Fendant la neige à vive allure, Mikkel Isak Eira conduit son puissant scooter des neiges sur une piste que lui seul connaît. Dans ce doux relief uniformément blanc, il rejoint une partie de son troupeau de rennes qu'il emmènera bientôt sur le chemin de la transhumance. A quelques kilomètres de Kautokeino, la capitale culturelle des Lapons, cet homme qui possède l'un des plus importants cheptels de la région illustre à lui seul une tradition adaptée aux temps modernes. Pour travailler, cet éleveur s'est doté des meilleurs outils du moment : un téléphone cellulaire et un scooter des neiges. " Aujourd'hui, explique-t-il nous rassemblons les rennes avec un hélicoptère ! " Un gain de temps appréciable pour ce Same dont la culture est assimilée aux peuples de l'Arctique. L'ensemble des territoires lapons s'étend sur les régions septentrionales de la Norvège, de la Suède, de la Finlande et jusqu'à la péninsule de Kola en Russie. Un très vaste espace pour ce peuple nomade dont l'origine linguistique n'est pas sans rappeler une lointaine parenté finno-ougrienne.
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Fendant la neige à vive allure, Mikkel Isak Eira conduit son puissant scooter des neiges sur une piste que lui seul connaît. Dans ce doux relief uniformément blanc, il rejoint une partie de son troupeau de rennes qu'il emmènera bientôt sur le chemin de la transhumance. A quelques kilomètres de Kautokeino, la capitale culturelle des Lapons, cet homme qui possède l'un des plus importants cheptels de la région illustre à lui seul une tradition adaptée aux temps modernes. Pour travailler, cet éleveur s'est doté des meilleurs outils du moment : un téléphone cellulaire et un scooter des neiges. " Aujourd'hui, explique-t-il nous rassemblons les rennes avec un hélicoptère ! " Un gain de temps appréciable pour ce Same dont la culture est assimilée aux peuples de l'Arctique. L'ensemble des territoires lapons s'étend sur les régions septentrionales de la Norvège, de la Suède, de la Finlande et jusqu'à la péninsule de Kola en Russie. Un très vaste espace pour ce peuple nomade dont l'origine linguistique n'est pas sans rappeler une lointaine parenté finno-ougrienne. Dans cet univers de glace et de neige, perdu en plein coeur de la Norvège, Kautokeino, fête Pâques à sa manière. Au début du mois d'avril, cette petite ville de 3 000 âmes se remet à vivre et propose des festivités multiples. Concours de rennes, mariages - à l'abri des regards étrangers - et concerts de joik se succèdent. Le joik est un chant profond venu du fond des âges. Le plus souvent exprimé sans accompagnement musical, il est lié au chamanisme, croyance commune aux peuples de l'Arctique. Pendant ces incantations, chaque Sames évoque une histoire ou l'esprit de l'ours est souvent invoqué. Chaque chant entamé est rythmé et monte en crescendo pour se clore dans l'exaltation. A l'entrée du vaste chapiteau municipal, le public se presse pour entendre les meilleurs candidats de joik et assister à une pièce jouée par une troupe professionnelle de Lapons. Les spectateurs de ces joutes verbales arborent leurs superbes parures, des costumes traditionnels en feutrine bleue finement décorés. Ces petits signes brodés sont pour les Sames autant de marques de reconnaissance. Des indices qui révèlent si l'un est marié ou tel autre célibataire. Les représentations circulaires que les jeunes femmes portent à la ceinture marquent ainsi leur célibat tandis que les plaques rectangulaires indiquent que la jeune femme a cédé son coeur à un heureux élu. Le mariage a un rôle prépondérant dans une société où les tâches des hommes et des femmes sont bien définies. La plupart des Sames présents à Kautokeino sont des hommes et des femmes des montagnes. D'autres viennent pourtant de plus loin encore. La forme de leurs bonnets en feutrine marque la différence entre Sames sédentaires et ceux effectuant encore les transhumances saisonnières. A l'issue du spectacle, alors que la nuit a enveloppé Kautokeino, certains poursuivent la soirée dans les quelques cafés de la ville pour écouter d'autres concerts de joik organisés ou improvisés. Kautokeino existe depuis des centaines d'années. Les rares voyageurs à s'aventurer dans ces régions reculées de la Norvège mentionnaient déjà l'existence de cette bourgade dévolue aux Lapons au XVIe siècle. Aujourd'hui encore, Kautokeino est l'une des plus importantes implantations Sames de toute la Norvège. Elle est même la capitale culturelle du peuple lapon, alors qu'à 135 kilomètres plus à l'est, Karajosk se veut la capitale politique où les instances laponnes sont représentées au sein d'un parlement important. Au centre d'une dépression sertie de plateaux peu élevés, Kautokeino s'étend sur une vaste étendue parsemée de maisons colorées et dominée par son église de bois peinte en rouge. Coupée en deux par une rivière, la ville possède en bordure du torrent, plusieurs maisonnettes de bois formant un musée où tout un pan de l'histoire des Sames est expliqué. Pour ce peuple longtemps resté en marge de la société norvégienne et parfois même malmené par les Norvégiens, le musée propose de faire découvrir aux visiteurs le mode de vie des Sames, un peuple qui a astucieusement travaillé le bois, l'os ou les peaux de rennes, ces animaux qui restent encore aujourd'hui la base économique pour ce peuple du Grand Nord. Les Sames ont longtemps tiré de ces animaux ce dont ils avaient besoin pour vivre dans des régions extrêmement hostiles. Encore aujourd'hui, le renne est à la base de leur culture et la vie s'organise autour des troupeaux, rythmée par les transhumances liées aux saisons. Ainsi, celle de printemps a lieu quelques semaines après les fêtes de Kautokeino, vers le début du mois de mai. Durant ce voyage, les propriétaires conduisent les troupeaux des basses vallées vers les hauteurs plus clémentes, là où les insectes sont moins nombreux. Dans les montagnes, les rennes se nourrissent essentiellement de lichens. Lorsque la belle saison s'estompe, les troupeaux sont à nouveau réunis. Pour les éleveurs, il est temps d'opérer un tri. Après les avoir parqués dans un enclos, construit à cet effet, les rennes sont capturés au lasso. Les jeunes nés au printemps sont marqués, tandis que l'on en castre un certain nombre pour conserver un équilibre harmonieux entre les mâles et les femelles et d'autres sont abattus. La viande et les peaux étant vendues plus tard. Dans leur tâche, les éleveurs sont aidés par des chiens néo-zélandais spécialement dressés pour surveiller les moutons, ils montrent ici leur efficacité à réunir les troupeaux dans un pays radicalement différent de leur pays d'origine. Un apport qui montre que ce peuple de l'Arctique a su s'adapter tout en conservant intacte sa culture ancienne.François-Xavier Béchard Photos: Christophe Boisvieux