Carnet d'adresses en page 94.
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Carnet d'adresses en page 94.Il est partout. Dans la courbe de la brosse à dents, dans le galbe de la chaise, dans la silhouette de la voiture. Le design a colonisé le monde. Et se trouve aujourd'hui à la croisée des chemins. Avec cette question lancinante : quel design pour quel avenir ? Une quête identitaire qui habite le premier salon consacré à la discipline à Bruxelles qui se tiendra du 19 au 27 novembre en même temps que Cocoon. Savant équilibre de curiosités culturelles et commerciales (la moitié des 6 000 m2 sera occupée par des exposants (photo 1 - Moroso)), le programme de designbrussels a le mérite d'imposer Bruxelles sur la carte du design mais surtout d'interroger sans pudeur une discipline chevillée à la culture. Petite sélection des temps forts de cette manifestation, Dont le bouillonnement évoque les " laves " en fusion de Jerszy Seymour, l'invité d'honneur. Histoire de donner le ton, un symposium ouvrira le salon les samedi 19 et dimanche 20 novembre. Il y sera question aussi bien de l'avenir du design, du rôle de Bruxelles sur la scène internationale que de la " conteneurisation ", ou standardisation, de la vie quotidienne. Des orateurs de premier choix se succéderont sur l'estrade, en particulier la Canadienne Jennifer Leonard, qui est l'une des locomotives de l'étude " Massive Change. The Future of Global Design ", une réflexion riche sur l'avenir de la discipline. En marge des rendez-vous phares du copieux programme (voir par ailleurs), la semaine sera également émaillée de manifestations ludiques : ici, un assortiment de projets de designers en herbe ; là, une performance orchestrée par un collectif saint-gillois avec la complicité du voisinage. Enfin, pour terminer sur une note festive, l'aventure se clôturera par une grande soirée, le 25 novembre. A l'affiche : remise du prix designbrussels et affrontement entre les plasticiens DJ à coups de beats endiablés. Combattant de la liberté, le plasticien berlinois Jerszy Seymour pratique un design engagé. Mais pas pour autant dénué d'humour comme le montrent ses célèbres arrosoirs à double poignée. Reste que, soucieux de réconcilier consumérisme et société, la plupart de ses réalisations interrogent l'époque. Parfois en douceur, à l'instar de ce fauteuil aux longs accoudoirs souples invitant à s'y lover pour " plus de paix et d'amour dans notre consommation matérielle ". Parfois avec brutalité, comme dans ces constructions dégoulinant de plastique volcanique (photo 5). " Le design ne peut se tenir à l'écart des grands enjeux de société, nous confie Jerszy Seymour. Il est en interaction avec le monde et a donc sa part de responsabilité dans ce qui se passe. " Et de faire le parallèle avec le Bauhaus et la période de reconstruction de l'Italie au lendemain de la Seconde Guerre mondiale quand, dit-il, " le design jouait un rôle politique ". Pour réinventer le monde, réinventons la forme, semble-t-il nous scander.Trois escales au menu de ce rendez-vous gigogne. D'abord le " cerveau atomique " de Jerszy Seymour, l'invité d'honneur de cette première édition. Sa structure sphérique de 10 mètres de diamètre en polyuréthane rigide servira à la fois de point de ralliement, de lieu d'exposition et de salle de projection et de débat. La forme brute et primitive de cet " atome " se veut une illustration organique des préoccupations des designers actuels. Sorte de cathédrale du xxie siècle, elle bourdonnera tout au long de la semaine des interrogations des " architectes de la forme " sur la place du design dans un monde globalisé. Dans cette même case (The shape of)... figurera également une exposition abordant par un autre biais des questions similaires. Stunde Null, qui rassemble des £uvres du Museum Der Dinge de Berlin, met en effet en scène des objets détournés qui tendent eux aussi vers le degré zéro du design, en écho aux incertitudes de l'époque carrefour que nous traversons. Autant de craintes, de doutes et d'incertitudes qui dialogueront - ou pas - avec les photos de la sélection des meilleures réalisations de l'année en matière de design (photo 3). Ce sera le troisième échelon de ce vaste dispositif d'introspection.Ville cosmopolite, Bruxelles bruit de créativité et d'inventivité. Mais à la différence de capitales aux noms ronflants, ce souffle créatif reste le plus souvent tapi dans l'ombre. Il n'est pas drainé vers les sommets par des institutions relais ou une industrie culturelle à l'affût. Une " déficience " qui lui garantit son authenticité et sa spontanéité, diront certains... Le design n'échappe pas à la règle. Ses acteurs privilégient les chemins de traverse aux boulevards formatés. Un tempérament iconoclaste qui favorise le jaillissement débridé. Et rappelle par bien des aspects Berlin. Cet esprit frondeur déteint naturellement sur ce premier salon du design. Qui ne se contente pas de photographier le Beau. Il tente aussi de répondre aux questions existentielles qui hantent les praticiens et renvoient le plus souvent à leur rôle dans l'architecture du monde. Ces préoccupations se reflètent dans le parti pris des organisateurs : privilégier les approches qui interpellent, qui dérangent. Notamment en (ré)investissant les formes basiques. A commencer par le container, fil conducteur de cette manifestation. Métaphore du monde en voie de standardisation, la " bête " boîte peut aussi s'appréhender comme un point de départ vers de nouveaux possibles. Ce qu'illustreront deux expositions. La première, intitulée Transitions (Light on the Move), donnera à voir sept containers transformés en coffret à lumière par autant de bureaux d'architecture de renommée internationale (photo 2). La seconde, BtoB, from Berlin to Brussels, and Back, confrontera aux regards des visiteurs du Palais 6, mais aussi des passants des environs de la rue Antoine Dansaert, dans le centre de Bruxelles, les travaux de jeunes designers berlinois (photo 4) revisitant, entre autres, l'âme et la forme du container (photo 6). Esprits carrés s'abstenir... Laurent Raphaël