Souvent, les maisons qui portent la pompeuse étiquette de " contemporaines " revendiquent une esthétique épurée, sobre, réduite à quelques traits essentiels, voire minimalistes pour les plus audacieuses. Des images léchées et séduisantes, certes, mais à qui il manque, bien souvent, ce petit supplément d'âme qui fait d'une habitation un nid où parents et enfants peuvent s'épanouir sans avoir peur d'égratigner la photo de catalogue.
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Souvent, les maisons qui portent la pompeuse étiquette de " contemporaines " revendiquent une esthétique épurée, sobre, réduite à quelques traits essentiels, voire minimalistes pour les plus audacieuses. Des images léchées et séduisantes, certes, mais à qui il manque, bien souvent, ce petit supplément d'âme qui fait d'une habitation un nid où parents et enfants peuvent s'épanouir sans avoir peur d'égratigner la photo de catalogue. Le projet que l'architecte Benoît Nis, du bureau bruxellois FORMa*, a élaboré pour un couple et ses trois mômes, à Hoeilaart, est à cent lieues de ces bâtiments figés. Lorsqu'on arrive aux abords de la demeure, on est d'abord frappé - c'est une évidence - par sa façade, sorte de grand code-barres multicolore cerné de bandeaux en crépi blanc. Un peu encaissé au regard des immeubles voisins, le volume, formé de parallélépipèdes désaxés les uns par rapport aux autres, fait un pied de nez à la monotonie qui caractérise souvent les lotissements belges. D'entrée, le ton (les tons !) est donné : ludique. Et pour cause, " cette maison est le camp de base de la famille, justifie le concepteur. Tout y est dédié aux enfants. Dans cet état d'esprit, le thème de la couleur est arrivé presque logiquement. Quand les maîtres d'ouvrage et leurs petits se sont reconnus à travers notre proposition, elle est devenue incontournable. " Le geste paraît osé, surtout quand on connaît la frilosité constructive de notre petit pays. Mais finalement, il ne l'est pas tant que cela à en croire le créateur : " En réalité, les couleurs sont déjà présentes tout autour de nous, dans l'environnement, la nature. C'est d'ailleurs de là qu'elles viennent. C'est plutôt leur absence qui devrait poser question. Une bicoque noire, par exemple, coule moins de source. On pourrait plutôt se demander pourquoi une palette neutre est le plus souvent privilégiée pour construire sur notre territoire... " Dans une même volonté d'égayer le lieu, le jardin a lui aussi été aménagé dans une gamme chatoyante, les propriétaires ayant troqué la classique pelouse verte tirée au cordeau contre une composition végétale un peu folle où les variétés de fleurs s'entremêlent et forment un camaïeu charmant. Une fois la porte de cette boîte éclatante poussée, la sensation est tout autre. Le feu d'artifice des teintes perçu de la rue s'arrête net. Le blanc s'impose implacablement, laissant juste çà et là une note de gris s'immiscer, à l'instar du carrelage du séjour ou de l'escalier en tôle métallique. A l'étage de vie - situé un niveau plus haut que la rue pour surplomber le voisinage -, tous les éléments affichent ce visage immaculé. Murs, plafonds, cuisine, châssis, mobilier et luminaires contrastent volontairement avec la façade et tendent à s'effacer complètement. De même, les armoires ont été pour la plupart intégrées dans des niches murales afin de disparaître dans la masse uniteinte. " On pourrait croire qu'il s'agit de meubles sur mesure mais en réalité, nous avions dimensionné des emplacements, dans les plans, pour y intégrer des meubles standards de type Ikea... ", fait remarquer Benoît Nis. Même dans la salle de bains, le lavabo et son petit meuble sont conçus en fonction de la taille d'un bac à linge du géant suédois ! Mais ce décor virginal n'est en réalité qu'un leurre, ou plutôt une étape. " On est dans le QG de la famille, rappelle l'architecte. La volonté est qu'il puisse évoluer avec elle. C'est le cas des teintes des parois intérieures. La base blanche peut être amenée à changer au rythme de la vie, des humeurs, des besoins. Les habitants y apportent leurs touches colorées, sous forme d'objets, de meubles, d'affiches... " Le lieu se présente donc comme une page vide qui n'attend qu'à être investie par tous ses occupants, les juniors en tête. Car c'était là l'une des volontés premières des clients de Benoît Nis : " concevoir une maison pour vivre, un endroit où le bâti ne s'impose pas, pour laisser la vie prendre le dessus ". Un peu partout, des astuces sympas permettent donc aux plus jeunes de s'approprier pleinement leur espace. Ainsi, détail amusant, une latte a été fixée au mur pour qu'ils puissent y exposer leurs livres, comme dans une bibliothèque, et des prises sont encastrées dans le plancher pour y brancher divers jouets. Les bricolages et autres oeuvres picturales naïves font le reste, transformant ce pâle intérieur en un harmonieux désordre en Technicolor. Mais au-delà de cette réflexion sur les tonalités, l'aménagement est guidé par une autre demande des propriétaires, celle de créer un logis où tout le monde vit avec tout le monde et où murs et portes n'entravent pas les contacts. Cette volonté d'unité se traduit par un espace découpé de passerelles en verre qui offrent des vues d'étage en étage. La structure a par ailleurs été pensée pour minimiser le nombre de colonnes. La cage d'escalier, quant à elle, fait partie intégrante du lieu de vie et, pour éviter de cantonner les kids à une salle de jeux les excluant de la collectivité, une partie du salon est consacrée à leurs petites affaires. L'habitation affiche dès lors une grande fluidité entre les pièces qui bénéficient d'une clarté exceptionnelle grâce aux vastes vitrages. Le séjour est d'ailleurs ultraprivilégié puisqu'il est ouvert vers les quatre points cardinaux. Le choix d'opter pour des baies verticales, du sol au plafond, plutôt que de fenêtres traditionnelles avec allèges, renforce encore cette impression d'ouverture... et de liberté. Car finalement tout est là, dans ce mot, qui fait qu'un bâtiment ne contraint pas ses occupants sous prétexte qu'il est esthétiquement parfait, mais laisse libre cours à leurs mouvements, leurs envies, leur joie de vivre. C'est ça qui est le plus beau finalement ! ?PAR FANNY BOUVRY / PHOTOS : GEORGES DE KINDER