Les pièces dans lesquelles il a joué, il ne les compte plus, tant cette aventure improbable, celle d'une troupe de fous de théâtre partis à l'assaut des routes dans leurs roulottes bariolées, a depuis ses débuts ou presque aussi été la sienne. Cette fois pourtant, Gaspar Leclère ne fera le show qu'en clin d'oeil, au détour d'un diaporama hilarant dans lequel les habitués ne manqueront pas de le reconnaître. En confiant à Guy Theunissen, lui-même à la tête de La Maison Ephémère, la mise en scène du Roi nu, farce truculente qui revisite trois célèbres contes d'Andersen, le directeur des Baladins du Miroir a offert à sa compagnie un magnifique appel d'air. " Il faut oser se mettre en danger, assure-t-il. Si l'on travaille toujours avec les mê...

Les pièces dans lesquelles il a joué, il ne les compte plus, tant cette aventure improbable, celle d'une troupe de fous de théâtre partis à l'assaut des routes dans leurs roulottes bariolées, a depuis ses débuts ou presque aussi été la sienne. Cette fois pourtant, Gaspar Leclère ne fera le show qu'en clin d'oeil, au détour d'un diaporama hilarant dans lequel les habitués ne manqueront pas de le reconnaître. En confiant à Guy Theunissen, lui-même à la tête de La Maison Ephémère, la mise en scène du Roi nu, farce truculente qui revisite trois célèbres contes d'Andersen, le directeur des Baladins du Miroir a offert à sa compagnie un magnifique appel d'air. " Il faut oser se mettre en danger, assure-t-il. Si l'on travaille toujours avec les mêmes personnes, on finit par se connaître trop bien. L'âme des Baladins n'est plus menacée, nous n'avons plus à prouver ce que nous sommes, notre ADN existe, c'est plus qu'une patte formelle, c'est un esprit. " Un rapport au public, surtout, qui passe plus que jamais par l'itinérance investie depuis près de trente-cinq ans par les permanents de la bande - même lorsqu'il ne tourne pas, notre homme vit dans un appartement sur roues, certes de tout confort. Un noyau dur à peu près identique qui a su s'ouvrir à de jeunes recrues et assouplir ses règles de vie. " Les Baladins, dans la profession, c'est une boîte à fantasmes, admet Gaspar Leclère. Les comédiens qui nous rejoignent rêvent de mener une vie de romanichels. " Impossible de ne pas penser aux tableaux épiques du Molière d'Ariane Mnouchkine. La réalité, pourtant, est loin d'être toujours aussi poétique. " Je me souviens d'un week-end de relâche, en hiver, en Charente-Maritime, sourit-il. Il pleuvait, les gens restaient chez eux. Pas facile de se retrouver tout seul dans sa roulotte. On peut se consoler en allant manger des huîtres mais on se demande quand même ce que l'on fiche là, loin de ses proches. " Le plaisir d'être ensemble a heureusement vite fait de balayer ces idées noires. Sans parler de celui de jouer, bien sûr, ce qui ne va pas toujours de soi dans ce métier. " Etre engagé chez nous pour un spectacle, c'est synonyme de cent dates de représentations, ce qui n'est pas rien. Nous sommes un employeur sérieux mais qui demande de payer de sa personne. Ici, on arrive au moins trois heures avant le lever du rideau pour s'échauffer, se préparer ensemble, sentir la tension s'installer. C'est un instant suspendu. " Ces artistes polyvalents - acteurs, évidemment, de préférence musiciens, chanteurs, un peu bonimenteurs -, Gaspar Leclère les choisit au feeling. A ce titre-là, les choses n'ont pas vraiment changé depuis son premier rendez-vous impromptu avec Nele Paxinou, qui dirigeait alors la compagnie. Mis un brin K.O. par son renvoi de l'IAD - " Armand Delcampe m'assurait que je ne serais jamais comédien ", rappelle-t-il - il passe ce jour-là " pour déjeuner ". Il n'en est plus jamais reparti. " J'ai donné un coup de main pour fabriquer des torches, j'ai changé le pneu crevé du camion. Ils partaient sur les routes deux mois plus tard et je les ai suivis. " Un rituel quasi immuable qui rythme encore la vie de la compagnie proposant parfois jusqu'à six spectacles en parallèle. Lorsqu'elle ne baroude pas, la troupe retrouve les murs de la ferme-moulin du Stampia, à Jodoigne, devenue depuis peu sa nouvelle adresse fixe. Un bâtiment de plus de 800 m2 dans lequel il fait bon se poser pour créer et même accueillir des compagnies amies en résidence. Un port d'attache sans entraves. Le Roi nu, du 9 au 18 décembre, sous chapiteau chauffé, à Watermael-Boitsfort, avec La Vénerie. www.lesbaladinsdumiroir.be PAR ISABELLE WILLOT" LES COMÉDIENS QUI NOUS REJOIGNENT RÊVENT DE MENER UNE VIE DE ROMANICHELS. "