l'on pose au milieu de la pièce) dessiné par Jean-Pol Piron, fondateur d'Aquamass, en est le meilleur exemple. Disponible dans les matières les plus diverses allant de la mosaïque de verre à la " peau de vache " en passant par le cuir Delvaux, cette véritable création, tel un caméléon, se fond sans fausse note de goût dans le nouveau paysage sanitaire en vogue : l'espace décloisonné. " Il y a une vingtaine d'années, la cuisine s'est ouverte sur la salle à manger. C'est la même chose aujourd'hui avec la salle de bains et la chambre à coucher, souligne Charlotte Nys. Avant, la salle de bains n'avait qu'un but hygiénique, elle était utile mais pas très attirante à vivre. Maintenant qu'on décloisonne les espaces, elle doit s'adapter à la déco de la chambre ou du dressing. " Chez Van Marcke, on constate la même chose : " Proposer de beaux objets de bain est idéal pour les gens qui s'installent dans un loft où la salle de bains et la chambre sont contiguës, remarque Anne Pringiers, responsable de la communication. Pareil pour les jeunes qui achètent de plus petits appartements et font tomber les cloisons pour donner une impression d'espace ". Elément révélateur du nouveau statut de la salle d'eau, en octobre 2006, lors de la dernière édition du salon Intérieur à Courtrai, Van Marcke donnait un gros coup de projecteur sur sa collection haut de gamme. Des pièces uniques de très haut vol comme la gamme " Steel " et ses superbes meubles et lavabo en acier poli évoquant l'atmosphère des années 1970, " Scoop ", baignoire free-standing signée Michael Schmidt, toutes sortes d'accessoires comme la série " Baio " en cuir ou peau d'animal et même des radiateurs décoratifs avec sèche-serviettes. Autre preuve que la salle de bains devient le must de l'habitat contemporain, l'esthétiser n'est plus seulement l'apanage des portefeuilles bien remplis. Le phénomène devenant populaire, Aquamass et Van Marcke ont bien saisi la nécessité de rencontrer les aspirations partagées par une large clientèle de plus en plus exigeante. Sans craquer pour les modèles exclusifs et forcément onéreux, on peut, pour un prix relativement démocratique, se créer l'atmosphère de son choix. Car aujourd'hui, chacun compose sa salle d'eau selon l'idée qu'il s'en fait. Que celle-ci naisse d'un souvenir, d'un voyage, d'une expérience ou de son imagination, elle parvient toujours à trouver une expression. Van Marcke propose ainsi quatre ambiances à accessoiriser au gré des envies ou des tendances : " Escapes ", qui allie teck et marbres, l'idéal pour les amateurs de destinations exotiques, " Essentials ", au décor pur mêlant bois et métal, tendance spa scandinave, " Traditionals " au charme classique avec son bain en fonte et " Fusions ", pour les aficionados de pop art, de néo-baroque et de couleurs flashy. Il y en a pour tous les goûts. Chez Aquamass, la baignoire " Dip ", dernière-née du crayon de Michel Boucquillon, a été volontairement conçue pour une clientèle plus jeune en phase avec les dernières sensations en matière de déco. Petite s£ur de la " Stone One ", elle en épouse la ligne sensuelle. Mais se veut beaucoup plus abordable grâce à la matière employée : le Plastycril (polyéthylène), un matériau importé de l'univers du design, tout à fait innovant en matière de sanitaires. (*) Le Monde du 8 juin 2007.Baudouin Galler