L'éléphant s'enfonce dans la jungle, ballottant ses passagers qui s'agrippent à leur siège avec une inquiétude grandissante. Saison des pluies oblige, les grands tecks ruissellent, et le sol spongieux paraît impraticable. Le cornac se tourne en souriant : " OK ?" Pas vraiment, surtout que le chemin grimpe à présent, avant de plonger vers le ravin. Dans l'esprit du voyageur passent en accéléré toutes les raisons de paniquer : Luang Prabang (seule ville de cette région du centre du Laos) se trouve à 10 kilomètres et une longue heure de route, les forêts à la biodiversité incroyablement intacte sont certes magnifiques, mais leurs frangipaniers et leurs bambous géants abritent aussi des ours, des tigres et des sangsues. Peu d'êtres humains sont susceptibles de venir à la rescousse - ce pays, le moins peuplé d'Asie, compte, pour une superficie équivalente à la Grande-Bretagne, moins de 7 millions d'habitants. Et environ 1 500 éléphants, rescapés d'une époque où ils étaient si nombreux qu'ils donnèrent son premier nom au pays - Lane Xang, littéralement " le royaume au million d'éléphants ". Menacés d'extinction, ils sont aujourd'hui protégés par des associations comme Elefant Asia ou All Lao Elephant Camp, qui financent leur sauvegarde en organisant des randonnées et même des stages de cornacage. On y...